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Mot-clé - Poésie macabre

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mercredi 24 mai 2017

Dédiées aux chauves-souris

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Dédié aux chauves-souris... et publié initialement en 1977 en version bilingue chez l’éditeur italien Cegna, le seul recueil de poèmes connu de Gabrielle Wittkop, Litanies pour une amante funèbre, était depuis longtemps devenu totalement introuvable.

À l’occasion du quarantième anniversaire de sa publication initiale, Le Vampire Actif rend son souffle à l’ensemble de ces trente-et-un maléfiques mantras. Une composition poétique d'un romantisme noir aussi inquiétant qu'une nouvelle de Kenzaburo Oê...



Gabrielle Wittkop Litanies pour une amante funèbre. Avec reproductions des collages de l'auteur. Préface du Préfet maritime. - Lyon, Le Vampire Actif, reliure éditeur, 66 pages, 20 €



vendredi 27 mars 2015

Râle d'Arthus Sigré

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Râle

Madame la Mort, je frappe à votre porte :
J'ai laissé, là-bas, au tournant, mon escorte
De misères. Ouvrez-moi, Madame, ouvrez.

De beaux séraphins noirs qui m'ont rencontré
M'ont dit que chez vous on ne souffrait jamais,
Que des fleurs, prises à d'admirables Mai,
Exhalent avec des douceurs de caresse
D'étranges et puissants parfums, chargés d'ivresses
Et de rêves, en des sommeils éternels,
Sans que jamais une vision charnelle
Se présente à l'albe couche de Madame.

Le vent va souffler ma très mignonne flamme
De vitalité : j'ai peur, j'ai froid dans l'âme,
Déclouez l'huis du mur, un tout petit peu :
Les choses m'ont tant déchiré que je peux,
Frêle, me glisser par le moindre interstice,
Ouvrez-moi Madame la Mort.
Ma nourrice
— Aux jours très lointains d'enfance où tout est charme —
Me ferma son sein, et je n'eus que mes larmes
A boire.
Et j'ai poussé comme un pissenlit
Dans l'ombre des fossés.
% Au printemps, joli
Comme un enfant encadré de tresses blondes,
Au printemps, qui tend ses bras vierges au monde,
Dans une soif incroyable de jouir,
Nulle ne me fit l'aumône d'un sourire ;
Et, quand j'ai dit mon angoisse et mes tourments,
Les Hommes-Frères ont ri, férocement
Bêtes.
Et ce fut toujours comme cela.
C'est pourquoi, Madame la Mort, je suis là,
— Me détournant de vie qui se détourna —
Pour venir, courbé comme fleur sous l'été,
M'endormir pesamment, des éternités
Nombreuses, et des éternités encore,
En vos bras de marbre, Madame la Mort.


Arthus Sigré Zézaiements. — Ambert, impr. de Migeon, 1896, 36 pages.


Arthus Sigré n'a pas cassé la baraque avec ses poèmes. On le retrouve néanmoins avec un "Triptyque" dans la Jeunesse nouvelle (Lyon), n° 2, 2 janvier 1897 et ses Zézaiements lui ont valu des lignes ambigües un mois plus tôt dans les prestigieuses Annales politiques et littéraires :

Les Zézaiements, d'ARTHUS SIGRÉ. — Trop modeste, un auteur s'accusant de zézayer ! Zézayer est un vilain défaut de langage. Et M. Sigré ne nous en paraît pas affligé. Mettons qu'il « bégaie » — gentiment déjà — ses poétiques « Zézaiements ».

(22 novembre 1896, p. 333).