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dimanche 12 mars 2017

L'Homme-livre a-t-il bon caractère ?

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Paul Lacroix (1806-1884), dit Bibliophile Jacob, avait-il un heureux caractère ?
Etait-il le "mythobiographe" que l'on devine ?
Avait-il eu, par ailleurs, une carrière fulgurante ?
Des facilités relationnelles ?
Des intuitions sûres ?
Une oeuvre romanesque à relire ?
Vous redécouvrirez Paul Lacroix et répondrez à ces énigmes grâce au nouveau numéro de la la revue Littératures coordonné par Magali Charreire et Marine La Bail. Il constitue les actes de la journée d'étude qui s'est tenue l'an dernier à la bibliothèque de l'Arsenal.
Voici la présentation des deux éditrices :

Paul Lacroix, dit « le bibliophile Jacob », fait partie des figures que l’on croise au détour des travaux sur le XIXe siècle, mais dont l’œuvre, la personnalité et le rôle dans le champ littéraire demeurent méconnus. Historien, érudit, bibliographe, romancier, conservateur à la bibliothèque de l’Arsenal durant plus de trente ans, il est l’un des plus éminents représentants de la polygraphie foisonnante qui caractérise le siècle, mettant à mal les frontières entre fiction et érudition.
Fruit d’un travail mené conjointement par des universitaires, littéraires et historiens, et des bibliothécaires, ce dossier a l’ambition de donner une image complète de ce personnage hors norme, montrant l’étendue et la diversité de ses activités. Il redonne à Paul Lacroix la place qu’il a occupée au sein des réseaux unissant le monde des lettres (ami de Nodier, Dumas, Balzac, Hugo, Janin…), celui de la librairie (collaboration avec les éditeurs Techener, Jouaust ou Renduel) et celui des bibliothèques publiques. L’écrivain, très peu étudié à ce jour, est au cœur de cette relecture. Car si l’homme attire de plus en plus l’attention, son œuvre de romancier et d’historien est restée dans l’ombre. Or elle éclaire ses activités de bibliophile et de conservateur, notamment par les enjeux complexes soulevés par sa « mythobiographie » auctoriale et le pseudonyme de « bibliophile Jacob », dont l’ambition et la réussite dépassent le cadre de la simple chronique du monde littéraire. Un choix de lettres inédites de Paul Lacroix, classées et annotées, et couvrant l’ensemble de sa carrière, complète ce dossier.


Au sommaire :

L’ermitage mondain du bibliophile Jacob à l’Arsenal

Paul Lacroix : quel(s) bibliophile(s) derrière le masque ?, Marine Le Bail
Les dénonciations du Bibliophile Jacob, Éric Dussert et Laurent Portes
Vermeer à l’Arsenal : la bibliothèque-musée de Paul Lacroix, Magali Charreire
Paul Lacroix, un camarade du Petit Cénacle, Jérôme Doucet
Paul Lacroix, un conservateur de la bibliothèque de l’Arsenal ?, Rémi Verron
Le « tombeau littéraire » de Paul Lacroix à « la Bibliothèque, publique de Montpellier », Gilles Gudin de Vallerin

Paul Lacroix, le « roman-histoire » du XIXe siècle

Paul Lacroix, romancier de la Terreur : Le Chevalier de Chaville, Paul Kompanietz
Romans historiques et romans de mœurs chez le bibliophile Jacob, Aude Déruelle
Paul Lacroix et Sade : héritage et interrogations, Stéphane Fossard
Les « relations littéraires » entre Balzac et Paul Lacroix : « une simple histoire » ?, Lauren Bentolila-Fanon

Lettres inédites de Paul Lacroix, éditées par Magali Charreire et Marine Le Bail
L’aspirant-écrivain : lettres de jeunesse
Le « prolétaire des lettres » de la monarchie de Juillet
Le « bretteur » sous le Second Empire
Le conservateur et la Commune
La « convalescence du vieux bibliophile... »
Dernières années



