L'Alamblog

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lundi 27 juin 2016

Anet trotte

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Aussi prenant que L'Usage du monde de Nicolas Bouvier, La Perse en automobile (1907) de Claude Anet, l'auteur bien connu des lecteurs de l'Alamblog.
A reparaître sous peu dans une nouvelle édition.

Un voyage ! il ne faudrait l'écrire que pour soi.
Le voyage donne à l'homme une des plus belles ivresses qu'il puisse éprouver. Découvrir des paysages nouveaux dans une succession rapide, traverser des villes jadis prospères aujourd'hui mortes, courir aux temples dont en pensée on habita les portiques et ne voir que des pierres éparses, trouver le désert et la solitude là où vécurent des peuples puissants, aller plus loin, toujours plus loin, être celui qui ne s'arrête pas, qui passe parmi les vivants et au milieu des ruines, sentir qu'à peine vous les avez possédés ces paysages meurent pour vous, que vous ne les reverrez jamais, — quelle joie et quelle angoisse passionnée !
Je ne sens tout le prix que des choses qui m'échappent. Je cours à elles avec fièvre, mais c'est au moment où je les perds que je les aime le plus fortement.
Peut-être est-ce là le secret de l'ivresse du voyage ?
Mais comment la communiquer à l'aide de mots à qui reste dans son fauteuil ?



Claude Anet La Perse en automobile. A paraître dans une nouvelle édition.

dimanche 10 janvier 2016

Feu rouge, on patiente

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Une maison d'édition qui annonce sa création en balançant un pavé russe noir et rouge de six cents pages avec une préface d'Eric Naulleau, ça ne peut qu'attirer l'attention. Avec un logo en forme de guillotine pour ne rien gâter.

Faute d'avoir lu encore complètement Feu rouge du peintre et écrivain Maxim Kantor — quand les peintres se lâchent, il faut digérer leurs fresques généreuses —, nous resterons circonspect et n'en dirons rien encore, si ce n'est que les surprises n'y manquent pas, comme les portraits et traits chez ce satiriste expert *.

Il sera temps, lorsqu'on aura ingurgité ce maousse panorama de la Russie et de l'Europe d'hier et d'aujourd'hui avec morceaux de Poutine et nimbes de fascismes serpentants, d'en dire un mot plus informé...

Pour l'heure, notons l'audace.



Maxim Kantor Feu rouge. Roman cathédrale, traduit du russe par Yves Gauthier. Préface d'Eric Naulleau. — Paris, Louison éditions, 751 pages, 29 €



* Rappel : en 2012 le musée du Montparnasse donnait un rétrospective de l'oeuvre de Maxim Kantor. Le catalogue s'intitule Vulcanus ( Satires dans tous les sens)

jeudi 5 novembre 2009

Albert Cohen le Roi mystère

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Avant tout autre opus, cet automne, vous auriez grand tort de ne pas lire Le Roi mystère, l’un des plus beaux livres d’entretien que l’on connaisse.
Il est arrivé sur notre île un beau matin, comme le soleil se levait à l’horizon et il a illuminé notre journée. Et sans doute plus encore, puisqu’on y songe.
Tiré d’une émission de radio à laquelle Albert Cohen était invité en 1976, il vaut toutes les analyses de l’oeuvre et toutes les biographies. Point de longs discours (137 pages seulement), il éclaire autant la figure de Cohen qu’il réjouit son lecteur - n’est-ce pas merveille ? - avec ses pages délectables, truffées de formules formidables, comme ces sourires en forme de “messages dentaires”…
Ce livre qui fait du bien, Albert Cohen s’y raconte, ses rapports d’enfant avec Marcel Pagnol - dont il connaît, stupeur, tous les poèmes de jeunesse par coeur ! -, ses livres rêvés plutôt que construits, l’indispensable épaisseur humaine des personnages, les romans secs d’intellectuels, la bonté, la loi et l’amour, le camelot antisémite qui est peut-être à l’origine de sa création, la mystérieuse cantatrice marseillaise qui lui valut de la part de ses condisciples le sobriquet de “Roi Mystère”, son action auprès des Nations Unies et même son faible pour les femmes “à dents”…

En réalité, ce dont je suis beaucoup plus fier que de mes livres, c’est d’être l’auteur de l’accord international du 15 octobre 1946 sur la protection des réfugiés. Ca , c’est mon affaire. Le reste, ce sont des rêves. Des rêves. Et je ne sais pas expliquer. Surtout, qu’on n’attende pas de moi des commentaires sur ce que je fais. Je n’en sais rien.

Ce livre — on bénit son éditeur — nous donne envie de nous plonger dans les Mangeclous derechef. Et c’est ce que l’on va faire.
Après tout, on n’est pas aux pièces, et l’on y reviendra peut-être sous forme de citations.


Jacques Le Scanff et Les éditions Le Préau des Collines vous invitent à fêter la parution du Roi mystère le 24 novembre prochain (154, rue Oberkampf, Paris 11e, de 19 à 21 heures)



Albert Cohen Le Roi mystère. Rencontre entre Albert Cohen, François Estèbe et Jean Couturier, France Culture, janvier 1976. - Paris, Le Préau des collines/Ina, 2009, 137 pages, 15 euros



Pour mémoire : Albert Cohen Salut à la Russie. - Paris, Le Préau des collines, 80 pages, 12 euros