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mercredi 26 juin 2013

Faites vos Dalize ! (Bernard Quiriny salue Le Club des Neurasthéniques)

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Faites vos Dalize !

« Il avait couru toutes les mers, charmant, plein d’illusions gracieuses, il se croyait revenu de tout. La vie fut pour lui un cinéma ».
Ainsi parlait Apollinaire de René Dalize (1879-1917), officier de marine fauché par la Guerre qui n’aura pas laissé beaucoup de traces dans les anthologies littéraires, malgré son amitié avec l’auteur d’Alcools et les trois petits livres qu’ils écrivirent ensemble en 1914.
Tout ce qu’il faut savoir sur cet aventurier créole est expliqué dans sa postface par Eric Dussert, notamment qu’il s’appelait en réalité Dupuy, qu’il a navigué sur toutes les mers et que, fumeur invétéré, il a contribué à l’introduction de l’opium à Montmartre, au début du siècle. Ses écrits ? Une poignée de reportages, des poèmes composés au front et cet unique roman paru en 1912 dans le quotidien Paris-Midi, où il restera enfermé un siècle puisque personne à l’époque n’a eu l’idée de le reprendre en volume.
Qu’on se rassure : malgré les années, sa verve et son charme sont intacts, avec une légèreté et un sens du rocambolesque qui rappellent certains récits anglais de Chesterton, ou le délicieux «Bureau des assassinats» de Jack London. Mais surtout, «Le Club des neurasthéniques» se range parmi les romans d’aventures et d’exotisme de Francis Carco, Pierre Benoît ou Henri de Monfreid, avec une nuance comique qui lui confère une place à part.

L’intrigue se déroule au printemps 1915, dans une Europe est en proie à la peste. Paris est en état de siège. Au Bar de la Limace, une étrange société s’interroge sur l’attitude à adopter face au fléau : c’est le « Club des neurasthéniques », un petit groupe de snobs qui se proclame battu d’avance par la civilisation moderne, inapte à suivre son rythme effréné. Or, au moment où les Neurasthéniques se prononcent pour le suicide collectif, leur secrétaire Claude-Alain Mercœur reçoit de son oncle une mission capitale : aller chercher aux Antilles sa fille naturelle et la ramener saine et sauve à Paris…
Une folle équipée commence pour les membres du Club, émaillée d’incidents divers (dont un duel, un naufrage et une éruption volcanique), de palabres et de moyens de transports divers, dans une ambiance fantaisiste qui donne raison au placard publicitaire conçu à l’époque par Paris-Midi : «Une aventure inédite et d’un genre tout à fait nouveau, sous la forme d’un récit attrayant et pittoresque » !

La fin du livre, d’un optimisme quasi militant (les Neurasthéniques reprennent goût à la vie, et tombent tous amoureux les uns des autres), tranche avec le destin tragique de René Dalize, tué lors d’un assaut au Chemin-des-Dames en mai 1917. Apollinaire lui dédiera ses Calligrammes, et ce salut fut jusqu’ici la seule raison pour un lecteur moderne de connaître son nom. On se réjouit qu’il en existe à présent une autre, et qu’il soit possible de suivre dans leurs péripéties à travers le globe ses héros excentriques. Pour eux, à la différence de leur auteur, tout est bien qui finit bien.


Bernard Quiriny



L'Opinion, 26 juin 2013.


René Dalize Le Club des neurasthéniques. Édition établie et présentée par le Préfet maritime. - Talence, l'Arbre vengeur, 23 mai 2013, 303 pages, grand format (21/14 cm), 20 €

mardi 25 juin 2013

Résultat du grand jeu de l'Alamblog : Farandoul

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Et oui, il s'agissait de reconnaître Saturnin Farandoul tel qu'il apparaît dans les Voyages très extraordinaires de Saturnin Farandoul d'Albert Robida, comme le prouverait, si nécessaire, cette page de titre qui ne cachera pas longtemps aux yeux experts l'image de la page originale.
Le lot va bien évidemment a celui qui le premier identifia le personnage, le dit "Perrache" qui donc n'a plus qu'à se reconnaître lui-même pour nous transmettre son adresse postale !.
Il remporte Le Club des neurasthéniques, véritable roman de l'été, emballant, emballé, réjouissant, jovial.

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René Dalize Le Club des neurasthéniques. Édition établie et présentée par le Préfet maritime. - Talence, l'Arbre vengeur, 23 mai 2013, 303 pages, grand format (21/14 cm), 20 €

lundi 17 juin 2013

Le Grand Jeu de l'Alamblog se poursuit jusqu'au 25 juin...