Littératures, n° 75 - Paul Lacroix, « l’homme-livre » du XIXe siècle Presses universitaires de Toulouse Le Mirail 254 pages, 23 €

vendredi 25 novembre 2016

Les libertins vus par leurs cadets

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Les libertins du XVII siècle vus par les bibliophiles du XIXe, c'est le sujet de la journée d'études intitulée "Un XVIIe siècle hors Panthéon : les "libertins" au XIXe siècle" organisée la semaine prochaine (2/12) à l'ENS de Lyon par Michèle Rosellini et Stéphane Zékian. Il sera question de la redécouverte des libertins (façons XVIIe) par les bibliophiles et bibliomanes du XIXe siècle, c'est-à-dire Jules Gay, Théophile Gautier ou Paul Lacroix, François-Tommy Perrens et alii, ou encore, à cheval entre deux siècles Frédéric Lachèvre (1855-1943).
Comme ce sera une journée de travail sérieux, nous glissons ici le programme officiel des festivités :

Cette journée d’étude souhaite revenir sur une dimension du xviie siècle longtemps minorée. En éclairant les avatars post-révolutionnaires de figures et de corpus catégorisés comme « libertins érudits » ou délibérément rejetés sous l’étiquette du « libertinage de mœurs », notre objectif sera de contribuer au comblement de ce qui fut longtemps un angle mort de l’historiographie littéraire et philosophique.
Incarnée par des figures de penseurs comme La Mothe Le Vayer, Naudé ou Gassendi, mais aussi de poètes et de romanciers comme Théophile de Viau et Cyrano de Bergerac, cette contre-culture du XVIIe siècle a pâti du privilège exorbitant conféré au « siècle de Louis XIV » conçu à la fois comme résumé suffisant de tout le XVIIe siècle et comme identifiant national. Pareille observation vaut surtout pour l’Université, où cet autre XVIIe siècle ne sera exhumé (et souvent encore méprisé) que sous la IIIe République.
Encore faut-il ne pas ériger le dernier tiers du xixe siècle en point de départ absolu. Dès le début du siècle, et bien que la catégorie même de « libertinage érudit » ne soit pas encore instituée, les corpus en question sont édités et commentés selon des principes de nomination, de classification et d’évaluation qui restent à étudier en tant que tels.
Au carrefour de la mémoire académique et de l’érudition bibliophilique, c’est bien à la mise en histoire d’un XVIIe siècle hors Panthéon que vise cette rencontre.



Programme
9h00 Accueil des participants et introduction générale
Michèle Rosellini et Stéphane Zékian
9h30 Melaine Folliard (CIELAM-AMU) : « Théophile de Viau au xixe siècle : libre-penseur ou poète sans sagesse ? »
10h00 Bruno Roche (IHRIM-Saint-Étienne) : « La réception des Dialogues faits à l’imitation des Anciens de La Mothe Le Vayer au XIXe siècle, ou les paradoxes de la critique moralisatrice »
Présidence : Antony McKenna (IHRIM / Saint-Étienne)
10h30•11h discussion
11h15 Charles-Olivier Stiker-Métral (Université Lille III / ALITHILA) : « Saint-Évremond, un auteur pour happy few ? »
11h45 Stéphane Zékian (CNRS / IHRIM) : « Saint-Évremond à l’Académie »
12h15•12h45 discussion
Déjeuner 12h45•14h00
(Pas de sieste mentionnée)
14h00 Magali Charreire (Université Montpellier III / CRISES) : « Paul Lacroix et les “libertins érudits” du XVIIe siècle : enjeux d’un inventaire romantique au xixe siècle »
14h30 Mathilde Bombart (Université Lyon III-IHRIM) : « Une politique de la rareté bibliographique : les libertins du XVIIe siècle catalogués et édités par Jules Gay »
15h00 Aurélie Julia (Revue des deux mondes) : « Frédéric Lachèvre, un érudit à la poursuite des libertins »
15h30•16h15 discussion
Pause 16h15•16h30
16h30 Michèle Rosellini (IHRIM-ENS) : « Le phénomène bibliophilique dans la deuxième moitié du xixe siècle : exhumation, actualisation ou dénaturation du libertinage érotique du xviie siècle ? »
17h00 Pierre-François Moreau (IHRIM-ENS) : « Relire Perrens. Sur la construction des catégories »

