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Mot-clé - Pier Paolo Pasolini

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mardi 18 avril 2017

Superior stabat lupus

SciasciaDictature.jpg


Le marché de la Poésie approche à grands pas. Il est donc temps de vous appâter avec quelques beaux livres frais.
Nous commençons par le premier recueil de Leonardo Sciascia (1921-1989), le Sicilien qui donnait en 1950 ses premiers poèmes en prose, inspirés d'Esope au sujet de la dictature fasciste qui venait de relâcher son étreinte.
Pier Paolo Pasolini, séduit, en avait fait l'article, et l'on retrouve son commentaire dans le volume produit par la maison Ypsilon.
D'une simplicité frappante, ces fables n'usent guère de préceptes moraux : elles n'énoncent rien que les effets de la force brutale. Comme des haïkus de la férocité, elles placent sous nos yeux l'homme et la brute, la corruption de la puissance et celle de la peur, le déshonneur des politiques et des brutes.
Beau et imparable.


Leonardo Sciascia Fables de la dictature. Édition bilingue italien-français Traduction de Jean-Noël Schifano. Postface de Pier Paolo Pasolini, - Paris, Ypsilon, 80 pages, 15 €

mercredi 7 mai 2014

Pasolini avait la rabbia (1962 again)

pasolini_larage_b.jpg



L'intérêt pour l’œuvre de Pier Paolo Pasolini ne se dément pas, en particulier pour sa part poétique. Depuis une dizaine d'années et la parution de La Nouvelle Jeunesse, 1941-1974 (Gallimard, 2003), Ypsilon, Les Solitaires intempestifs, Points poésie et Nous se sont succédé pour apporter de nouvelles pièces (Le Dada du sonnet, C., Feuilles de langues romanes, Je suis vivant, Adulte ? Jamais), jusqu'au présent La Rage
La rage, c'est la rabbia en italien, un poème cinématographique de 1962 ou un film composé de proses — espaces sonores et musicaux compris — de fragments du jour, de miettes d'actualité saisies dans leur désarmante irruption, provoquant chez le poète-cinéaste-etc. un vent tourbillonnant d'âpres constats. Il souhaitait, comme le rappelle le préfacier Roberto Chiesi proposer "un nouveau genre cinématographique. Faire un essai idéologique et poétique avec des séquences d'un nouveau type". Et y intégrer la colère.

Pourquoi notre vie est-elle dominée par le mécontentement, l'angoisse, la peur de la guerre, la guerre ?
C'est pour répondre à cette question que j'ai écrit ce film, sans suivre un fil chronologique, ni même peut-être logique. Mais plutôt mes raisons politiques et mon sentiment poétique.

La "Victoire au canal de Suez" jouxte "Crâne et squelette" qui, eux-mêmes, lancent "L'accueil d'Ava Gardner par des violonistes".
Finalement Pasolini tresse ni plus ni moins qu'une vaillante danse macabre traditionnelle, un maelstrom des Hommes et des Femmes bondissant vivement — ça c'est nouveau — vers un aggloméré très standardisé d'humanité à la mode ikéate. Restent toutefois des pailles dans l'acier : feu Patrice Lumumba ou le camarade Guerman Titov qui donnent de l'air au peuple, ce dernier en incarnant l'utopique envol des âmes dans l'espace stellaire vers ce but sacré (et secret) de l'effort aéronautique soviétique.
Voilà qui nous donne envie de relire "La Faucille et le Marteau" de Marg. Yourcenar, cette vaillante pièce "oubliée" par les éditeurs de La Pléiade. Et de reprendre l'oeuvre de Pasolini où on l'avait laissée...


Pier Paolo Pasolini La Rage. Traduit de l'italien par Patrizia Atzei et Benoît Casas. Introduction de Roberto Chiesi. — Paris, Nous, 128 pages, 16 €