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lundi 27 novembre 2017

La collection Charles Martyne & Jean-Louis Debauve (Desnos, Sade et Laforgue)

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On sait que Charles Martine (ou Martyne), bibliothécaire à l’École des Beaux-Arts, était un ami de Robert Desnos. On sait moins qu'il était aussi collectionneur et que son neveu, Jean-Louis Debauve, reprit son flambeau et sa collection. Ce Jean-Louis fut un juge (rouge) en Algérie et à Paris, et collectionneur à son tour, spécialisé dans la bibliographie bretonne, sadienne et laforguienne.
On lui doit d'ailleurs les oeuvres complètes de Laforgue, avec P.-O. W. et des lettres inédites de Sade chez Fayard. Il a disparu l'an dernier laissant de nombreux articles dans les revues de sociétés savantes bretonnes. Sa collection se composait de livres, d'autographes, de gravures, de dessins, de miniatures, de tableaux et d'objets d'art qui ont été catalogués et passeront en vente très bientôt. En ce qui concerne les livres, ce ne sera qu'une première partie. La seconde justifiera une autre vente.

Voici, en guise d'apéritif, les item Desnos :

193. DESNOS (Robert). 5 documents d état civil ou administratifs. 1939-1945. Cachet de la collection Debauve. - Fascicule de mobilisation de Robert Desnos (25 janvier 1939), signé par Desnos. - Ordre de démobilisation de R.D. (juillet 1940, avec cachet allemand). - Document émanant du centre de démobilisation, avec empreintes digitales des deux pouces et la signature de Desnos (Villefranche-de-Périgord, 20 août 1940), document fragile, plié en huit. - Quittance de loyer délivrée à Desnos pour son appartement de la rue Mazarine (octobre 1943). - Faire-part de décès de Robert Desnos.
195. DESNOS (Robert). Ensemble de documents. Cachet de la collection Debauve. - (Poèmes de Robert Desnos). Tapuscrit de 54 pp. in-4, provenant de la collection Marcel Achard (vente du 26 oct. 1979), qui fut un ami de Desnos (voir biographie de J. Lorcey). Quelques variantes avec les éditions imprimées (JLD les a toutes relevées, document joint). Une première partie est constituée de 24 poèmes non titrés, certains se retrouvent dans Les Portes battantes ou Fortunes. La seconde partie est formée de poèmes titrés : Le Satyre, Siramour, Bacchus et Apollon, Les Sources de la nuit, etc. Le tout placé dans un classeur à fermeture à glissière, avec titre de la main de Marcel Achard « Poèmes de Desnos ». - Photographie originale (40 x 55 mm) de Robert Desnos sur un balcon, vers 1925-1930, provenant de Germaine Decaris. - Poème manuscrit (non autographe) sur 1 feuillet, des documents de l Association des amis de Robert Desnos, des coupures de presse et documentation.
197. DESNOS (Robert). La Belle Sarrazine. Manuscrit avec corrections autographes. 20 pp. in-4. Cachet de la collection Debauve. Manuscrit d un des scénarios du film La Belle Sarrazine d après Balzac, écrit à quatre mains pour Gaumont par André Saudemont et Robert Desnos. Le manuscrit est presque entièrement de la main de Saudemont. Il comporte néanmoins des corrections de la main de Desnos, dont 1/3 de la page 4. Avec une copie dactylographiée (44 pp. in-4). Provenance : vente Cornuau, juin 1960.
198. DESNOS (Robert). 3 L.A.S. à Germaine Decaris (une sur carte postale, une à en-tête du Café de la Liberté à Nice). Nice et Chamonix, 1925-1929, 4 pp. in-4, in-8 et in-12. 2 enveloppes. Cachet de la collection Debauve. Amusantes lettres amicales et injurieuses. « J ai découvert à Thorène une bien belle chose : la pêche aux écrevisses. Quant à Paris je ne le regrette pas, avec les ignominies de Béraud sur la Russie et les conneries (pardon) de Claudel sur la foi quel porc ! ou plutôt quels porcs (...) ». On joint divers autres documents dont fragments de tapuscrits avec corrections (d une autre main).
199. DESNOS (Robert). Youki Desnos Foujita. 3 L.A.S. (2 signées « Youki Desnos » et 1 « Youki Foujita »), à Germaine Decaris, à Barlattier, etc. 1940-1946 et s.d. Cachet de la collection Debauve. 10 janvier 40 à Barlattier. « Le serpent Desnos vient de regagner son corps, après dix jours de perme. Je vous souhaite une bonne année, c est à dire une année moins kaki que la fin de l autre. Nous avons vu beaucoup de monde et j espère que la radio récupèrera un de ses plus brillants fleurons ! (...) ». A une demoiselle : « Mon mari me charge de vous faire parvenir ce petit croquis pour votre oeuvre (...) ». Avec un portrait de Youki à la mine de plomb, identifié « Youki », et cette mention en dessous « Youki vue par Youki. 1927 ». 29,5 x 20,5 cm. Dessin collé par les coins sur un support cartonné.


