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dimanche 26 juillet 2009

Joseph Quesnel (1897-1931)





On ira voir sur le site des amis de Remy de Gourmont les pages qui concernent Joseph Quesnel car cet illustrateur, poète et prosateur n'est pas le dernier des personnages intéressants de Coutances.
Il est mort très jeune, à peine plus âgé qu'Henri Gaudier-Breszka. On retient aisément, à son sujet, la marque qu'il se choisit, Le pou qui grimpe, pour estampiller ses impressions. Un souvenir des tranchées, probablement ?
Editeur du Chien de pique (1927-1931) et de l'Almanach du Pou qui grimpe (1920-1921) dont René-Louis Doyon assura la diffusion des quatre premières livraisons dans sa librairie La Connaissance, il fut un proche des Gourmont (frères).
Son Livre du Pou (ill. ci-dessous) mérite hautement qu'on se le procure en s'adressant à Tourisme et culture en pays de Coutances (02.33.19.08.10 ; tourisme-coutances@wanadoo.fr ). (A suivre)

jeudi 26 mars 2009

René-Louis Doyon et les tapis de Gustave Fayet

gustaveFayet.jpg



D’autres couleurs ou les tapis de Gustave Fayet, par René-Louis Doyon, Paris, à la Connaissance, 1924, in-8°.

Sur un fond qui évoque les colorations changeantes du ciel, des nuées, de l’eau qui dort ou tourbillonne, une flore irréelle flotte, s’étoile de corolles imprévues, pousse des ramifications capricieuses : c’est un tapis de Gustave Fayet. L’accord des teintes est tantôt somptueux, tantôt délicat et subtil. Nulle symétrie dans le dessin et cependant une composition, un rythme. Cet art original où l’on ne retrouve aucun souvenir soit des tapis orientaux, soit de la Savonnerie. M. Doyon nous l’explique. Il nous dit ce que Gustave Fayet, peintre et digne possesseur d’une admirable collection de peinture moderne, doit à Odilon Redon de qui il fut l’ami, à la nature amoureusement contemplée, à ses rêveries personnelles. Il nous montre comment de ses songes, fixés d’abord dans des aquarelles, naquirent les beaux tissus que réalisent, au point noué, sous la direction de M. Dumas, les habiles ouvrières de l’atelier de La Dauphine. En appendice à ce livre, des pages de Henri Hertz, L.-Ch. Watelin. Arsène Alexandre, Tristan Klingsor, Gustave Geffroy… qui s’accordent à louer en Gustave Fayet, un musicien de la couleur.

L. D.




Art et Décoration, septembre 1925, “Chroniques”, p. 3.

vendredi 25 août 2006

Une imprécision (Isabelle Eberhardt les attire)

Dans un article nécrologique consacré à l’Américaine Cecily Mackworth (1911-2006), bien connue des mallarméens, Anthony Sheridan avance qu’un séjour de la voyageuse en Algérie en 1950 procura à la communauté intellectuelle la première biographie d’Isabelle Eberhardt (Le Monde, 18 août 2006, p. 26). Ca n’est pas qu’un peu surprenant, c’est confondant. Et confusionnant. Mais, au sujet d’Isabelle Eberhardt, engloutie par un torrent de boue à Aïn-Sefra le 21 octobre 1904, cette approximation n’est jamais que la dernière en date.
Si le livre en question, The Destiny of Isabelle Eberhardt (1954 ; traduction française : 1956) fut peut-être la première biographie de la Nomade aux USA, la rédaction du Monde, qui reste un journal destiné à ces pauvres pommes de Français, aurait pu préciser, ou amender, ou corriger en précisant que cet essai venait au contraire enrichir une exégèse déjà très riche.
On peut d’ailleurs signaler à la louche une bonne pelletée de travaux antérieurs, signés Jean Moréas, par exemple, dans ses Variations sur la vie et les livres (Mercure de France, 1910, pp. 255-261). Encore faut-il se souvenir de Jean Moréas, hum ?
Le plus efficace, si ce n’est le plus exempt d’imprécisions, fut tout de même René-Louis Doyon. Ce bibliopole a fourni à plusieurs reprise des éditions des écrits de la jolie russo-helvète, toujours enrichies de ses préfaces documentaires.

  • D’abord une Sincérité d’Isabelle précédant deux nouvelles inédites (Amara le forçat et L’Anarchiste, Edouard Champion, 1923, coll. Les Amis d’Edouard);
  • ensuite La Vie tragique de la bonne nomade accompagnant Mes journaliers (La Connaissance, 1923, coll. Les Textes, n° 4);
  • un avant-lire dans le superbe et rare et onéreux petit volume des Contes et paysages (La Connaissance, 1925, Collection d’art, n° 12);
  • enfin, près de vingt ans plus tard les Infortunes et ivresses d’une errante dans Au pays des Sables (Sorlot, 1944, coll. Bibliothèque maritime et coloniale).

