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jeudi 10 août 2017

La flemme Cossery

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On aurait voulu parler plus tôt de ce bel essai consacré à Albert Cossery.
Le temps nous a manqué.
Entre les siestes et le désir provoqué par le travail de Rodoplhe Christin, nous avons été entraîné à des relectures.
Et relire Cossery, c'est enchaîner un livre après l'autre.
Cela prend du temps.
D'autant que cette relecture s'effectue dans un état proche du rêve éveillé, en pleine chaleur d'été, lorsque la pierre répand son odeur, où flottent dans l'air des senteurs qu'on dirait opiacées.
Rodolphe Christin l'a bien cherché.



Rodolphe Christin Le Désert des ambitions : Avec Albert Cossery. - Paris, L’Échappée, 143 p., 14 €
P. S. Plutôt qu'un long discours plein de mots où nous entraînerait la philosophie des sybarites-réfractaires de Cossery - les professionnels de l'éloge des rétifs hors-barrières ont déjà balancé la purée standard, suivez mon regard - ajoutons seulement les titres des chapitres qui valent synthèse : (finalement, ce sera plus tard, si on a le courage)


lundi 28 novembre 2016

Toujours la sieste

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Aussi douillettement installé qu'un pasteur de Theodor Powys, le prêtre orthodoxe de Panteleïmon Romanov (1884-1938) n'a rien à lui envier...
C'est un authentique art de vivre que l'on voit se déployer, là, sous nos yeux.
Et l'oeil, Romanov l'avait incroyablement affûté.
Encore assez peu traduit en France malgré les efforts de Luba Jurgenson, des éditions du Griot puis des éditions Héros-limite, il y a là un auteur "à suivre".
Bientôt un mot sur son Camarade Kisliakov...


Avec quel sentiment de calme joyeux, qui puisait à des causes profondes, invisibles, retrouva-t-il la régularité de son existence !
De nouveau, la vie devint légère, tranquille, de nouveau elle coula dans le moule contre lequel il s'était révolté.
A présent Fiodot Ivanovitch faisait la sieste non seulement après le déjeuner, mais aussi après le petit-déjeuner, et avant le dîner. Mais c'était celle d'après déjeuner qu'il appréciait le plus.
On tirait le rideau dans la chambre à coucher. Les mouches s'en allaient au plafond ou se promenaient sur l'oreille, tournant le dos l'une à l'autre. On mettait du kvas sur la table de chevet ; Fiodor Ivanovitch ses déshabillait et s'effondrait sur l'édredon, que l'on avait battu jusqu'à ce qu'il devînt tout vaporeux.
Au bout de deux, trois heures de sommeil, une douce et délicieuse détente gagnait tout son corps. Etendu sur l'édredon chaud, bras et jambes écartés, il gémissait même d'un excès de plaisir qui drôle presque la souffrance. Son corps s'abandonnait à une faiblesse extrême, tout mouvement accompli à cet instant causait une douleur, le ramenant péniblement à la réalité.
Il était totalement impossible, dans ces moments-là, de le réveiller pour quelque besoin personnel. Mais, chose étrange, il suffisait à ses oreilles d'entendre un son de cloche, même faible, pour que le message lui parvînt, et aussitôt le père Fiodor se mettait en mouvement, prêt à l'emploi, autrement dir, prêt à accomplir son devoir.



Panteleïmon S. Romanov Le Droit de vivre ou le problème des sans-parti, traduit par Luba Jurgenson. — Genève, Héros-Limite, coll. "Feuilles d'herbe", 312 pages, 13 €