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dimanche 26 mars 2017

Topor dessine les photos d'Ehrlich

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Puisque rien n'arrête les éditions Wombat dans leur projet de rééditer l'oeuvre de Roland Topor, les voici à l'assaut des photographies d'Erwahn Ehrlich (1894-1961), recueil conceptuel de dessins de l'artiste prenant prétexte de la vie du premier photographe aveugle de l'histoire (1).
Précédemment publié par le Daily-Bul, ce livre était couvert par une radiographie médicale dans son édition première.


Roland Topor Les Photographies conceptuelles d'Erwahn Ehrlich (1894-1961), révélées par Roland Topor. — Paris, Wombat, 15 € Mise en vente le 6 avril prochain à l'occasion de la grande exposition Topor de la BnF.



(1) Depuis 1982, les éditions du Seuil ont fait mieux. Elles ont publié les photographies du deuxième photographe aveugle de l'histoire de l'art, Evgen Bavčar. Surprenant, non ?


mardi 14 mars 2017

† John Stewart

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Le photographe John Stewart vient de nous quitter.
Né en 1919 à Londres, il avait assez d'énergie pour qu'on l'imagine bientôt centenaire.
Reprise d'un portrait publié par le Préfet maritime (1) dans le Matricule des anges en 2006.



Le bushido du photographe

Elégant et costaud, John Stuart est un homme aussi sage que raffiné. Son visage de boxeur illuminé par des yeux d’enfant malicieux ne laisse guère ce qu’il a pu endurer. Pudeur et tact masquent chez lui une expérience terrible que la spiritualité orientale dont il est pétri et le code moral des samouraïs, le bushido qu’il a côtoyé de trop près, lui ont permis de surmonter.
Petit-fils de David Gestetner, l’inventeur de stencil, John Stewart est né en 1919 en Angleterre et a passé son enfance à Paris où il a suivi ses études au lycée Janson-de-Sailly. En 1939, il est en formation à la City lorsque la guerre éclate. Engagé, il se retrouve sur le Mount Vernon qui accoste le 13 janvier 1942 à Singapour, un mois avant la capitulation. C’est son premier pas vers l’horreur. Prisonnier avec les troupes britanniques, il subit d’abord l’ennui du camp où l’on s’ingénie à réinventer le briquet (à pied). « Certains se mettaient même à la lecture. » Il y rencontre Foujita de passage dans son curieux uniforme de peintre des armées japonaises (Tokyo l’avait réclamé aux Nazis). Ayant l’opportunité d’apprendre le japonais, John devient interprète, un rôle qui lui sauve la vie, celui d’intermédiaire indispensable entre les nouveaux maîtres et leurs victimes.
Car victimes il y a lorsque les volontaires anglais de la Force F partent en « wagon-riz » pour un camp lointain le 7 mai 1943. C’est un billet pour l’horreur : les Japonais les destinent à la construction de la ligne Siam-Birmanie, le « Chemin de fer de la mort » nécessaire à leur effort de guerre contre l’Inde. Le Mae Nam Kwae (le petit Kwaï), fut le théâtre de l’acharnement sadique de l’armée japonaise sur les prisonniers de guerre et les populations locales.
Pour John Stewart, c’est le début de trois ans et demi de captivité dans la jungle, sous la mousson qui tue, dans un air chargé de miasmes et d’humidité fétide. « Les éclairs silencieux d’un orage distant illuminaient la monstrueuse masse végétale qui nous engloutissait, tandis qu’une pluie battante et incessante noyait tout autre son. » Mais il y a pire… Au terme de son séjour au contact de la soldatesque nippone sujette aux coups de folie, il n’oubliera plus « le bruit des gourdins sur la chair et les os, les cris des coolies, l’horrible odeur de la maladie et l’insupportable témoignage de la cruauté de l’Homme. »
La « fourberie magistrale des Japonais », leur brutalité, leur sadisme atteignent des sommets au camp de Sonkurai. Décimés en outre par la maladie, fruit de la contagion et de la malnutrition, les soldats anglais succombent à la dysenterie, aux abcès, aux fièvres et au choléra qui tue comme le serpent-minute : « Le caporal en charge du bûcher ressentit les premières crampes à l’aube. Le soir son corps brûlait dans les flammes. »
