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vendredi 23 juillet 2010

Pohol, histoire de 1829

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La suite de ce merveilleux feuilleton que vous attendez tant paraîtra sous peu, et sous la forme d'un volume à l'enseigne Des Barbares...

C'est frustrant, n'est-ce pas ?

Songez tout de même qu'outre la conclusion de cette terrible histoire, vous aurez (pour un prix aussi raccourci que possible) force textes inédits de Marc Michel, et tout un équipement documentaire bien digne de Pohol le maudit



Pohol et autres textes inédits, par Marc Michel, Paris, Des Barbares... paraîtra en septembre. Une souscription sera lancée dans les jours à venir.

jeudi 15 juillet 2010

Pohol, histoire de 1829 (XV)

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XV

Meurtre

"Vois cette lettre, elle est de toi ; c'est celle, t'en souyient-il, que tu écrivis au supérieur de mon séminaire quand je voulais.y rentrer en quittant ta maison... cette lettre où tu me calomniais par amour, tu ne sais pas que Marie l'a lue et s'est noyée après... Je n'ai donc plus ici-bas que ton affection ; aussi je viens à toi, et je t'aime... Ne le crois-tu pas ? Mais vois comme je ris, comme je suis heureux là, à tes côtés, comme mes baisers brûlent sur la main qui tremble... Tu ne dis rien, Julie ?... parle-moi, parle-moi donc... dis-moi que lu me pardonnes et que tu m'aimes encore... Il me faut ton amour, vois-tu, il me le faut ! c'est mon dernier espoir, ma dernière joie ; ne me l'ôte pas, au nom de... »

Il n'osa dire : au nom de Dieu.

Quand il l'eut bien rassurée à force de paroles d'amour, de supplications, de baisers, et qu'elle eut dit : oui! il se pencha comme pour l'étreindre, et lui enfonça un couteau dans le sein.

"Damnée ! s'écria-t-il avec une joie féroce, elle n'a pas eu le temps de dire à Dieu : pardon !"

Il ranima la petite lampe, revint auprès du lit, et contempla cette femme morte et ce sang qui coulait...

Il riait en voyant cela.

(à suivre.)

mercredi 7 juillet 2010

Pohol, histoire de 1829 (XIV)

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XIV

Un amour d'homme

Voilà, parbleu ! un riche appartement, une belle tenture, de beaux meubles, un lit voluptueux, ma foi ! sans son manteau de soie... et puis, cette petite lampe qui.se meurt et laisse tomber sur tout cela ses débiles rayons blanchis par le verre brut qui l'entoure !... Oh ! cet appartement me plaît.

Dans ce lit une femme dort. — Est-elle jeune ou vieille? — Mais, pas très vieille, sans doute, puisque son appartement est si frais !

C'est madame de Bax. — Minuit.

Voici que les rideaux de soie de la croisée se meuvent... voici qu'un homme en sort, vêtu de noir, grand... Voici qu'il s'avance sans bruit, s'arrête auprès du lit, croise les bras et appelle : « Julie ! »

Ne tremblez pas; vous allez voir.

« Point de cris, femme ! » dit l'homme, « c'est Pohol que tu aimes et qui repoussait ton amour, comme Dieu repoussait le sien. Je t'aime aujourd'hui, et je reviens vers toi... Oh ! cela te semble un rêve, n'est-ce pas ? tu ne m'attendais pas aujourd'hui; à cette heure, jamais... regarde, c'est bien moi, pourtant !... Mais tu ne me dis rien ?... est-ce que tu as peur?... est-ce que tu n'as pas de joie à me revoir ? »

Elle avait peur, vrai Dieu! et sa main, que l'homme avait saisie et qu'il pressait dans la sienne, tremblait !

« Tu m'aimais bien Julie... je le sais, c'est pour cela que tu m'as empêché de consacrer à Dieu ma vie ; tu la voulais pour toi. Eh bien ! à toi ma vie ! mon âme, je ne te quitte plus... toujours auprès de toi... Auprès de toi toute l'éternité ! ajouta-t-i! en serrant les dents.

Mais il se remit.

(à suivre.)

mardi 6 juillet 2010

Pohol, histoire de 1829 (XIII)

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XIII

Une lettre

Morte par un suicide, elle était damnée ! Et sa mère qui l'attendait là-haut !

Sa main droite était fermée avec une force convulsive : on voyait le coin d'une lettre entre ses doigts crispés. Pohol ouvrit cette main, brisant presque les doigts, prit la lettre et la lut... Elle était datée du 15 janvier de la même année, adressée au supérieur du séminaire, et signée Julie de Bax. Le contenu le concernait et était horrible de calomnie.

Quand il vit cela, un rire effrayant le prit, ses dents claquèrent.

« Je la tuerai !» dit-il.