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Toujours en jeu : le roman de l'été 2013 l

Le magnifique roman à transporter sur toutes les plages et à dévorer pour se rafraîchir et se purger enfin des derniers livres primés, soyez la première ou le premier à répondre juste et bien à la question suivante :

Quel est donc ce personnage ?

Résultat le 25 juin à 0 h sur l'Alamblog !

Le lot : un exemplaire du grand livre de René Dalize, loué dès 1912 par Apollinaire, Salmon et les autres mais jamais publié en volume : Le Club des neurasthéniques (L'Arbre vengeur, 2013)... Une nouveauté tonitruante de la collection "L'Alambic" !






lundi 27 mai 2013

Portrait de Jean Le Roy (1894-1918)

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Tandis que certains éditeurs préparent activement paquetage et munitions destinés à enrichir la commémoration de la Première Guerre mondiale, il nous vient aux oreilles que les hostilités (commerciales) ont déjà commencé : en attendant la biographie de Guillaume Apollinaire par Laurence Campa, et depuis la parution de l'album Cendrars de la Pléiade, tout en poursuivant la promotion du Club des neurasthéniques de René Dalize, fameux roman dont vous savez déjà beaucoup de choses, voici que s'annoncent deux romans de Léon Groc (Moutons électriques), les œuvres plus que complètes du poète Jean Arbousset, dit "Quinze grammes", etc. sans compter les rééditions diverses des paroiles de poilus, des classiques de Dorgèles, Gabriel Chevalier (La Peur) et autres gros morceaux.
Parions que ce sera profus, macabre et roboratif.

En attendant les escarmouches entre piles de livres sur les tables de libraires, l'Alamblog vous offre bien gracieusement ce rare portrait de Jean Le Roy, ami et disciple de Jean Cocteau, qu'il rencontra en 1917, ce dernier recueillant à sa place après sa disparition au front un certain Raymond Radiguet. Avec Arbousset et Apollinaire, Jean Le Roy fait partie des rares très bons poètes français de la guerre. Ajouterait-on Édouard Guerber, poète dont on dira forcément quelque chose plus tard, que l'on n'incluera pas Léon Riotor, très certainement moins... percutant et bien lassant de nationalisme banal, si l'on peut dire. Mais tout cela reste "à suivre". Quant à Jean Le Roy, ses publications originales sont rares, très rares, à l'instar du Livre de Quinze Grammes d'Arbousset (bientôt au catalogue de la maison Obsidiane) : les plus chanceux des bibliophiles découvriront Le Prisonnier des mondes (La Société d'édition, 1911) et s'en trouveront rassasiés.

vendredi 24 mai 2013

Révolution pittoresque, par René Dalize (1909)

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En guise d'illustration d'un chapitre du Club des neurasthénatiques (désormais disponible dans toutes les librairies qui se respectent), ce "reportage" du fameux marin et ami d'Apollinaire qui prendra place, trois ans plus tard, dans le feuilleton susdit...

Où, peu à peu, l'exégèse dalizienne progresse...



« Révolution pittoresque »


