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dimanche 26 mars 2017

Topor dessine les photos d'Ehrlich

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Puisque rien n'arrête les éditions Wombat dans leur projet de rééditer l'oeuvre de Roland Topor, les voici à l'assaut des photographies d'Erwahn Ehrlich (1894-1961), recueil conceptuel de dessins de l'artiste prenant prétexte de la vie du premier photographe aveugle de l'histoire (1).
Précédemment publié par le Daily-Bul, ce livre était couvert par une radiographie médicale dans son édition première.


Roland Topor Les Photographies conceptuelles d'Erwahn Ehrlich (1894-1961), révélées par Roland Topor. — Paris, Wombat, 15 € Mise en vente le 6 avril prochain à l'occasion de la grande exposition Topor de la BnF.



(1) Depuis 1982, les éditions du Seuil ont fait mieux. Elles ont publié les photographies du deuxième photographe aveugle de l'histoire de l'art, Evgen Bavčar. Surprenant, non ?


mardi 13 septembre 2016

Topor et le bébé

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"Panique est un café pourri, comme les autres" disait Topor. Il faut croire que c'est un également un théâtre pourri, pas moins que les autres. En tout cas, les éditions Wombat qui ont entrepris de se coltiner l'oeuvre intégrale, et on les en remercie !, se préoccupent peu de ce commentaire pourri du propriétaire du café et du théâtre pourris. C'est bien le contraire : la maison se régale de ce pourri-ci. Et elle a raison. Avec Desproges, on touche là au génie d'un peuple. A Jarry, Renard, Fénéon ou Allais, il fallait des successeurs et ces deux-là ont fait merveille.
Le Théâtre panique de Topor dont paraît le premier volume va le prouver à son tour à l'aide de trois pièces, "Le bébé de Monsieur Laurent", "Fatidik et Opéra" ("pièce écoeurante en 15 reprises") et "Vinci avait raison".
En voici à titre gracieux un échantillon :

Monsieur Jacques : Il fait bien froid dehors.
Monsieur Laurent : Je suis transi.
Monsieur Jacques : Ne craignez-vous pas que le bébé gèle ?
Monsieur Laurent : Non, j'ai décloué les mains. Il peut se frictionner.

Bref, une trilogie contenant « du sang, du sexe et de la merde » fort panique et humoristique, c’est-à-dire jouant la provocation arbitraire et le jouant parfaitement, scandaleusement.

Encore un peu de patience, le tome 2 ne devrait plus tarder.


Topor Théâtre panique. Tome I. Préface d'Arrabal, postface de Roland Topor. Présentation d'ALexandre Devaux. — Paris, Wombat, « Les Insensés » (nº 26), 256-XVI pages, 20 €

lundi 5 mars 2012

Roland Topor inédit

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Dirigée par Frédéric Brument, la collection "Les Insensés" a lancé sur le marché deux ouvrages de Roland Topor (1938-1997) dont on peut vanter ici les qualités.
L'un était bien connu des toporophiles, les Mémoires d'un vieux con, opus bien gratiné de 1975 qui balayait sous la bannière d'André Balland les mémoires vaniteuses ainsi qu'une partie de l'histoire culturelle du siècle dernier. Dans un immense jappement, Topor donnait la parole a celui qui avait tout fait, tout vu, tout inventé, tout soldé. Pour mémoire, ce vieux peintre luxembourgeois avait inventé le cubisme, peint Guernica, écrit le Manifeste du srréalisme, etc.Soit une saine lecture pour les chercheurs en histoire culturelle (littéraire, artistique, etc.) qui auraient à y apprendre la distanciation et la mise en question des sources...

Le Second opus, forcément plus rare, peut être considéré comme l'ultime ouvrage de Topor. Il se compose de textes inédits (et est enrichi, des formidables marque-pages illustrés des fameux photomatons qui illustraient les pages de Charlie mensuel si l'on s'en souvient) : il s'intitule Vaches noires et compte autant de noirceur et d'impertinences que possible. De quoi faire mentir l'un de ses narrateurs lorsqu'il écrit :

Je ne me trouve pas particulièrement rigolo. Plutôt à côté de la plaque. Avec l'âge, l'esprit comique a tendance à s'estomper. Si d'aventure je ris, les sons stridents qui s'échappent de ma gorge m'agacent les tympans. (...)