Vendredi 2 décembre, ENS Lyon, site Descartes, salle F120


jeudi 25 juin 2015

Lettre sur l'équarissage des livres

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Pour faire suite à la journée Paul Lacroix qui a eu lieu ce printemps à la bibliothèque de l'Arsenal, voici une lettre dudit Bibliophile Jacob en plein exercice d'exagération, de fadaises, d'entrisme et de dénigrement mensonnger. Rien de bien moral, mais une friandise encore délicieuse à la lecture, pour peu qu'on ait l'esprit tourné dans le bon sens, et une missive sans doute plein d'enseignements sur la vie des livres.
Songez, petits scarabées, que les "libraires" casseurs de recueils de gravures existent toujours. Pas de noms, pas de noms, mais une pressante intention de vous voir vérifier ce que vous achetez cet été...Boycottons les casseurs.
Cette XXXIIe lettre issue des Cent et une Lettres bibliographiques à M. l'administrateur général de la Bibliothèque nationale (Paris, Paulin, 1849-1850) date du 6 novembre 1849. Il vus sera parlé de ce recueil étonnant dans les actes de la journée Lacroix qui paraîtront sans doute en 2016.


Monsieur l'Administrateur général,

Ce n'est rien que de vous avoir déjà envoyé un volume des Essais historiques de Sàint-Foix : comme il y a bien dix éditions de cet ouvrage, il y a sans doute plus de dix volumes qui se promènent hors de la Bibliothèque. En voici toujours un, pour attendre les autres.
Essais historiques de Monsieur de Saint-Foix, troisième partie. Londres et Paris, Duchesne, 1757, in-12, relié en maroquin rouge, aux armes du roi; timbre de la Bibliothèque Royale, L. 2048.
A 2.
Ce volume appartient à une édition différente de celle qui avait perdu au moins un de ses volumes que j'ai retrouvé. Ce ne sera pas le dernier que je découvrirai sans doute dans les catacombes des ouvrages incomplets, mortels asiles ouverts aux livres orphelins, veufs, malades ou invalides. Ah ! Monsieur l'Administrateur général, si vous saviez combien de volumes égarés de la Bibliothèque du Roi sont venus depuis un siècle tomber et disparaître dans cet hospice qui devient pour eux tôt ou tard une caverne d'équarrissage et un sépulcre muet ! Il est certain, par exemple, que vingt ou trente volumes, empruntés à vos nombreux exemplaires des Essais historiques sur Paris, ont été successivement engloutis dans cette espèce de.gouffre sans fond et sans écho, où roulent sans cesse les débris errants et les ombres plaintives des Bibliothèques. Trente volumes des Essais de Saint-Foix ! allez-vous, sans doute, vous écrier. — Oui, Monsieur l'Administrateur général, trente au moins, dont la reliure a fourni des empeignes à vos souliers, et le papier imprimé de la pâte à faire les cartes de votre grand jeu du catalogue de la Bibliothèque. Et encore, dans ces trente volumes, je ne compte pas ceux des Nouveaux essais historiques sur Pa,ris, qui font suite au recueil de Saint-Foix, et qui ont pour père anonyme un autre chevalier, Alexis-Jacques Ducoudray, ancien mousquetaire gris, gouverneur du pays des Andelys, auteur d'une foule de compilations et de productions en tous genres, et pourtant (les biographies ne le disent pas, pour l'honneur des lettres) mort à l'Hôtel-Dieu de Paris, le samedi 7 février 1789, et enterré le lendemain à la paroisse de Saint-Pierre-aux-Boeufs. lien est des iivres comme de leurs auteurs : aucuns meurent à l'Hôtel-Dieu et sont inhumés dans la fosse commune. Pauvres auteurs ! Pauvres livres !
Pourquoi vous cacher le déplorable sort de la plupart des volumes dépareillés qui vous manquent? Us sont devenus ce quelque chose sans nom que fait la destruction des livres. De profundis ad te clamavi, Domine. Eh ! que voulez-vous que devienne un volume isolé, véritable caput mortuum, que le hasard aveugle et sourd jette, au sortir d'un obscur encan, soif dans le sac d'un marchand de ferrailles, soit dans une boîte de bouquiniste, soit au milieu du vieux papier à vendre à la livre ? N'avez-vous pas rencontré quelqu'un de vos plus brillants camarades dé collège, déclassé, dépaysé, dégradé par les événements ou par sa propre faute, couvert de haillons, végétant dans l'indigence et ne pouvant plus s'élever au-dessus de la sphère du cabaret. Telle a été, telle est la destinée de bien des livrés qui ont brillé, autrefois à la Bibliothèque du Roi, et qui, après avoir oublié leur ancien éclat dans la poussière,; la crasse et l'humidité, périssent misérablement sous le couteau de l'équarrisseur comme les vieux chevaux à l'abattoir de Montfaucon. Il y a dans Paris certaines officines où l'on ne fait nuit et jour qu'abattre des livres ; on opère d'abord le triage, on met à part ceux que leur bonne mine recommande le plus ; on essaye encore de revendre les meilleurs aux bouquinistes, aux libraires, aux amateurs, qui vont chercher fortune dans cette espèce de regratterie biblique. C'est là qu'on trouve de .quoi compléter les ouvrages et réparer les livres : le volume dépareillé reprend valeur, en se réunissant à un corps, d'ouvrage qu'il complète ; le volume taché, déchiré, éreinté sert du moins à la restauration d'un volume analogue; qui, mieux conservé, est plus