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Mot-clé - Roman maritime

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jeudi 30 mars 2017

Des rames et la mer démontée

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Un roman maritime catalan, ça n'est pas si courant.
Il est dû à Joaquim Ruyra (1858-1939), écrivain assez négligé par l'Hexagone voisin malgré une œuvre qui, sans être pléthorique, paraît assez conséquente. Une traduction imprimée à Perpignan (impr. de Barrière), probablement aux frais du traducteur, Raymond de Laciviver, avait vu le jour en 1911 et puis plus rien. Il faut dire que Ruyra est mort en 1939, une bien mauvaise année pour avoir droit à sa postérité flamboyante.
Quoi qu'il en soit, il avait publié en 1903 un recueil de nouvelles, "Marines y boscatges", qu'ont réédité en 2004 en proue de leur Nova Biblioteca Selecta les éditions 62 (Barcelone). On y trouvait cette Rame de vingt pieds, bijou de récit maritime avec barque en bois, rames et voiles, jeune fille artiste, matelots vieillis sur le pont et mugissements d’Éole sur eau salée.
On ne dévoilera pas la trame narrative, on insistera ici seulement sur la qualité stylistique de l'auteur, aimable récitant et formidable peintre. Ses descriptions souples, simples et nerveuses valent le détour au point qu'on serait presque tenté d'en conseiller la lecture à certains de nos contemporains - ou trop fainéants de la plume, ou trop poseurs à circonlocutions enflées (pas de noms, vous pensez bien).
C'est une excellente initiative des éditions du Vampire actif de nous offrir cette barcasse qui rebondit sur les vagues.

Il ne m'est resté de cette scène qu'un souvenir vague et confus, comme celui que laisse d'habitude un vision de délire. Je me représente des hommes noyés dans les embruns, s'agitant parmi des cordages, comme les chenilles dans leurs réseaux de fils, lorsque la tempête vient à ravager la cime du pin où elles avaient établi leur nid, aux jours de beau temps ; ils gesticulent, ils travaillent... mais je ne retrouve pas dans mon esprit que des impressions décousues de leur manœuvre. Et il ne peut pas en être autrement.




Joaquim Ruyra La Rame de vingt pieds. Traduit par Raymond de Lacvivier. Préface de Nobert Gaulard. - Villeurbanne, Le Vampire actif, 198 pages, 14 €

jeudi 5 mai 2016

Mauvais traitement en mer d'Okhotsk




Le nez du menuisier n'arrêtait pas de couler, probablement à cause des larmes qui s'écoulaient à l'intérieur. Il se moucha à nouveau. Puis il saisit un marteau qui brinquebalait dans sa poche latérale et se remit à l'ouvrage.
Soudain, alerté par son oreille, il regarda en arrière. Le câble remuait, il semblait secoué par en bas. Et de là parvenait un bruit sec et lugubre.
L'ouvrier pendu au bout du câble avait un rôle de teint. De la bave s'écoulait de ses lèvres crispées, cadavériques. Quand le menuisier redescendit de l'endort où il travaillait, il vit le contremaître en train d'uriner dans la mer depuis le pont, dans une position peu naturelle, une épaule relevée, une bûche coincée dans la ceinture. Le regard du menuisier passa sur la bûche. "Alors c'est donc avec ça qu'il l'a frappé." A chaque bourrasque, l'urine frappait en chuintant le bord du pont et rebondissait en gerbes.



Takiji Kobayashi Le Bateau-usine, traduit par Evelyne Lesigne-Audoly. — Paris, Yago, 2010.



samedi 1 février 2014

Le Roc d'or de Théo Varlet bientôt en librairie !

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Si Roc d'or a laissé un grand souvenir aux turfistes de l'Indochine des années 1936-1937 — ce cheval finissait souvent placé —, on est en droit de se demander si son propriétaire avait nommé ou non le cheval en référence au roman de Théo Varlet. Son succès d'estime justifie diablement cette hypothèse.
Pour l'heure, et avant d'éclaircir cette énigme sans importance, sachez, heureux mortels, qu'une nouvelle édition de ce grand roman d'aventures sera très prochainement sous presse.
Voilà qui réjouit, d'autant qu'une couverture somptueuse et colorée nous met l'eau à la bouche...


On en a parlé (en 1927) :

Après avoir traduit L'Île au trésor, de Stevenson, M. Théo Varlet crée lui-même l'île-trésor : il nous raconte la découverte d'un bolide énorme, qui chut du ciel pour le plus grand bien du franc et la mortification de la livre, grimpée jusqu'à 450. Les romanciers aiment ainsi de mettre leur patrie en danger, ou d'accroître celui qu'elle court, afin de pouvoir la délivrer avec plus d'éclat. Il faut avouer que la manière de M. Varlet est bien attachante. On admet facilement le secours céleste, on suite avec curiosité le déroulement des réactions et des troubles qu'il engendre. Naturellement l'Allemagne est mêlée au récit, et il y a un professeur espion de première force, qui utilise le microphone et se suicide lorsqu'il et découvert. Il y a la fille du professeur, qui n'est pas sa ville, parce que la mère eut le bon goût de tromper celui-ci : et par conséquent la jeune et belle Frédérique sera digne du héros, le docteur Marquin, homme d'esprit, dont le mérite est de se trouver sur le bateau qui découvre le roc d'or, et de relater un récit passionnant, auquel son amour ajouter une note nécessaire.
L'auteur du Démon dans l'âme et de La belle Valence, n'a pas cru déchoir en sacrifiant au roman d'aventures, et il a eu raison. Près du roman psychologique, celui-ci possède un rôle précieux : de délassement, de repos. A la manière des films où le nombre des péripéties nous fait mieux goûter la mollesse et l'immobilité de noter fauteuil, le roman d'aventures nous donne, sans porter atteinte au calme de notre esprit, un spectacle enchanté.

Claude Aveline



Chronique des lettres françaises, mai 1927, p. 422-423)


Théo Varlet Le Roc d'or. Préface du Préfet maritime. - Talence, l'Arbre vengeur. Bientôt sous presse !

mardi 21 mai 2013

Arlt et le maelström

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Pour imaginer la rencontre de Conrad Aiken en son Blue Voyage et de Joseph Conrad en plein Typhon, l'Alamblog vous offre une solution : lisez donc Un terrible voyage de Robert Arlt.

L'Argentin se place là dans un registre original, sur un territoire (liquide) où on ne l'attend pas.

Et où on ne l'attend plus, apparemment, le livre étant indisponible depuis lurette.

On se demande bien ce qui empêche cette forte histoire de maelström et de mercure de reparaître dans la langue de Loys Masson...



Roberto Arlt Un Terrible Voyage. traduit par Lucien Mercier, avec une préface d'Helios Jaime Ramirez. — Paris, Pierre Belfond, 1990, coll. "Micro-romans". Épuisé.
Roberto Arlt Un Terrible Voyage. traduit par Lucien Mercier. — Toulouse, Ombres, "Petit Bibliothèque Ombre", 1996. Épuisé.