Par la suite, René-Louis Doyon donna encore de Vifs Compléments à la biographie d’Isabelle Eberhardt, (Quo Vadis, n°74-75-76, octobre-décembre 1954, pp. 28-34 ; un tiré-à-part a été diffusé). Mais cette liste n’est pas exhaustive puisque Doyon profita de chaque occasion qui se présentait à lui pour évoquer Isabelle, dans la presse notamment :

  • Une Russe au désert. L’invention d’Isabelle Eberhardt dans la Revue de la semaine illustrée (23 septembre 1921, pp. 411-424);
  • Isabelle Eberhardt dans L’Intransigeant (4 mars 1922);
  • L’Esclave errante et Les Mortifiés d’Isabelle Eberhardt dans ses propres Livrets du Mandarin (2e année, n° 7, janvier-février 1924, pp. 26-28);
  • Profils perdus et retrouvés. Une femme errante : Isabelle Eberhardt dans La Justice (21 avril 1939);
  • et enfin Une femme au désert, Isabelle Eberhardt dans sa vie et au théâtre (source inconnue, circa avril 1939).

Un peu plus tôt, le droitier Raoul Stephan fourbit en volume un Isabelle Eberhardt, ou La Révélation du Sahara (Flammarion, 1930, préface de Victor Margueritte), réputé controuvé, mais les sérieux Hector Talvart et Joseph Place sauveront les meubles en réservant une confortable place à la belle Isabelle dans leur Bibliographie des auteurs modernes de langue française (Editions de la Chronique des lettres françaises, 1935, T. V, pp. 161-sq.). Last but not least, l’algérianiste Robert Randau (pseud. de Robert Arnaud, 1873-1950) publia pour sa part un Isabelle Eberhardt, notes et souvenirs (Alger, Edmond Charlot, 1945 ; rééd. Paris, La Boîte à documents, 1989). Dès 1911, Randau avait publié un roman à clefs, Les Algérianistes, roman de la patrie algérienne (Paris, Sansot, 1911) dans lequel la Russe Sophie Peterhof, surnommée Si-Yahia, renvoyait directement à la figure d’Isabelle Eberhardt…
N’en jetons plus. L’histoire éditoriale posthume de la Bonne Nomade fut, à tout point de vue, un drôle de micmac. Devenue l’enjeu d’algérianistes mal étanches, avant de devenir celle de féministes peu regardantes, elle valut à Victor Barrucand une réputation infecte et injustifiée, de même qu’à René-Louis Doyon quelques horions. Celui-ci par exemple, qui ne manque pas d’épice :

« Une limace sur la rose*. Ancien commis de librairie chez un éditeur en faillite, un cacographe et pisseur d’encre qui se prétend homme de lettres (…) dans un but de lucre, un certain M. Doyon, marchand de papier, vaguement éditeur, vient de publier, après les avoir tripatouillé à sa façon une partie de ces papiers. Comme Barrucand, il empochera, sans scrupules, de la galette, beaucoup de cette bonne galette, qui devient de plus en plus rare et précieuse par le temps qui court. » (Pierre Vigné d’Octon, La Vie littéraire. Pirates et mercantis de lettres : A propos d’Isabelle Eberhardt, de son oeuvre et de sa vie in La Revue anarchiste, n° 21, octobre 1923).

* La limace, c’est René-Louis Doyon, bien sûr.

Mais tout ceci n’enlève aucun mérite au livre de Cecily Mackworth, Le Destin d’Isabelle Eberhardt, traduction, préface et notes par André Lebois (Oran, Fouque, 1956) dont Gaston Roger rendit compte dans l’inestimable Europe (n° 127, juillet 1956, pp. 169-171).
Signalons pour conclure que Lesley Blanch évoqua ce personnage hautement exotique la même année que Cecily Mackworth dans Les Rives sauvages de l’amour (Plon, 1956).

Voilà qui fait bien du monde tout de même.

mardi 25 juillet 2006

L'Affaire Molière (I)

Un Watergate de la recherche universitaire ?

On attendait ça depuis longtemps : la documentation rassemblée par Pierre Louÿs (1870-1925) en vue du procès de Molière va paraître, ou du moins les bonnes feuilles de cet ensemble de près de trois mille pages.
Fayard l’annonce pour le 11 octobre prochain.