— Qui donc ? demanda !e concierge de la Morgue.

— Oh ! vous verrez !

(à suivre.)

dimanche 27 juin 2010

Pohol, histoire de 1829 (XII)

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XII
Désespoir


II fallait l'hyménée... car l'hyménée efface tout. Pohol se rendit chez l'oncle de Marie ; ce pauvre homme qui avait passé une si lamentable nuit, et à qui Marie avait menti en rentrant; il le fallait.

L'oncle ne dit pas non; il demanda seulement quelques jours pour s'informer; c'était juste.

Il fut s'informer au séminaire.

Les quelques jours écoulés, Marie interrogea son oncle. Celui-ci, pour toute réponse, lui remit une lettre ouverte. Après l'avoir lue elle sortit sans bruit; c'était le soir.

Quelques instants plus tard vint le damné, avec de l'espérance dans le coeur, du bonheur dans l'avenir à le rendre fou, à tuer sa noire idée.

« Eh bien ? » fit-il d'une voix frémissante d'espoir.

« Jamais ! » fut-il répondu.

Oh! la rage le prit et le roula par terre avec un râle effrayant... il embrassa les genoux de l'oncle d'une force à lui faire mal... il conjura, pleura, pria... menaça !...

L'oncle appela ses gens.

Pohol se leva droit alors et cria : Il me la faut ! il s'élança dans l'escalier, parcourut la maison, les chambres, appelant Marie. Elle n'y était pas. Il sortit, courut les églises, courut au Père-Lachaise... Rien !

II sortit, courut la ville, courut les églises, courut au Père-Lachaise... Rien !

Savez-vous où il la trouva le lendemain à l'aube ? à la Morgue !... morte... noyée... couchée sur une table de marbre, avec des taches bleues, noires, violettes sur le corps... et morte !



(à suivre.)

jeudi 24 juin 2010

Pohol, histoire de 1829 (XI)

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XI
Horreur

Oui !... car il essuya de ses lèvres ces cheveux blonds ruisselants de .pluie ; car il réchauffa de ses baisers brûlants et frénétiques ce front blanc et glacé comme la statue d'un tombeau... car il la tenait sur ses genoux, frémissante de terreur... sans voix... haletante... Il lui tint des propos extravagants d'amour, de damnation, de bonheur, que sais-je ? Il était fou ! Il parlait... il parlait à son ange, et répétait sa phrase folle quand le ciel criait plus haut que lui, chaque mot entre deux baisers.... chaque baiser entre deux éclats de tonnerre...

Horrible !

Elle, que vous dirai-je ? c'était pour elle un rêve affreux, un cauchemar... elle doutait si elle vivait et veillait... elle ne pouvait parler, crier, ni se défendre, à demi morte qu'elle était d'épouvante et d'émotion...

Oh !... l'ange était en enfer et le damné au ciel.

Quand l'orage eut cessé et que l'aube commença à poindre, ils traversèrent le champ des morts. Marie n'osa regarder la tombe de sa mère... Mais Pohol y jeta un coup d'oeil en passant.

La foudre avait brisé la croix de bois.



(à suivre)

dimanche 20 juin 2010

Pohol, histoire de 1829 (X)

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X
ORAGE.



Vous allez voir.
Marie est là qui pleure... Pohol est à quelques pas d'elle ; il la regarde et rêve son beau rêve ! Je ne sais si l'autre femme... n'importe. La nuit venait.
Vint aussi un orage d'automne, furieux, épouvantable, rugissant... avec sa crinière de feu... son hennissement qui fait peur... La pluie tombait en larges colonnes, et la grêle pétillait sur le marbre des tombes et sur cette forêt de croix...
Il s'élança vers Marie, et l'enlaça dans ses bras avec frénésie et frayeur... car la foudre éclatait, bondissait, frappait çà et là. Il l'entraîna.
Oh ! Cela faisait frémir !
Il semblait un vampire, lui, vêtu de noir, pâle et sombre... avec son regard... lui... emportant une jeune fille... foulant les tombes... se heurtant aux croix... et quelquefois sentant craquer et s'affaisser sous ses pieds le sapin vermoulu d'une bière. Ainsi il courait dans l'ombre, et apparaissait comme une vision quand un éclair lui jetait sa lueur rouge au milieu d'un grondement dé l'orage, du battement de la pluie, du sifflement de l'ouragan dans les cyprès.
Oui, cela faisait frémir, je vous dis.
Ce fut dans un mausolée, dont son bras de fer brisa la porte de fer, qu'il se blottit avec elle.
Avec elle... avec elle !... 0h ! qu'il était heureux, le damné !