Les Alamblogonautes n'auront pas de mal à se persuader que leur propre rire va les faire sursauter car à ce petit jeu narquois, pince-sans-rire et acide, Topor a toujours été très fort, au point de constituer un archétype de l'humoriste français.
A titre d'exemple, voici ce qui peut laisser l'imagination vagabonder longtemps :

Tout le monde sait que je rédige un journal intime. Un journal littéraire qui sera publié après ma mort. Je le tiens scrupuleusement depuis le début de l'année et il m'absorbe au point que j'ai renoncé à la majeure partie de mes autres activités. Mais j'ai eu l'imprudence de confier le secret à un ami, il a mis les autres au courant et la curiosité les dévore. Comme je suis sûr qu'elle vous ronge, à présent, parce que je vais parler de vous, ce soir dans mon journal. Pour dire quoi et en quels termes ? ça, motus. Mon journal intime est réservé à la postérité. Les lecteurs qui en auront la priorité ne savent peut-être pas encore lire, ou ne sont même pas nés. mais ils ne perdent rien pour attendre, ils vont se régaler.(...)


Et vous aussi, si vous voulez bien nous en croire. (Toute ressemblance avec des écrivains contemporains n'auraient du reste qu'à y voir un peu. Oh ! très involontairement sans doute...)
En prime, réédition chez Phébus du Locataire chimérique, ce roman de l'étrange sensation et de la conspiration domiciliaire daté de 1964, porté au cinéma par Roman Polanski en 1976 sous le titre Le Locataire


Roland Topor Vaches Noires Préface de François Rollin..- Paris, Wombat, 155 pages, 15 €
--Mémoires d'un vieux con. Préface de Delteil de Ton. - P., Wombat, 178 pages, 25 €
Et aussi
-- Le Locataire chimérique. P., Phébus, coll. "Libretto", 170 pages, 8,10 €

mercredi 6 février 2008

L'Anarchie est de saison

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Avant que ne flambe la révolte que d’aucuns attendent, la revue Brèves, toujours en avance sur la prochaine ébullition, produit un numéro monté par la spécialiste Caroline Granier : Les Retourneurs d’Idées.
Consacré aux écrivains anarchistes, peuplade lue au sens large, on y lit des nouvelles de Georges Darien, Jules Vallès, Isabelle Eberhardt, Louise Michel, Félix Fénéon, Victor Barrucand, Octave Mirbeau, Jean Réflec, Flor O’Squarr, dont Apollinaire pensait tant de bien et qui livre ici une curiosité sur la Commune… ou encore Alphonse Allais qui ne dépare pas ici.
Et pour cause : Allais ne dépare jamais.
Entendu que pour ces hommes et femmes de combat, le livre est une arme destinée à libérer l’être humain, Caroline Granier explique en préambule comment ils dénoncent les « fictions sociales » dont l’ordre établi se sert pour abêtir et asservir le populo. Soit littérature de combat versus littérature de propagande. Dans le même numéro, mais à rebours, un dossier est consacré à Jacques Vallet, le Jacques Vallet, écrivain qui fut d’abord le meneur de la revue Le Fou parle, une revue de poids dont on n’a pas fini de parler - Il se pourrait bien que l’Alamblog, une fois les sommaires de Bizarre consommés, se consacre à lui dorer la vitrine, n° par n°. On découvrira alors peut-être quelle revue fondamentale fut Le Fou parle, organe libre et libéré.
Pour Brèves, on sait déjà.


BREVES. Les Retourneurs d’Idées (n° 84)
avec Photos et dessins de Despatin & Gobeli, Lise le Coeur, Kerleroux et Roland Topor. 144 pages, 12 euros