Le catalogue est en ligne sur plusieurs sites concurrents : interencheres.com, drouotlive, bibliorare


Saintes-Abbaye aux Dames
7, 8 et 9 décembre 2017
www.ravon-expertise-art.com



Illustration du billet : illustration de Gontcharova pour Pouchkine.

mercredi 15 avril 2015

Streff sans tabou

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Il y a longtemps qu'un livre aussi potentiellement scandaleux n'avait pas poussé avec fracas les portes vitrées de la librairie françouaise. Un livre potentiellement scandaleux, nous voulons dire par là une fiction dépeignée, râblée, cousue d'injonctions et de trouble, soufrée, jaillissante en giclées acides ou en sanies écœurantes, un livre qu'on n'offre pas, en général, à sa mère.
A moins d'être l'enfant de Gabrielle Wittkop, de Genka ou de Bienvenu Merino.
Il y eut une histoire d'épi, le récit d'une diarrhée au Mexique ou de torture appliquée au jeune âge et puis, finalement, on s'était remis à Sade pour faire semblant de toucher l'inatteignable.
Un récit court et dense comme un galet vient cependant briser la sereine platitude de l'étang en y formant quelques cercles, c'est Théorème de l'assassinat de Jean Streff. Récit d'une solitude cauchemardesque, du huis-clos d'un esprit obsédé par l'égorgement au rasoir. Et au moment où est diffusé Le Challat de Tunis, film édifiant de Kaouther Ben Hania, ce projet laisse d'autant moins indifférent.
Claude Louis-Combet, qui signe la préface, a trouvé les mots pour décrire simplement ce livre qui pourrait aux âmes mal cuites paraître posé au-delà des possibles : « Le récit de Jean Streff n’est en rien une apologie du crime. C’est une mise en scène de cauchemars sanglants pour un théâtre nu et solitaire : celui de l’existence — là où se répète obstinément la terreur d’être né et où la violence demeure l’ultime invocation. »
Spécialiste du sadomasochiste, Jean Streff est (assez naturellement) allé jusqu'au bout de son inspiration, et il nous propose un livre-limite, à n'en pas douter. Nous n'allons pas en offrir d'extrait comblé d'effroi et de fantasmes. Nous nous contenterons de livrer cette piste que le Moi nu fait ici ce qui lui passe par la tête, sous les étoles mêlées de la folie et d'une certaine poésie.

Vous l'aurez compris, il faut désormais ajouter le nom de Streff à la liste des auteurs... singuliers. Les lecteurs du Nécrophile, par exemple, s'y retrouveront aisément. A ce titre, un entretien paraîtra dans le prochain numéro du Matricule des anges où sera exposée l'histoire chaotique du manuscrit de ce Théorème terrible.


Jean Streff Théorème de l'assassinat. Préface de Claude Louis-Combet. - Arras, Les Âmes d'Atala, 2015, 124, 11 €

La couverture d'une édition avortée :
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jeudi 3 avril 2014

Un poisson de première !


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A tous les amateurs de poisson, ce message des éditions Sous la cape qui proposent un nouvel usage littéraire : la dépornification.
Voici le message poissoneux diffusé le 1er dernier :

Enfin une bonne nouvelle ! Après de longues années de recherche, notre Laboratoire expérimental d’épilation littéraire a mis au point une méthode efficace pour dépornifier la littérature. Premier ouvrage mis à la disposition du public : La Philosophie dans le Boudoir de D.A.F. de Sade, dans sa version épilée, rebaptisée Le Boudoir dans la Philosophie, enfin lisible dans les pensionnats : garanti 100% sans sexe. De plus, vous y découvrirez le « gargalisme », technique philosophique infaillible pour faire passer les esprits les plus obtus (avec ou sans chemise blanche déboutonnée) au stade gracieux de l’éveil aux idées sublimes. Offert sans supplément de prix ! A saisir !
Pour les gourmands, la version complète, comprenant le texte de Sade et sa version dépornifiée…
Pour le Laboratoire d’épilation littéraire,
(signature illisible)



Comme on peut le constater, c'est une grande et ambitieuse première.

Hors le cas de Sade, indépassable il est vrai, il y a fort à penser que la dépornification pourrait offrir à certains textes licencieux laborieux ou catarrheux une nouvelle vie, et ce dans des registres variés.


mercredi 28 avril 2010

Vérité de Sade (par Charles Henry)

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Avec Gilbert Lely, Maurice Heine et Maurice Lever ou Annie Lebrun, le marquis de Sade n'a pas manqué de soutiens crédibles au XXe siècle, éditeurs et savants confondus. Mettons à part Octave Béliard dont nous n'avons jamais lu la biographie qu'il a consacré au Divin en 1928 (éditions du Laurier). Et gardons-nous d'oublier le chasse-papiers Jean-Louis Debauve, par ailleurs spécialiste de Jules Laforgue, sans lequel de nombreux documents n'auraient pas été édités.
Alors que les universitaires ont fait assaut d'efforts et rétabli quelques vérités, on voit réapparaître en libraire le livre, court mais dense, d'un personnage qui fut très lié à Laforgue — et à Debauve — dont le propos sur le marquis de Sade marque un tournant dans la réception du personnage et de son oeuvre. En effet, Charles Henry, qui brilla tant dans les sciences que dans l'esthétique, rétablissant dans son contexte la victime de vingt-neuf années d'emprisonnement, apporte quelques lumières et un point de vue sur les principes moraux en oeuvre chez le Sulfureux.
Illustré de documents inédits relatifs au séjour de Sade au château de Miolans, près de Chambéry, ou à l'épisode de la fustigation d'Arcueil (Charles Henry les avait achetés en salle de vente), ce petit livre de 1887 est un plaidoyer de belle eau où l'auteur, le savant, met toute son intelligence dans une opération mécanique nécessaire : tordre le cou des idées reçues sur l'immoralité du marquis de Sade. Novateur, son point de vue a servi à ses successeurs en saderie au cours du siècle dernier.

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Charles Henry La Vérité sur le marquis de Sade. Présentation de Christian Lacombe. — Paris, La Bibliothèque, coll. "Les billets de la Bibliothèque", 98 p., 12 euros