Avant le Hollandais Loet Velmans (Retour à la rivière Kwaï, Phébus, 2005), John Stewart a choisi de revenir sur ses pas en 1979 pour retrouver les lieux de cette indéfectible horreur, affreusement riches de souvenirs funestes et sanglants, comme celui de ce prisonnier mal décapité qui survécut trop longtemps. Il remonte la rivière Kwaï jusqu’à ses affluents près de la frontière birmane et retrouve le fameux Col des trois pagodes. Kwaï n’est pas une page que l’on tourne aisément : en 1957 déjà, la 20th Century Fox l’avait engagé comme conseiller technique auprès de David Lean, le réalisateur du Pont de la rivière Kwaï, film tiré de la fiction de Pierre Boulle. Il vécut alors sur le tournage deux mois d’un ennui maussade. Indépendant cette fois, avec beaucoup d’humilité, une immense pudeur, et lorsque c’est possible avec humour, John Stewart a alors décrit le calvaire terrible de milliers d’hommes grâce à ses notes de 1943 dans Kwaï, deux voyages (1988), un livre aussi passionnant que son auteur est attachant.
La magie de John Stewart réside à l’évidence dans la dignité, les sourires à l’Homme et l’intelligence du monde. Sans forfanterie, grâce au précieux conseil d’un capitaine qui n’a pas survécu : « ne jamais perdre le sens de la vie, l’émerveillement d’être en vie » D’ailleurs, contre « Shikata ga naï koto » (l’inévitable), rien à faire, on ne peut qu’accepter son destin. Le sabre de l’élève officier Toyoyama qui siffla un jour au-dessus de sa tête aurait tout aussi bien pu la lui trancher. Depuis, le sage anglais ne connaît plus la peur.
De la Force F, Sonkurai est devenu le tombeau. Des mille six cents hommes qui s’y trouvèrent seuls cent quatre-vingt-deux d’entre eux regagnèrent l’Angleterre en 1945. Parmi eux, John Stewart qui reprend le fil de sa vie. De passage dans le sud de la France, il rencontre Henri Cartier-Bresson qui le pousse à devenir photographe. Ses portraits de Matisse, Braque et Picasso le lancent, il s’installe à New York où il devient un fameux photographe de mode pour Harper's Bazar ou Vogue, se consacrant à partir des années 1970 à son seul art. Ses natures mortes et ses portraits entrent dans les meilleures collections. Une rétrospective londonienne vient d’ailleurs de le saluer.
Que souhaiter désormais à John Stewart ? de la vie, il semble avoir tout eu… Quant à nous qui pouvons envier et craindre une si riche existence, nous nous souhaitons la chance de pouvoir visiter un jour une ample rétrospective de son œuvre photographique. Et notamment son célèbre portrait du boxeur Muhammad Ali (1977). Les institutions ne manquent pas qui de la photo d’art ont fait leur spécialité. A toutes fins utiles, indiquons leur qu’il reste un maître à présenter au public français.
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John Stewart Kwaï. Deux voyages. - Orléans, Nicolas Jenson, 2006.

(1) Précision aux amateurs trop emballés par les "communs" : le texte n'est pas libre de droit, il est ici gracieusement proposé à la lecture et ne pourra pas être utilisé (sur wikipédia, par exemple) sans l'autorisation de l'auteur.
Illustration du billet : © Christele Jacob, 2011.

lundi 14 mars 2016

Livres muets à Phnom Penh

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Christophe Macquet, qui n'est plus ni au Népal ni en Sibérie orientale, non plus qu'aux Maldives ou à Machu-Pichu, nous signale que deux livres muets sont publiés à Phnom Penh.

Un éléphanteau vert (Éditions Sipar, Phnom Penh (Cambodge), 28 pages au format 140/180 mm à 5 exemplaires numérotés et signés. Il s'agit de "réinjections et photographies directes" de Bayou Petit-Caillou, Bénarès, Katmandou, Lafayette, Montréal, New-York, Niagara Falls, Nouvelle-Orléans, Toronto, Wimereux (2015).

