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mardi 20 avril 2010

La Petite Personne à la question (Entretien avec Perrine Rouillon)

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Annoncé il y a deux ans, le fameux entretien avec la créatrice de la Petite Personne, Perrine Rouillon. La Petite Personne, rappelons-le sous l'un de ses hauts faits, est une figure de toute petite taille grandement attachante.



La Petite Personne fait-elle du vélo ?
T'es dingue ou quoi ? Elle est toute seule sur le blanc de la page. Si, d’ailleurs, elle peut faire du vélo. Mais sans vélo.

Elle va à la piscine ?
Dans L'Abécédaire, elle entre dans la mer, du coup elle n'a plus de jambes, puis plus que deux petites mains.

Elle est née quand ?
Dans Histoires d'elles, dans les années 1970. C’était un journal féministe formidable... L'idée était de faire un journal d'information normal, vendu en kiosque. Pas féminin : fait par des femmes ! A l'époque la Petite Personne était encore plus pas grand-chose qu'aujourd'hui (aujourd’hui à côté c’est Walt Disney). C'est Nancy Huston qui l'avait repérée. Ça m’avait sciée qu’on puisse prêter autant à ce petit crobar de rien du tout. Ça prouvait qu’il n’y avait pas de limites.

Comment t'est venue l'idée de cette petite créature ?
Elle est née dans mon écriture, que je trouvais immonde : sans air, sans style, proliférante. sans tout ce qui fait qu’un texte respire et que la personne passe entre les lignes... Alors un jour j’ai inventé une ponctuation, une petite spirale (le ‘point de recentrement’) pour faire des trous dans mon écriture. Pour revenir à moi ici et maintenant, arrêter la prolifération, l’enchaînement logique, les idées (j’ai failli être bouffée par les idées, c’est contre ça aussi qu’est née la Petite Personne, c’est mon ‘Parti Pris des Choses’). Et voilà, cette ponctuation est devenue la Petite Personne. Qui au début était muette et complètement emmêlée dans l’écriture, la fin d’un mot était le début de sa jambe, elle était sur la même ligne que les phrases, entre deux virgules…

Comment s'est-elle autonomisée ?
Elle s'est séparée de l'écriture, du coup j'ai pu dialoguer avec elle. Et puis je l’ai pas mal abandonnée quand j’ai fait l’Idhec. En fait je voulais écrire quand j’étais jeune, puis j’ai pensé que l’écriture moderne c’était le cinéma. Bon : maintenant je suis un peu entre les deux : le cinéma (sur papier) et l’écriture (dessinée).

La Petite Personne fait-elle la révolution ?
Elle a fait la révolution, la Petite Personne, mais personne ne le sait. Non, c’est vrai, dans l’écriture elle a fait sa petite révolution, elle a essayé d’être une écriture totale, avec le corps, la voix, le geste. Mais tout en restant une écriture : si tu ne la lis pas, tu ne la vois pas. Tu ne vois pas ses expressions, son mouvement. Et puis elle est dessinée avec le même geste du poignet que l’écriture, avec la même ligne, la même encre. Elle est une sorte d’écriture d'avant les symboles. Mais elle a un caractère de dessin : la seule chose qui l’intéresse c’est d’être. Etre là sur la page.

Des gens comme Copi ou Maurice t'ont-il poussée à dessiner ?
Copi m'a nourrie, mais je pense que la Petite Personne vient de nulle part. On me dit souvent qu'elle est minimaliste, je ne sais pas, je la trouve plutôt expressionniste, avec une gestuelle à la Gottlieb, outrée.

Parmi les rares autres personnages, il y a la Mort...
Oui, je me demande pourquoi… Je fonctionne comme un alambic : dix tonnes de vie pour trois pages de dessins. Je pense que la mort m'est assez familière. La Petite Personne l’aime bien, c’est le personnage dont elle est la plus proche. Elle revient souvent, elles ont des fou rires. Il y a une forme d'attirance, je pense. Elle est belle, la Mort, parce qu'elle est plus plastique, avec sa faux. Mais si je l'ai faite belle, c'est que... On plonge dans son gros œil noir, qui est dessiné comme la lune. Elle est tendre, elle est belle, elle est très sexe en ce moment. L'Amoureux c'est une autre paire de manches. Elle l’aime aussi mais il est plus loin d’elle.

