L'Alamblog

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lundi 10 avril 2017

Les couvertures de notre siècle (26)

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Les vacances d'été approchent, non ?
Comme vous l'avez constaté, l'Alamblog a fait jusqu'ici peu d'incursion sur les terres d'Harlequin.
Il fallait bien que ça arrive...
A cause des palmes sans doute.



Meg Donogue Nous étions les filles de la plage. Traduit de l'américain par Jeanne Deschamp. - Paris, HarperCollins, "Mosaïc", 2016, 370 p.


samedi 12 mars 2016

Justification de l'eau de rose

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Tandis que l'urbain amateur de pop-rock à moustaches était tiré comme un garenne, les éditions Zoé mettait sous presse un délicieux "Mini-Zoé" consacré par Marion Graf aux lectures de ce fantasque de Robert Walser. Et en particulier à son goût pour les romans à l'eau de rose. Improbable comme tout mais aussi délicieux que possible, le livre s'intitule Robert Walser, lecteur de petits romans sentimentaux. Il a paru au mois de février dernier.
Du transgressif, enfin !
Merci Robert ! Voilà qui nous change des écrivains à l'écrivaine, des poulains à la poulaine, des ronflants cornichons adeptes de granstyle que les professeurs de français vénèrent, des déclamants amoureux de "l'écriture", cette divinité grotesque, et des manieurs d'idées sans idée. Voudriez-vous des noms ? On pourrait rire. Déjà, d'ici, confortablement allongé sur notre plage de corail bénie des dieux, doucement aéré par un zéf olympien, un Nikka au bord des lèvres, on sourit béatement - idiotement pour être honnête - à l'évocation des pugilats dantesques qu'occasionnerait l'énonciation de tel ou tel autres noms. Ah, comment peut-on se refuser des joies pareilles ?! Il faut vraiment tendre vers le zen ou l'amour de son prochain pour ne pas lancer gratuitement des boules puantes qui ont toutes les chances de faire exploser les bêtises les plus cocasses sur la toitoile. Quelle frustration... Mais ça n'est pas en rêvouillant que l'Alamblog va s'écrire... Reprenons donc :
Robert Walser a confessé à plusieurs reprises dans sa correspondance et dans ses "micrographies" son appétance apour la littérature à l'eau de rose, consommé durant le repos du guerrier des lettres. Il se l'expliquait simplement :

J'étais un peu saturé de bons livres.

Dans les années 1925-1930, Walser se délasse donc en dévorant des petits romans sentimentaux français qu'il s'empresse de décrire à sa manière inimitable, moitié coq à l'âne, moitié perspectives très personnelles, le tout serti d'un humour pince-sans rire qui n'appartient qu'à lui.

Ici ou là, je lis des petits romans que l'on peut acheter pour trente centimes. Les petits volumes comptent à peu près quatre-vingt pages et je trouve qu'il vaut la peine de leur prêter attention. L'un de ces récits s'appelle "Le Semeur de larmes", il est rédigé par quelqu'un qui peut-être n'écrit des livres qu'accessoirement, sans doute pour son plaisir personnel, en quelque sorte.

A son petit essai, la traductrice Marion Graf a pris la peine d'ajouter trois textes inédits où Walser se régale à décrire des romans à l'eau de rose. Ce sont des pièces exaltantes de nature à donner envie de lire Robert Walser sans faute. Un menhir en sentirait le besoin.

Ce livre m'a-t-il paru bien écrit et bien pensé ? Cette question me pousse à faire un aveu sincère. Premièrement, je n'y ai pas trouvé une seule ligne concernant le temps qu'il fait ou la saison. Est-ce que dans cette histoire, ça printanillait ? était-ce l'automne ou l'hiver, ou était-ce l'été, son organisateur ou auteur n'y consacrait pas une seule syllabe. Pour moi, j'avais l'impression, pendant la lecture, d'être dans une serre ou dans un magasin de fleurs.

Quoi qu'il en soit, et pour reprendre la dramaturgie de l'eau de rose, en battant l'air de tous nos bras, nous clamons à l'Alamblogonaute désinvolte (ou mal réveillé) :

Sors d'ici, colosse d'ingratitude."





Marion Graf Robert Walser, lecteur de petits romans sentimentaux, suivi de trois texte inédits de Robert Walser. - Lausanne, Zoé, "Mini-Zoé", 48 pages, 4,50 €