On n’entend pas (Éditions Sipar, 28 pages au format 140/180 mm à 4 exemplaires numérotés et signés. Il s'agit de "réinjections" sur des photographies originales d'Argentine, Arménie, Bolivie, Cambodge, Éthiopie, France, Inde, Iran, Népal, Venezuela (2007-2015)



samedi 13 février 2016

Les photographies d'Ho Fan




Né à Shangaï entre 1931 et 1937, Fan Ho n'a cessé de photographier Hong Kong.
Des images à regarder en lisant le "monde flottant" décrit par Kenneth White dans ses poèmes (Alfred Ebiel, 1976) ou le tableau formidable des voyages asiatiques du couple Hemingway-Martha Gellhorn. Un cadeau à faire ? Le site de Fan Ho devrait vous donner quelques envies...
Le livre de Martha Gellhorn ? On en parle bientôt.





lundi 21 septembre 2015

Paul Vérola (un portrait)

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Et voici toujours un portrait photographique de Paul Vérola (1863-1931), un poète, romancier et photographe amateur dont le patronyme laisse rêveur.

Manquant tout juste d'être un rastaquouère, on n'imagine pas plus déliquescent, plus fin de siècle, plus fleur du mal.


LE LIVRE

Rimes lointaines

Sans clarté, dans la nuit profonde,
Les paysages les plus beaux
Ne sont, pour le regard de l'homme,
Qu'un trou vide comme la mort :
Ainsi, quand nul oeil ne le sonde,
Chaque livre est un vain tombeau
Où dort, d'un léthargique somme,
Une âme qui peut vivre encor.
(...)
Sous les cyprès des cimetières,
Les corps, étendus pour toujours,
Ne sont plus qu'une écorce immonde
Que rien ne pourra réveiller : Ouvrez, interrogez les bières !
Inondez-les d'air et de jour !
En est-il un qui réponde ?
Sur elles à quoi bon prier !...
(...)


On en reparle bientôt.


samedi 7 février 2015

D'argentine en Lituanie

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Le nouveau livre muet de Christophe Macquet, Anoche hubo una tormenta, transporte, via l'Atlantique Sud et 26 photographies prises entre 2005 et 2011, d'Argentine en Lituanie.
L'ouvrage est tiré à 50 exemplaires numérotés, il paru à Erevan en décembre 2014 et les éditions Le Grand Os peuvent vous permettre de vous le procurer.
Ceux qui ignorent encore l’œuvre de Christophe Macquet peuvent se tourner vers l'Alamblog et plus encore vers son site personnel Obscures.

Christophe Macquet Anoche hubo una tormenta. - Erevan, Antares, 28 pages dont 26 photographies couelurs (isbn 978-9939-51-705-6) 20 € (+ 1,50 € frais de port)

vendredi 19 décembre 2014

Cette fille a la peau verte (Macquet le débouleur)

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Le 8 décembre dernier, Christophe Macquet annonçait sur son blog Obscures la parution de trois nouveaux "livres muets".
C'est peu de dire que ce photographe-écrivain-globe-trotter a quelque chose de fascinant.
Plus véloce que les amateurs de traîneaux ou de cabanes sibériennes, il va imprimer ses livres de photographies en Arménie ou au Kerala, shoote des tombes en Terre de feu, use de pratiques solitaires comme la "réinjection" (photographie de l'un de ses clichés via l'écran d'un ordinateur, la nuit de préférence et toujours dans l'obscurité pour maintenir un cadre noir) ou, plus récemment de la maréidolie. Il a bien fallu qu'il nous explique ce qu'était ce mot-valise composé de marée et paréidolie (illusion d'optique donnant à voir une forme, un visage, dans un objet, un rocher, etc.). « Et "le mot "paréidolie" est beaucoup utilisé en psychanalyse jungienne (on s'en fout) », s'empresse-t-il d'ajouter.
Frappé par la qualité des images et des textes de cet habitué de l'Alamblog (souvenez-vous de Luna Western), la parution des Sélénogrammes de la solitude avine où il tangote, assez incantatoire, prenant...