Et le personnage de la Photocopine ?
Elle n'est pas revenue. Elle vient d’une amitié. Une amie pour qui j’étais un peu un modèle. Le seul hic dans ces histoires (parce que sinon chacune y trouve son compte, ce sont de vraies histoires d’amitié) c’est que la photocopine en veut à la photocopiée, après. Le Diable n'est pas revenu non plus, tiens !





Propos recueillis par le Préfet maritime



Signalons que la Petite Personne dispose désormais de son blog !



Bibliographie
La Petite Personne (Grenoble, 813, 1994)
Mona-Mie, la Petite Personne (Le Seuil, 1997)
Le Diable, l'Amoureux et la Photocopine (Le Seuil, 1999)
Le Petit Dessin avec une culotte sur la tête (Le Seuil, 2001)
La Petite Personne et la Mort, chanson de gestes (Le Seuil, 2003)
Tu me dessines et tu me regardes pas (Le Seuil, 2004)
L'Abécédaire de la Petite Personne (Le Seuil, 2008)

mercredi 24 mars 2010

La Petite Personne est sur la Toile

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Ce soir aura lieu l’inauguration du Salon du Dessin au carrousel du Louvre, la parfaite occasion de recommander le blog tout frais tout neuf de La Petite Personne.

Les Alamblogonautes à grosse mémoire s’en souviennent sans doute, nous en avions dit un mot et nous allons réitérer prochainement, foi d’amiral…

lundi 11 février 2008

La Petite Personne

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Vendredi 8 dernier paraissait au monde un nouvel épisode des aventures de la Petite Personne. Un nouvel épisode, songez-vous, c'est incroyable...
Et vous avez parfaitement raison. Assez incroyable d'ailleurs pour que l'information parvienne jusqu'à nos oreilles insulaires et que les mioches qui tournent incessamment autour de ma case — ils sont à l'affût de bonbons, les bougres, de bonbons et d'imprimés distrayants (je vais te me leur filer Les Mines du roi Salomon, ça va pas rater) — rondaient en criaillant "La Petite Personne, La Petite Personne".
Il m'a fallu leur prêter mon exemplaire des dernières aventures de la Petite Personne pour les faire taire.
Maigre bénéfice : je les entendis ensuite se chamailler, puis rigoler à gorges déployées aux mimes de leurs camarades jouant à la Petite Personne.
Ma journée n'était pas faite, mais mon efficacité étaient fusillée. Peu importe, il faisait beau, la plage me tendait les bras et les affaires de ma Cité pouvait attendre un jour ou deux.
Mais j'ai perdu le fil : au premier abord, en découvrant l'Abécédaire de la Petite Personne, j'avais eu l'impression que la Petite Personne avait grossi, elle aussi. Et qu'elle s'était laissée pousser des cheveux.
Mais non, diable, ça n'était pas la Petite Personne, ça était le Petit Dessin ! Perrine Rouillon m'avait bien eu. Depuis La Petite Personne (813, 1994) en passant par Le Petit dessin avec une culotte sur la tête (Le Seuil, 2001) ou Le Diable, l'Amoureux et la Photocopine (Le Seuil, 1999), elle dessine pour les grandes personnes et les petites personnes des ouvrages au format discret où s'exprime, comme ici Le Petit Dessin, qui ressemble comme une goutte d'eau à La Petite Personne et à un gribouillis, une humeur, des questions, des doutes.
La Petite Personne donne aujourd'hui son abécédaire, vous l'aviez deviné, et je vous laisse imaginer comment un dessin exprime d'Arbre à Zézette, des objets et des concepts. Cela manque ni d'élégance, ni de malice.


Perrine ROUILLON L'Abécédaire de la Petite Personne. — Paris, Le Seuil, 66 p., 14, 50 euros

Prochainement, ici même, un entretien avec Perrine Rouillon.