(à suivre.)

mardi 15 juin 2010

Pohol, histoire de 1829 (IX)

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IX
Intrigue


Ce fut là, au Père-Lachaise, qu'il la vit... et ce fut pour la voir prier et pleurer qu'il y revint tous les soirs.
Point de détails ; laissez-moi vous dire qu'il l'aima de toute la force de son âme exaltée... qu'il l'adora comme il eût adoré Dieu, si Dieu ne l'eût pas maudit.
Comprenez-vous ? aimer un ange, lui ! vivre sa vie avec un ange ! ouïr cet ange, lui dire des paroles d'amour ! II rêvait cela, le damné...
Oh ! je ne vous le dis point; car cela ne peut se dire ! comprenez donc, ou brûlez ceci.
Dès que l'oncle était venu toucher à l'épaule de Marie et l'emmenait, Pohol tombait à genoux à la place qu'elle quittait ; il pleurait sur cette croix de bois, sur celte pauvre morte qui avait perdu sa fille et qui l'attendait là-haut !...
Marie en s'en allant voyait cela.
Que voulez-vous que devienne, hélas ! un amour né au Père-Lachaise ?
Il y eut une autre femme, non en deuil, qui vint une fois par hasard et se dirigea vers un beau mausolée. En passant elle vit un grand jeune homme debout, les bras croisés et les regards attachés sur une jeune fille en deuil accroupie devant une petite croix ; elle le reconnut... et poursuivit sa marche vers la riche tombe de marbre.
Depuis lors elle revint tous les jours.
Un soir, entre autres, quand Marie s'en fut allée, et que lui était à genoux, cette femme s'approcha... lentement... elle semblait craindre. Lorsqu'elle fut bien près, elle dit à demi-voix : « Pohol ! » Sa voix tremblait...
Lui se leva, reconnut cette femme, et s'écria encore : « Arrière, arrière démon ! »
Il s'enfuit rêvant à son ange.


(A suivre.)

lundi 14 juin 2010

Pohol, histoire de 1829 (VIII)

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VIII
Un ange


Il y avait un ange qui avait de beaux yeux plus bleus et plus purs que le ciel de la Provence, de longs cheveux de soie luisants, souples et fins, et qui, lorsqu'ils tombaient sur ses blanches épaules, les couvraient comme un manteau d'or.
C'était un ange de seize ans, à la taille de guêpe, au front candide, au regard baissé et au pied si petit !... Et pourtant il n'avait point d'ailes, car il était jeune fille et se nommait Marie.
Elle était vêtue d'une robe noire à raies blanches, et tous les soirs elle venait poser ses deux petits genoux sur une tombe nouvelle, et mouiller de ses larmes un nom écrit en lettres blanches sur une croix peinte en noir. — C'était au Père-Lachaise.
Sur cette croix était ces mots : Marie-Françoise Leboy, décédée à l'âge de trente-quatre ans, le 12 septembre 1828. — Puis ceux-ci : Je t'attends là-haut.
Hélas ! mon Dieu ! comme elle priait la pauvre jeune fille ; comme elle embrassait cette croix posée sur la tête de sa mère !... jusqu'à ce qu'un homme vint, qui la touchait doucement sur l'épaule et l'emmenait. C'était son oncle.
Il y avait bien des ans que son père était mort, et qu'elle avait porté pour lui toute petite la robe noire et blanche.
En 1815. — Vous savez.


(A suivre.)

samedi 29 mai 2010

Pohol, histoire de 1829 (VII)

_bon-internet-Eric-pere-tombe-1.jpg © Christèle Jacob 2010.




VII
Conversion


Mais dites-moi si cette vie de grand monde, de bruit et de joie pouvait durer longtemps pour le pauvre jeune homme qu'une pareille idée rongeait sans cesse au cœur ?
Non !
Au bout de deux mois il en eut assez des cafés dorés, des bals éblouissants, des promenades parées. — Il en eut assez de l'harmonie des Bouffes et de l'Opéra. — Il vendit son cheval anglais. Il quitta son bel appartement dont les glaces de Venise lui faisaient peur. — Il brisa sa canne, sa cravache et son binocle d'or ; et s'en fut comme un simple écolier habiter une chambre dans une maison de la Cité.
Plus de boucles sur le front, plus de joie sur les lèvres, plus d'habit de dandy.
Et quand venait la nuit, il sortait et s'en allait rêver là où dorment les morts... les morts dont les âmes chantent Dieu ou le maudissent, et qui tous, élus ou damnés, dorment là côté à côté avec une croix au chevet de leur couche.
Oh ! qu'il aurait voulu douter et croire au néant... croire que tout est fini quand les vers vous ont rongé jusqu'aux os ?
Mais je vous ai dit qu'il avait foi en Dieu, aux mystères et à tout le reste.
Elle était trop pieuse pour lui permettre le doute, sa fidèle compagne, qui lui disait toujours : damné !



(A suivre)

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