« Il y eut récemment une révolution à Haïti. Ne nous frappons pas. Les révolutions sont à l’état endémique à Haïti. Elles sont de moins en moins sanglantes. Çà et là seulement quelques énergumènes s’amusent encore à fusiller. Ce sont des sots.
Car la foule haïtienne ne prend pas ordinairement au tragique ces révolutions. On s’y habitue ; Port-au-Prince, la capitale, est, même, en temps de révolution normale, une ville assez gaie. La nuit, grâce au déploiement des forces militaires, elle devient fort animée et bruyante. L’ancien président Sam, qui vivait heureux au milieu d’un harem de jeunes Haïtiennes d’un âge tendre, ne pouvait dormir si plusieurs centaines de sentinelles ne passaient la nuit autour de son palais répétant sans trêve le cri d’alarme : « Halte ! qui vive ! Halte ! qui vive ! » Les voix d’interrompaient-elles ou baissaient-elles un seul instant, Sam se réveillait en sursaut, la sueur au front. Sans doute ses ennemis, maîtres du palais, venaient-ils le quérir pour le poteau d’exécution ! Lorsque reprenait le bruyant concert, il se rendormait tranquille.
« Mille patrouille, en temps de révolution, sillonnent les rues. L’étranger rentrant paisiblement chez lui entend soudain surgir des ténèbres proches des voix retentissantes et farouches (le Haïtien se voit peu dans la nuit) « Halte ! qui vive ! — Zut ! répond-il généralement, fichez-moi la paix ! — Alors le chef de patrouille ayant reconnu un étranger, s’approche : « Ba moué (donne-moi des sous !) » Et l’on est quitte.
« La plaisanterie n’est pourtant pas infaillible. Une nuit, lors de la révolutoin fomentée par Nord Alexis contre Sam, un Français de mauvaise humeur répondit à la patrouille par le mot autrefois illustrée sur un champ de bataille. A son grand étonnement, il fut appréhendé et conduit au violon. Là, on lui expliqua qu’il avait grandement manqué de respect à l’armée haïtienne. Le malheureux ne s’en tira qu’après avoir offert à l’état-major la valeur d’une gourde (une gourde = cinq francs) de liquides variés. Il était tombé sur une ronde de généraux conduite par le ministre de la guerre !
« Les Européens habitant Port-au-Pinrce n’aiment cependant pas fréquenter la rue les nuits de révolution. Une balle s’égare parfois. Réunis au « Club des Becs-Salés », louable institution, ils se consolent des horreurs de la guerre en dégustant des cocktails.
« L’armée haïtienne se compose principalement d’officiers supérieurs. C’est au reste une mode américaine. Il est presque aussi facile d’être général en Haïti que colonel à Chicago. Les quelques officiers qui ont fait des études en Europe et pourraient rendre d’utiles services à l’armée sont confinés par la jalousie des grands chefs dans les grades subalternes.
« Sur le quai branlant de Port-au-Prince, les généraux ont coutume de se tenir par groupes en temps de paix. Vêtus d’uniformes disparates, multicolores et loqueteux, coiffés à la mode des gardiens de square, les pieds nus pendant dans le ruisseau noirâtre, ils discourent et se chamaillent à perte de vue, un jeu de cartes crasseux à la main. Ils ne dédaignent pas non plus de donner la main au déchargement des navires de commerce, ni de transporter les valises des passagers.
« Mais un bon général ne doit pas seulement s’initier aux combinaisons stratégiques de la manille aux enchères, il doit aussi connaître le maniement d’armes. Plusieurs fois par semaine, suivant les instructions ministérielles, il y a dans la grande cour de la caserne exercice pour les généraux : « Portez armes ! » « Présentez armes ! Tambours, roulez ! » L’instructeur était voici quelques années un ancien sous-officier de l’armée française auquel le gouvernement avait conféré le titre de capitaine honoraire.
« L’élément civil à Port-au-Prince se distingue de l’élément militaire par la couleur noire, non de sa peau, mais de son costume. A la vérité, le snobisme haïtien se contente de deux modes. Tel vêtu d’une ample et longue redingote et coiffé d’un impeccable huit-reflets se promène dans la rue au bras de son frère, habillé d’un simple mouchoir de poche maintenu par un bout de ficelle.
« La république d’Haïti est essentiellement démocratique. Tous les hommes sont égaux devant le pagne. Quant à la noblesse créée par Faustin Soulouque (1) au milieu du siècle dernier, elle a complètement disparu.
« Tout Haïtien est orateur. Il excelle surtout dans l’oraison funèbre. Le Journal Le Soir, de Port-au-Prince, en redisait une dernièrement : « “Mesdames, Messieurs. Il vient de s’éteindre lentement dans sa cinquante-sixième année, une de nos plus belles figures.
« “Il ne connaissait pas cette crainte puérile au dernier supplice si universellement redoutée qui fait de l’individu un être veule. Il pratiqua la grande doctrine de ne rien dire des hommes et des choses ou d’en dire si peu qu’on ne pouvait rien entendre.
« “Son mandat achevé, il rentra paisiblement dans la vie privée où il planait au-dessus de toutes les basses coteries. Il n’avais plus de doute sur la méchanceté des hommes ; cependant il ne pouvait s’empêcher de les aimer, même ceux-là qui sont méprisables et qui ressemblent au léopard de la fable avec lequel on ne joue pas à la main-chaude.”
« La session parlementaire, cette année, fut ainsi ouverte : “Messieurs, dit le président de la Chambre, j’ai une importante communication à vous faire. La proportion des naissances légitime en Haïti qui n’avait jamais dépassé dix pour cent a atteint cette année d’après la statistique douze pour cent. Nous devons nous féliciter de ce merveilleux résultat. Honneur à notre vaillante population ! Honneur à sa vertu ! Honneur à ses législateurs et vive Toussaint-Louverture ! Je propose de lever la séance en signe d’allégresse. »
« Quand le canon tonne en ce doux pays, ne nous frappons donc pas plus que de raison.

« René Dalize. »



(1) Faustin Ier (1782-1867), fut président puis empereur d'Haïti où il régna en despote de 1847 à 1859. Il est renversé par Fabre Geffrard (Note du Préfet maritime).


