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mardi 7 novembre 2017

Les mains vides

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Pour honnir les cyniques qui confondent à dessein chômage et farniente, retrouvons le roman de Maria Borrély (1890-1963) qui les informerait sur la mansuétude (puisqu'attendrir on ne pourra point) : Les Mains vides, l'un de ses derniers livres, daté de 1932, réédité en 1989 par son fils Pierre et réimprimé à plusieurs reprises depuis par La Part commune et tout dernièrement par la coopérative Parole - qui publie également les œuvres complètes de Maria Borrély, il faut le préciser, et on y reviendra.

On était quatre grands amis enchaînés par le sort...

Sur un tempo semblable à celui de Delteil et dans des phrases cousues comme l'aurait fait un Giono, un livre touchant, brutal et beau, habité par tous les vents de Provence, cheminant par toutes ses routes, le long desquelles les chômeurs égrenaient leurs misérables existences avant de finir sur les bancs de Marseille.

Sa figure est enflammée par la faim. Dans ses oreilles, des cloches bourdonnent, la tête lui tourne et presque, il commence à voir les étoiles du ciel en plein jour.

Sur les traces de La Faim (Hamsun) et de Ceux du trimard (Marc Stéphane), juste avant La Gueule (Seignolle), un très beau livre à ranger près de ceux des meilleurs plumes de l'entre-deux-guerres.


Maria Borrély Les Mains vides. - Parole, 2017, 99 p., 11 €




Illustration du billet : Les trimardeurs, par Steinlen (1913).

jeudi 9 juin 2016

Galéjade à Saint-Gabriel

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Comme on pouvait s'y attendre, le nouvel Antoine Audouard apporte sa dose de fraîcheur bienvenue.
Il est du Sud, ce roman-ci, il est sympathique et un peu loufoque, il convient parfaitement à notre époque et sans pose ni chichi - pas de prétention à une pseudo-sociologie de bazar à la façon de nos granzoteurs -, avance à pas veloutés sur des terrains qui ne nous sont pas étrangers : non pas "la France éternelle" de Richard Millet, de Maurice Barrès ou d'Antoine Compagnon (et sous-sbires), mais celle dont nous connaissons tous les salles omnisports et les trottoirs trop étroits, les cafés qui sentent le jaune à vingt mètres, les vieux ronchons à pantalons trop larges et leurs mamies stockées dans d'impossibles robes à fleurs (aucun naturaliste n'en a jamais imaginé d'aussi exotiques). Je passe sur les toutous et les moteurs diesel, les boulangeries à baguettes industrielles et les magasins d'électro-ménager en zones péri-urbaines, j'ajoute seulement quelque édile à la mie de pain, des voyous façon "le Sud", un auteur de romans pornos et une jolie beurette, une amie d'enfance très ayurvédique et son père impossible, des escargots et un lama : vous avez les ingrédients d'une comédie susceptible de vous faire passer une excellent moment.
A sa façon, Audouard, qui nous fait donc son Raymond Depardon, rappelle à notre bon souvenir les plus "peuple" de notre littérature, les plus amateurs de "culs-terreux" et de quidams, les Fallet, les Navel, Les Calet, tous ces amateurs de la vie qui se trame dans la simplicité, et, souvent les difficultés les plus variées. On n'imagine pas... Ce qu'on n'imagine pas non plus, si l'on n'a pas lu déjà Antoine Audouard, c'est la façon dont il aborde lui-même la vie : en souriant. Attention : il ne joue pas à l'auteur souriant qui se presse le citron et tricote du stylo pour faire amusant. Non, il est souriant, doux et amusant, avec un engouement désarmant, une simplicité tutélaire et une authentique tendresse pour les personnages de son enfances et ces rues dont il tirait probablement les sonnettes...
Tandis que Céline Minard s'installe en ses quartiers hauts (bientôt sur l'Alamblog), Antoine Audouard visite le Paradis quartier bas et nous invite sans façon à ces scènes de la vie des femmes et des hommes de notre époque.



Antoine Audouard Paradis quartier bas. — Paris, Gallimard, 2016, 192 pages, 17,50 €

mercredi 8 août 2012

Le poète le plus triste de Provence

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Lavandière, de Paul Guigou (l'autre)



C'est Paul Guigou qui remporte la palme, selon Émile Ripert dans Le Feu du 1er mai 1909, du poète le plus triste de Provence.
Il en fallait un...
A noter que, par un hasard cocasse, Paul Guigou est aussi le nom du peintre le plus célèbre de paysages provençaux.

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