Il va sans dire que, une fois encore, la Sorbonne va blêmir puis contre-attaquer, la critique officielle à ses basques fourbira l’opprobre, les arguments fallacieux, si ce n’est l’insulte, sur Louÿs et ses deux secrétaires, les nommés Jean-Paul Goujon et Jean-Jacques Lefrère, qui ne sont du reste pas des spécialistes du XVIIe, loin de là.
Tout cela est bien prévisible, au point que c’en est un peu fastidieux. On pourrait presque donner les noms des détracteurs et les organes de presse où ils vont sévir. Et quand je dis sévir, il me faudrait écrire pérorer, car la messe est dite aux yeux de ceux qui se gardent des apparences.
Pour les béni-oui-oui, en revanche, et les dieux savent à quel point ils sont nombreux, notamment dans les “lieux informés”, et peut-être surtout en ceux-là, ne voudront jamais croire, penser ou admettre que Molière ne fut pas le génie de la langue que l’on a “imaginé” jusqu’ici. Parce qu’il s’agit bien d’une construction que ce mythe Molière. Et les faits parleront, l’absence de manuscrit aussi (1).
Pour l’heure, il s’agit d’attendre et ce volume intitulé Ote-moi d’un doute, titre peut-être un peu velléitaire, ainsi que le volume conçut par Denis Boissier après son Affaire Molière déjà fort décillante. Ce dernier a eu la riche idée de démonter la thèse du “Molière écrivain de génie” en se basant sur les thèses, articles et ouvrages de pro-moliéristes. Mises bout à bout, il n’est pas plus assassin que les bonnes volontés (l’enfer, dit-on…). Leurs incohérences collectives démontrent assez que l’université, soucieuse de respecter canons, doxa et hiérarchies pédale depuis la Révolution française, et la IIIe République, dans un brouet peu clairet.
Apprécier les zoïles de la recherche, tous les adeptes de l’embabouinage dans leur rugissement, assis sur leur tricycle bancal, sera, la saison prochaine, le spectacle majeur. Et puis, peu de temps après, la nouvelle mouture de l’essai de Denis Boissier paraîtra enfin, équipée de trouvailles nouvelles, et ô combien édifiantes.
Mais chut… gardons encore un peu le secret.

Rappel : Pierre Louÿs avait lancé l’affaire en 1919… Que de temps il faut pour qu’une hypothèse soit simplement admise et éventuellement discutée… serait-ce la preuve que nos “élites” ne sont jamais qu’une tribu grégaire, hostile à la nouveauté, aux possibles ? (A suivre.)

(1) Même si Vrain-Lucas a mis la main à la plume…

NB Après Pierre Louÿs, Henry Poulaille (1896-1980), René-Louis Doyon, Pascal Pia (1903-1979), Hippolyte Wouters, Denis Boissier et, last but not least, Dominique Labbé ont creusé le fond de cette polémique en ramenant chacun des hypothèses aussi crédibles qu’intéressantes.

Sur le sujet, la documentation édifiante est la suivante :

Pierre Louÿs, L’auteur d’Amphitryon, Le Temps, 16 octobre 1919.
Pierre Louÿs, Corneille le grand, Comoedia, 24 octobre 1919.
Pierre Louÿs, Les Femmes savantes, Comoedia, 27 octobre 1919.
Pierre Louÿs, L’Imposteur de Corneille et le Tartuffe de Molière, Comoedia, 7 novembre 1919.
Pierre Louÿs, Les deux textes de Psyché, Comoedia, 10 novembre 1919.
Pierre Louÿs, Broutilles, recueillies par Frédéric Lachèvre. Paris, 40, rue Beaujon, s. d. (1938). In-8, 103 p., BN Impr. Rés. p-Z-1206. Contient: Le Problème Corneille-Molière vu par P. Louys (contribution au dossier définitif).

Henry Poulaille, Corneille sous le masque de Molière, Paris, Grasset, 1957, 400 p. (épuisé).

René-Louis Doyon, Molière, panacée universitaire I. Les Livrets du Mandarin, 5e s., n° 4, automne 1957, pp. 21-24.
René-Louis Doyon, Molière, panacée universitaire II. Les Livrets du Mandarin, 5e s., n° 6, mars 1958, pp. 1-30.

Hippolyte Wouters et Christine de Ville de Goyet, Molière ou l’auteur imaginaire, Bruxelles, Complexe, 1990, 149 p. 12 €

Dominique Labbé, Corneille dans l’ombre de Molière. Histoire d’une découverte. Paris-Bruxelles, les Impressions nouvelles, 2003, 144 p., 15 €
Dominique Labbé, Séminaire du groupe Langues Information Représentations, 13 janvier 2004, Laboratoire d’Informatique pour la Mécanique et les Sciences de l’Ingénieur, annexe VI : ”Par qui ont été écrites les pièces de Molière ?”.