imparfait, ici, c'est un titre qu'on remplace, là une page, un cahier qu'on ajoute quelquefois une carte, une figure, un portrait. Vous ne sauriez croire ce que les collections de portraits ont pris dans les livres depuis trois siècles et naturellement dans ceux de la Bibliothèque du Roi ? Et les titres de livres, Monsieur, c'est une malédiction! Tant de causes diverses ont dépouillé de leurs titres une multitude de bons livres, qui n'ont pas d'autre imperfection que celle-là, assez indifférente au point de vue de l'usage du volume, et pourtant si grave, si peu tolérable aux yeux du bibliophile. Vous comprendrez donc qu'on entasse des titres de livres, comme une marchandise et même, comme une curiosité. Les savants Debure frères (Arcades ambo), anciens libraires de la Bibliothèque du Roi, n'àvaient-ils pas rassemblé 50 à 60,000 titres de livres, la plupart avec vignettes ou ornements gravés en bois ou en cuivre? Votre honorable, collègue d'Institut, M. Libri, n'a jamais; pensé à faire une collection de cette espèce, et cependant on aurait découvert, chez lui, dik-on (ce n'est pas vous qui le dites), un carton rempli de ces titres de livres, tout chargés dîestampilles suspectes, lavées, grattées, effacées ou encore intactes. Ces titres de livres, à ce quMl parait, s'envolent de je ne sais quel antre sibyllin, et s'introduisent partout, à traversles serrures elles scellés. Fermons bien nos fenêtres et nos portes, Monsieur, et prions Dieu que le diable ne vienne pas chez nous faire des siennes sous la forme d'un fitre de livre au timbre de la Bibliothèque de Lyon ou de celle de Montpellier. Un pareil titre de livre, c'est un corps de délit, c'est la tache de sang, c'est le cadavre delà victime. On n'aurait qu'à glisser ce titre-là dans nos poches : nous serions sur-le-champ accusés et convaincus d'avoir volé vingt ou trente in-folios dans une Bibliothèque publique ! Horresco referens, Monsieur le professeur.
J'en reviens à l'histoire aventureuse et tragique de vos livres dépareillés : quand ils n'ont pas été sauvés par la pitié du bibliopole ou du bibliognoste (langue de l'abbé Rive, de purpuracée mémoire); quand un mois d'étalage ne lésa point fait rentrer dans le monde de la librairie, ils sont définitivement condamnés : le bourreau, l'épicier (ce n'est pas vous qui auriez cet affreux courage), saisit d'une main le volume béant, et de l'autre il s'arme de son coutelas ; il attaque les fils de la reliure, détache délicatement l'endossage, écorche le maroquin, le veau ou la basane, qui recouvrent le carton, puis il divise en trois tas les produits de son opération féroce : la peau, le carton et le papier. Tout cela se vend et se transforme sous les mains de l'industrie, tout cela profite à quelque chose et à quelqu'un. Mais vos livres, ainsi décarcassés et débités, ne sont plus bons qu'à faire des cartonnages, des cornets de bonbons ou des boites de pilules. Je voudrais pouvoir vous dorer celle-là. A propos de dorure, la tranche de vos livres en vieux maroquin rouge étant souvent dorée, on la brûle pour en extraire l'or qui, sous le dernier règne, brodait les habits des pairs de France. Voilà, Monsieur l'Administrateur général, ce qu'on a fait de quelques milliers de volumes qui manqueront à la Bibliothèque Nationale jusqu'au jugement dernier de vos regrettés prédécesseurs.
Descendez dans les profondeurs des rues Saint-Jacques et de la Harpe, pour pénétrer le mystère de la boucherie des livres ; hasardez-vous.dans là pénombre éternelle de la rue Serpente, et, comme Jérémie, pleurant sur la ruine prochaine de Solyme, répandez toutes vos fleurs de rhétorique (manibus date lilia pleins) sur ces infortunés volumes qui vous demandent grâce. Mais puisque vous êtes dansle voisinage de la rue Percée, souvènez-vous de vos 4,248 ouvrages incomplets (en 1834), et de leurs 11,530 volumes manquant ; visitez le magasin de Lecureux, qui s'est fait, pour ainsi dire, le rebouteur de la librairie, et qui ne vend guère que dès livres dépareillés ; demandez-lui de se consacrer à une oeuvre pie, que j'aimerais avoir imprimée dans vos oeuvres complètes : il s'agit de compléter ces 4,248 ouvrages incomplets; il s'agit de remettre en bon état ces dix ou quinze mille volumes imparfaits qui déshonorent la Bibliothèque Nationale, Que si vous prenez sous votre bonnet de docteur cette sage mesure d'administration, ne négligez pas de la rendre efficace pour l'avenir, en la corroborant d'une autre mesure non moins urgente et dès lors indispensable : supprimez le prêt des livres au dehors, exigez de votre public certaines garanties de notoriété civile, sinon scientifique et littéraire. Quant au Catalogue des imprimés de la Bibliothèque Nationale, quant à ce glorieux monument de bibliographie universelle, qui n'attend plus qu'un architecte (peut-être votre humble serviteur), je vous répéterai, en dépit des perfides conseils du trahit sua quemque voluptas : « Faites des traductions de Plaute, faites des éditions de Tacite et de Catulle, faites des Conjurations d'Etienne Marcel. » Maître André, qui a mis en tragédie le Tremblement de terre de Lisbonne, aurait dû s'en tenir à ses perruques.

