L'Alamblog

Accueil | Contre-feux, revue littéraire | Les espaces de l'édition indépendante

Mot-clé - Philothée O Neddy

Fil des billets - Fil des commentaires

mardi 22 novembre 2016

La tête d'O'Neddy (Théophile Dondey)

Theophie_Dondey.jpg




On ne la voit pas souvent, mais elle apparaît dans le récent catalogue "Romantisme" de la Librairie Jérôme Doucet.
Elle appartient à ce volume :

19. O’NEDDY Philothée (pseud. d’Auguste Marie Dondey, dit Théophile).
Œuvres en prose Romans et contes Critique théâtrale — Lettres.
Paris : Charpentier, 1878.
1800 €
In-12 (194 x 118 mm). 4, 354 p.
Vélin à rabats, dos lisse, pièce de maroquin vert indiquant le pseudonyme de l’auteur et le titre, ville d’édition et date dorés (reliure de l’époque).
Légères usures au dos sans gravité.


Le libraire indique aussi que l'exemplaire, bien truffé, est plus rare que l'édition de ses Poésies posthumes (Charpentier, 1877).


jeudi 3 novembre 2011

Le squelette et son oeil de verre

CastelaoO.jpg



Alfonso Daniel Rodriguez Castelao (1886-1950) n'a pas connu jusqu'à présent les honneurs de l'édition française. Seule son étude sur Les Croix de pierre en Bretagne (Brest, Centre de recherche bretonne et celtique, 1987), fruit d'un séjour en Bretagne de 1929, avait été traduite jusqu'à la parution cet automne d'un petit livre aussi charmant que grinçant chez les Fondeurs de briques : Un œil de verre, mémoires d'un squelette, délice d'humour noir.

On peut s'étonner que l'oeuvre de cet écrivain, dessinateur et homme politique galicien d'importance, membre du gouvernement républicain en exil à Paris dans les années 1946-1950 qui finit son existence à Buenos-Ayres, ne nous soit pas mieux connue... Mais on rattrape le retard, avec beaucoup d'enthousiasme grâce à ces soixante-quatre pages qui promettent beaucoup.

Sans divulguer la moelle du récit, déclarons tout de go qu'un homme, le narrateur, acquiert auprès d'un fossoyeur un manuscrit trouvé dans un cercueil. De quoi se remémorer les vers de Philothée O'Neddy...

Il est doux de sentir des racines vivaces
Coudre à ses ossements leurs nœuds et leurs rosaces
D'entendre les hurrahs du vent qui courbe et rompt
Les arbustes plantés au-dessus de son front (1).

Dans ce manuscrit maculé, un macchabée relate son séjour au pays des morts, ses relations avec ses colocataires de toutes origines sociales et de toutes époques, ainsi que les petits secrets honteux des uns et des autres, jusqu'à leurs promenades nocturnes qu'il décèle grâce à l'oeil de verre qu'on n'a pas ôté à son cadavre.

Humoriste bien campé, Castelao n'avait pas l'œil dans sa poche lui non plus. Pas plus que la langue d'ailleurs si l'on en croit la satire sociale qu'il met en place en si peu de pages, ou bien encore sa conférence de 1920 sur l'humour et la caricature adjointe au petit récit, conférence durant laquelle il agonissait quelques-uns de ses confrères espagnols d'impuissant talent.

Castelao avait de plus un coup de crayon sûr et épuré qui laisse imaginer que l'on découvrirait sans déplaisir d'autres œuvres de lui en français dans les temps qui viennent... Les Galiciens ne sont pas les moins imaginatifs des hommes, c'est bien connu.


Castelao Un oeil de verre. Mémoires d'un squelette. traduit du galicien par Vincent Ozanam - Saint-Sulpice (Tarn), Les Fondeurs de briques, coll. "Sacrilège", 64 pages, 12,00 €


(1) Feu et Flamme, Paris, Dondey-Dupré et fils, 1833, p. 40.

Squeoeil.jpg

vendredi 28 octobre 2011

Philothée O'Neddy

CatDondey.jpg



Théophile Dondey n'est pas, à l'instar d'Auguste Vard ou de Marc Michel, le plus notoire des Petits Romantiques. Et cependant, il a, lui, contrairement à M. Michel, publié ses écrits en volume de son vivant. Très peu sans doute, trop peu certainement.
Si l'on trouve l'essentiel de son oeuvre en ligne sur Gallica, il est un peu plus compliqué de voir de ses propres yeux ses originales, parfois disséminées dans la presse et les périodiques de l'époque, comme "L'escarcelle et la rapière" à lire dans l'anthologique Routier des provinces (Toulouse, 1841). A plus forte raison de les collecter. C'est pourtant cet exploit qu'a réalisé un jeune libraire, Jérôme Doucet.
Il en a conçu un premier catalogue à prix marqué tout à fait épatant, et très complet. Il faut de la patience et un instinct de sioux pour retrouver des écrits publiés dans des journaux du XIXe siècle, comme on peut l'imaginer.
Théophile Dondey, mieux connu sous son pseudonyme anagrammatique de Philothée O'Neddy (1811-1875), influence inavouée de Charles Baudelaire, n'aura pas été poète pour rien. Ses lecteurs le savent et vous allez le découvrir aussi. Le curieux de son histoire réside dans ce rêve qu'il fit en 1833 où naquit la prémonition de son oubli littéraire, oubli qu'il contribua naturellement a accentué après la mort de sa amante. Cette disparition le conduisit à cesser d'écrire durant dix ans... Puis il reprit la plume ; et produisit des proses et de poèmes que sa sœur fit imprimer après sa mort.
O'Neddy aura surtout été lu ces dernières années dans l’édition qu’a procurée Plein Chant en 1993 de sa fameuse Lettre inédite de Philothée O'Neddy sur le groupe littéraire romantique dit des Bousingots initialement publiée par Pincebourde en 1875. Le groupe des Théophile Gautier, Gérard de Nerval, Auguste Maquet, Petrus Borel dont il fut avec Nerval et Louis Boulanger l’un des amis les plus constants, trouvait là un éclairage important, doublé d'un correctif au double article de Charles Asselineau qui, dans le Boulevard, fut le premier à rappeler la figure de Dondey en 1862. Sa présence dans le "Camp des Tartares" de Pétrus Borel rend son explication très importante.

« Assez longtemps, immobile et les bras croisés sur le seuil de ma case de paria, j’ai contemplé, dans une oisive admiration, les adolescentes murailles de la Babel artistique et morale que l’élite des intelligences de notre âge a entrepris d’édifier. (…) La poésie possède enfin une cité, un royaume où elle peut déployer à l’aise ses deux natures : — sa nature humaine, qui est l’art, sa nature divine qui est la passion. »

AJoutons encore pour vous plaire que, influencé par Borel, qui signe nombre des incipits de Feu & Flammes (1833), dénonçant ainsi la connivence, O'Neddy fut aussi un Hugolâtre total et un anti-bourgeois déterminé.

Que je l'aime ce nom, saint dans tous les langages,
Ce nom terrible, écrit sur le char des orages,
Ce nom, beau de puissance et d'immortalité,
Qui fait pleurer les rois dans leur alcove immonde,
Que nous verrons un jour le seul culte du monde,
Ce nom de bronze, Liberté !...




Pour en savoir plus : Philothée O’Neddy, un brigand de la pensée, présenté par Jean-Luc Faivre. - Alfortville, Librairie Jérôme Doucet (3, rue de Choisy, 94140). librairie.doucet--me.com
Oneddy.jpg Philothée O'Neddy par Jehan Duseigneur, le portraitiste de la bande du Camp des Tartares.