Fantasio, 1909, p. 418.


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Illustration : huile sur toile (que l'on aurait pu croire de Derain, par exemple) de René Dalize, "À Mon Amie, Bela Hein" (Vente Fraysse, Paris, 30 novembre 2009). Bela Hein, mort en 1931, était un collectionneur d'art nègre arrivé à Paris en 1910.



René Dalize. Le Club des Neurasthéniques, roman inédit. Préface du Préfet maritime. — Talence, L'Arbre vengeur, "L'Alambic". 2013, 303 pages, grand format (21/14 cm), 20 €

Et aussi Ballade du pauvre macchabé mal enterré, suivi de deux souvenirs de Guillaume Apollinaire et André Salmon, présenté par Laurence Campa - Paris, Abstème et Bobance, 2009, 16/13 cm, 19 pages, 6 €

jeudi 23 mai 2013

Tout un monde de fiction !

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Le Club des neurasthéniques paraît aujourd'hui et c'est le roman de l'été !

On y trouve de l'eau salée, des terres lointaines, une île à volcan (qui fait des ravages), des hommes neurasthéniques (et drôles), des femmes neurasthéniques (et drôles), de l'opium, des malfaisants, un lord et son équipage, des cocktails exubérants, un naufrage, une révolution olé-olé, un professeur de doute, etc.

Tout un monde de fiction !

Publié dans Paris-Midi entre août et octobre 1912, le roman de René Dalize, vieux copain d'Apollinaire (ils ont écrits quatre romans lestes à quatre mains) n'avait jamais vu le jour en librairie... malgré l'enthousiasme qu'il avait soulevé avant-guerre lors de sa publication en feuilleton.
Désormais, ce grand roman d'aventures français d'avant-guerre dispose d'une édition en volume - et en grand format, choix remarquable de l'Arbre vengeur qui sait ce qu'est un vrai roman. Pour fêter ça, l'Alamblog donnera demain une rare chronique de René Dalize... qui n'est pas sans rapport avec Le Club des neurasthéniques

Nous reviendrons plus tard sur la figure de Dalize, poilu si mal enterré, dans un format king size enfin édité.


René Dalize Le Club des neurasthéniques. Édition établie et présentée par le Préfet maritime. - Talence, l'Arbre vengeur, 23 mai 2013, 303 pages, grand format (21/14 cm), 20 €

samedi 4 mai 2013

Le Club des Neurasthéniques (1912) : découverte d'un roman de René Dalize inédit en volume

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René Dalize, marin de la Royale, imagina-t-il un seul instant être l'auteur du roman de l'été 2013 ?

Ce fut, il faut dire une grande excavation, et Il aura fallu attendre un siècle pour découvrir le "fameux" roman de René Dalize, Le Club des Neurasthéniques, dont on nous rabâche qu'il a beaucoup plu lors de sa publication en feuilleton... en 1912.

Depuis, plus rien... Il restait enseveli dans sa pile de journaux, au risque de disparaître tout à fait.

En attendant la première édition en volume de ce "grand roman d'aventures", vous trouverez ici même, et dès bien vite, une chronique inédite de l'ami de Guillaume Apollinaire, de Max Jacob, de Jean de Tinan, d'André Billy et du tout culturel montmartrois des grandes années : René Dalize.

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mercredi 1 mai 2013

Une prochaine surprise du Préfet maritime...

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En ce jour de fête du farniente, il n'aura pas échappé aux lecteurs d'Une forêt caché qu'entre ses pages 285 et 287, il est question de René Dalize...

Figure-vous que ce personnage passionnant a manifesté certains talents que les sectateurs d'Apollinaire ont loué à juste titre... sans aller toutefois jusqu'à éditer ses écrits.

C'est ballot, songez-vous. Et c'est bien ce que s'est dit in petto le Préfet maritime, qui décida de retrousser ses manches pour retrouver le fameux "Club des Neurasthéniques" qui dormait dans la presse des années 1910...

A grands coups de pics, l'excavateur excava, copia, recopia et, finalement, à bout de souffle, parvint à plat ventre jusqu'aux bureaux de la maison L'Arbre vengeur. Celle-ci se fit un plaisir de programmer l'édition de l'un des grands romans d'aventure français de la première moitié du siècle dernier dans la collection "L'Alambic", toute désignée pour recueillir ce bijou de la littérature souple et élégante du siècle dernier — bijou qui manque naturellement, pour l'instant, à l'essai de Jean-Yves Tadié sur Le Roman d'aventures (Gallimard, 2013, "Tel").

Parution du bijou — en grand format — le 14 mai.

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