Agréez, etc.

Paul Lacroix (Bibliophile Jacob)





lundi 8 juin 2015

Les Papillons noirs du Bibliophile Jacob

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En attendant la publication des actes de la journée Paul Lacroix qui a eu lieu ce printemps à la bibliothèque de L'Arsenal, cet extrait du préambule des Guêpes de ce personnage compliqué, qui semble avoir eu non seulement des papillons noirs, mais peut-être aussi des scorpions au plafond.

Les Guêpes venaient de paraître quand j'eus l'idée de mettre aussi mes Papillons noirs dans le guêpier. Idée trouvée et bien sûr réalisée. Deux amis, Mevil et La Châtre, à qui je fis part de l'idée, en voulurent partager la fortune? Nous publiâmes à frais communs. La Ière livraison eut un grand succès de monde, ce qui n'est pas un succès effectif et productif. On reconnut que je n'étais pas méchant mais bonnement malicieux. La première éditions se vendit à quatre sous. La seconde se vendit aussi. Je continuai un volume, mais avec des difficultés latentes. La Châtre et Mevil se retirèrent de l'association, après la troisième livraison . Le libraire H. Souverain se chargea de la quatrième, mais je donnai moi-même le coup de grâce à mes Papillons noirs. M. Thiers alors ministère des Affaires étrangères, m'y avait encouragé en me proposant de la faire dans les champs de la politique où il faut se garder de papillonner. Voilà comment ma petite revue sarcastique n'a jamais eu que quatre numéros.
Requiescat in pace Paul Lacroix
5 mars 1875