Denis Boissier, L’Affaire Molière, Paris, Jean-Cyrille Godefroy, 2004, 315 p., 20 €.

Par ailleurs, l’association cornélienne propose un site d’une richesse inattendue : L’Affaire Corneille-Molière. On y découvre que l’enjeu de ce watergate de l’université est plus lourd qu’il y paraît.

Enfin, l’affaire Molière a également inspiré les oeuvres suivantes :

  • Frédéric Lenormand, L’Ami du genre humain, roman, Paris, Robert Laffont, 1993.
  • Pascal Bancou, L’Imposture comique (Théâtre de La Huchette, 2000).
  • Hippolyte Wouters et Christine de Ville de Goyet, Le Destin de Pierre (Bruxelles, 1997).

dimanche 23 juillet 2006

Le "Pressbook" de Jean Richepin

Pour avoir commandé à la librairie La Poussière du temps, à Paris, la livraison inaugurale des Livrets du Mandarin en parfait état, qu’il cherchait vainement depuis une paire de lustres (ouais !!!), Le Préfet maritime a eu le plaisir de recevoir, en outre, le catalogue n° 9 de ladite librairie.
Point vierge du tout, celui-là propose un lot de 59 items relatifs à Jean Richepin (1849-1926), l’auteur de La Chanson des Gueux (Librairie illustrée, 1876), des Morts bizarres, étonnant recueil de nouvelles maintes fois réédité (Decaux, 1876 ; (…) ; PJO, 1981 ; L’Arbre vengeur, 2005), des Caresses (Georges Decaux, 1877), de La Glu (Maurice Dreyfous, 1881), des Blasphèmes (Maurice Dreyfous, 1884), des Braves Gens (idem, 1886), de Flamboche, roman parisien (Charpentier et Fasquelle, 1895), ou encore de Labigasse, roman magique (Fasquelle-Charpentier, 1900), etc…

Parmi les ouvrages en vente, quelques lots autographes, dont un manuscrit de huit pages consacré aux notes marginales que tous, peu ou prou, nous fourrons dans les livres qui nous passionnent (“Marginalons”), un autre de cinq feuillets intitulé “Vieux Carnets”, une lettre et quelques volumes avec envoi, dont l’un est dédicacé à Jacques Richepin, le fils de Jean R., poète lui aussi.
Surtout, on y découvre l’existence d’un étonnant dossier de presse constitué en septembre 1897 par Paul Beuve, à l’intention de l’auteur. Une très belle démonstration d’amitié.
Peu réputé, Paul Beuve, auteur d’une Iconographie de Willette (C. Bosse, 1909), s’est fait en nom en réunissant une importante collection d’objets et d’imagerie populaire relative à Victor Hugo (Paul Beuve et Henri Daragon, Victor Hugo par le bibelot, le populaire, l’annonce, la chanson, H. Daragon, 1902, coll. “L’Histoire par le bibelot”).
Paul Beuve avait, c’est certain, la collectionnite aigüe, mais efficace.


La Poussière du temps, 16, rue de Tournon, 75006 Paris. 01 43 26 49 54. ptemps@club-internet.fr

mardi 18 juillet 2006

Du métier d'écrire des polissonneries... (Léon Daudet, Victor Margueritte, Edmond Haraucourt & Cie)

Afin de réfléchir un peu, et de se consacrer à la littérature (il n'y a pas que les oiseaux dans la vie, pas vrai ?), voici la première des "Controverses et polémiques" servies en décembre 1922 par René-Louis Doyon (1885-1966) dans un nouveau journal, La Vie littéraire et artistique, directe et unique concurrente des Nouvelles littéraires naissantes. Le critique, éditeur, libraire et polémiste y dévoile une manière d'aborder la littérature : la voie industrielle. On n'a pas fini d'en parler depuis que Sainte-Beuve a donné "La Littérature industrielle" dans la Revue des Deux Mondes de septembre 1839.

Nota bene
Il est entendu que l'article date de 1922. Aussi, toute ressemblance avec des écrivains d'aujourd'hui ne serait qu'une involontaire coïncidence. Quoique... A bien y réfléchir, on pourrait s'amuser à remplacer les patronymes et les "segments de marché" pour obtenir un jeu de société des plus insolents. Mais nous ne sommes pas insolents... En tout cas, pas ce matin. On n'a pas bien dormi.

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