Et Macquet-la-tête-noire écrivait dans son noir (sur la voûte dans son noir, sur la voûte dans son noir) (...)

ou de L'Oiseau, récit physique, album de photographies prises en Amérique latine durant la décennie qui vient de s'écouler, soulignent encore l'importance de ses gestes.
Littérairement comme graphiquement, frappe d'abord l'immense liberté de Christophe Macquet. Pas de postulats, de dogmes, de formes "à s'y tenir". Liberté grande. L'écharpe de vent autour de la tête, on passe de la macrophotographie au flou derrière la vitre ou aux complicités dans le tunnel. On est sans cesse surpris. On se prend à penser, à moins d'être subjugué, à penser qu'il est si rare d'être surpris ainsi... Mais n'est-ce pas normal puisqu'

"En cette trente-huitième année de l'incarnation du phosphène de rien"

tout apport de Christophe Macquet vient bouleverser par son caractère autonome, énergique, international et assez certainement social, le panorama culturel prévisible et prévu ?
C'est un franc-tireur au pied léger, un indépendant armé d'imagination jusqu'aux dents qui bousille les têtes de gondole sans l'avoir toutefois bien remarqué. Un débouleur. Un ruineur de commerce diront les gens du métier, un punk apatride, un électron libre.
Il convient donc de prêter attention à cette œuvre étrange et attirante, rendue plus précieuse encore par les mystères de sa conception et de ses pérégrinations. La façon dont elle arrive jusqu'à nous est, pour commencer, le premier de ses enjeux, partant de ses charmes.
Enfin de l'air frais.


Christophe Macquet Cette fille à la peau verte (maréidolies). — Kerala, DC Press, 2014, 28 pages. ISBN 978-93-84786-07-6
Sélénogrammes de la solitude avine. — Arménie, Actual Art, 2013, 28 pages. ISBN 978-9939-816-40-1
L'Oiseau, récit physique. 82 photographies couleurs — Toulouse, Le Grand Os, 2014, 88 pages, cartonnage illustré éditeur, tirage à 100 exemplaires, 32 € (port 1,50 €).



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mercredi 25 juin 2014

Des livres muets en provenance d'Arménie

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Toujours en vadrouille à travers les solitudes du monde, parfois habitées, Christophe Macquet nous prévient, peut-être d'Arménie, qu'il publie un "livre muet", tout juste après son Sélénogrammes de la solitude avine.
Ce nouvel opus du reporter silencieux s'intitule L’histoire de la fille sans trou/Համր գիրք. Il se trouve auprès des éditions Antarès.



Christophe Macquet L’histoire de la fille sans trou/Համր գիրք. — Erevan, Antarès, 28 pages, 140/140 mm, isbn 978–9939–51–624-0. 50 exemplaires vendus ici.


vendredi 22 novembre 2013

Eugene von Bruenchenhein derniers jours

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Derniers jours de l'exposition Eugene von Bruenchenhein à la galerie Christian Berst jusqu'au 23 novembre 2013.

Les adeptes de Betty Page apprécieront. La multitude de photos de Marie, l'épouse de l'artiste, constitue une part ignorée de l'oeuvre découverte seulement au décès de celle-ci. Une part problématique qui porte un éclairage nouveau sur la création de Bruenchenhein.



Galerie Christian Berst
Passage des Gravilliers
10, rue Chapon
75003 Paris

dimanche 20 novembre 2011

Traité du sténopé

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A l'heure du tout-en-un électronique (téléphones-distributeurs de glaçons et appareils photos-autotensiomètres), le retour aux collages, montages, fabrications artisanales d'objets, de livres, l'invention de procédés plus ou moins complexes de création manifestent un évident besoin d'en revenir à des matériaux simples et à des médias a-électroniques.

Le réalisateur de clips François Vogel n'est pas le moindre de ces retourneurs aux sources. Pour sa part, il invente et fabrique des appareils photos, des caméras virtuelles, tourne des films.

Son Nouveau Traité du sténopé nous invite à redécouvrir une façon simple de faire de la photographie sans objectif. Pour la bonne bouche, il propose en outre une étonnante collection d'appareils photographiques à perspective inversée...


François Vogel Nouveau Traité du sténopé. édition bilingue français-anglais. — Bastia, Editions Eoliennes, 160 pages, 24 euros.

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