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lundi 28 novembre 2011

Bientôt, Roorda se fâche...

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En librairie le 11 janvier 2012.






lundi 21 novembre 2011

Petite bibliographie lacunaire de la collection Les Pamphlets du Siècle

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Les Pamphlets du Siècle

« Il semble — peut-être à tort — que jamais les passions politiques n’aient été déchaînées comme aujourd’hui. La violence des écrivains politiques des partis extrêmes, les outrances de leur vocabulaire, le donneraient du moins à croire. Or, peu d’époques ont été aussi pauvres que la nôtre de pamphlétaires. Une telle constatation est bien fait pour montre que le mot Pamphlet n’est pas synonyme de violence arbitraire, ni l’épithète pamphétaire appliquée à un écrivain une injure. Le pamphlétaire serait ainsi une sorte de dogmatique, un écrivain qui attaque ou défend une cause, mais toujours au nom d’une autre cause, d’une idée générale ou de principes qu’il croit bien assurés, et surtout quand il s’en prend à des personnes. L’un des plus brillants pamphlétaires de ce temps, Julien Benda, a expliqué tous ceux de sa race intellectuelle en écrivant : “Il n’est pas donné à tout le monde d’être violent par sensibilité aux idées”.

« Nous nous emploierons à publier, dans cette collection, les meilleurs écrits de ce genre et ceux qui intéressent le plus la sensibilité de notre temps dans tous les ordres où elle se manifeste.

« ** Nous publierons 5 ou 6 volumes par an dans cette collection, approximativement à raison d’un tous les deux mois. Le prix du volume est de 3 fr. 50. »



Parmi les nombreuses collections (1) des "Éditions du siècle", voici la bibliographie de la collection "Les Pamphlets du Siècle" qui semble n'avoir accueilli que peu d'opus.


Henri Béraud La Croisade des longues figures. - Paris, Éditions du siècle, x-159 p.

Henriette Charasson M. de Porto-Riche ou le "Racine Juif. - Paris, Éditions du siècle, 1925, 126 p.

Pierre Dominique Deux jours chez Ludendorff. - Paris, Éditions du Siècle, 1924, 155 p. "Les Pamphlets du Siècle" (n° 3).

Jacob-Nathan Hourwitz Lettre au "cher Blum". - Paris, Éditions du siècle, 1925, 125 p.

Docteur François Nazier L'Anti-Corydon. Essai sur l'inversion sexuelle. - Paris, Éditions du siècle, 1924, 126 p.

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Jacques Reboul M. Bainville contre l’Histoire de France. - Paris, Éditions du siècle, 1925, 124 pp.




(1) Ces collections sont les suivantes :
Idées et sentiments du siècle, collection d'essais sous la direction de Jean de Gourmont.
Cahiers de la Quinzaine, sous la direction de Marcel Péguy
Collection de philosophie intellectualiste, sous la direction de Jules de Gaultier
Les Romans du siècle
Maîtres étrangers
Les Cahiers d'Occident
Manuels pour adultes
Les romans gais
Les Affaires, collection économique et financière, sous la direction de Louis Thomas

jeudi 28 juillet 2011

Jean Prévost pamphlétaire ?

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Vous avez lu l'histoire de Jean Prévost, comment il vécut, comment il est mort. Vous voulez en apprendre encore ?

Journaliste, romancier, essayiste, grand sportif, Jean Prévost a été tué par les soldats de la Wehrmarcht alors qu'il résistait dans le Vercors, les armes à la main. Son œuvre a connu depuis les années 1990 un regain d'intérêt et a été partiellement rééditée (Dix-huitième Année, La Chasse du matin, Vie de Montaigne, etc.) et les éditions Joseph K. donnaient en mars dernier le recueil de ses articles parus dans Pamphlet, la revue qu'il avait lancée avec Alfred Fabre-Luce et Pierre Dominique. L'association de la carpe et des lapins, peut-on constater aujourd'hui : Fabre-Luce et Dominique passaient tous deux dans les rangs de l'extrême-droite doriotiste après le 6 février 1934 quand Jean Prévost s'en tenait à une position démocrate.
Organe d'interrogation de la société, de l'économie et de la géopolitique des années 1933-1934, au moment où Hitler montait au pouvoir, Pamphlet (16 pages, cinquante livraisons entre le 3 février 1933 et le 16 février 1934) n'avait, au fond, rien de réellement pamphlétaire. Le titre était probablement vendeur mais le propos plus analytique que contondant. Et les articles réunis de Prévost le montrent assez, ils sont d'une grande mesure.

Voici toujours un fragment de l'éditorial, signé Jean Prévost :

Les rédacteurs de Pamphlet, puisqu'ils sont des hommes libres ne seront pas du même avis sur tous les sujets. Le cas échéant, ils soumettront au public leurs désaccords. Mais ils se sentent déjà tout à fait sûrs que ces désaccords seront minimes en comparaison de celui qui les sépare tous trois de l'idéologie régnante.
Idéologie ? Il faudrait plutôt dire : rhétorique. Et c'est contre cela qu'il faut lutter. Nous vivons d'apparence, parmi des mots qui cachent les faits. Les intérêts que cette fiction recouvre, les vanités qu'elle flatte, les ignorances dont elle profite sont considérables. Contre tant d'ennemis, Pamphlet essaiera de remettre en honneur la logique et l'ironie, avec le ferme espoir, qu'un jour, à cause de cette effort, l'usine parlementaire et journalistique de sottises, si elle ne ferme pas complètement ses protes, réduira sa production."



On aimerait, aujourd'hui, pouvoir en lire autant. Et nous regrettons d'annoncer aux mânes de Jean Prévost que l'usine à conneries fonctionne toujours à plein.
Point ironiste pour de vrai, Jean Prévost le normalien était un réflexif plus qu'un vitupérant, et un raisonneur plutôt qu'un styliste très entraînant. Très lucide cependant, très observateur et exigeant sur la qualité des rapports des hommes et des institutions, des hommes entre eux, sur la liberté et l'égalité, la justice. Témoins ses articles sur les bourgeois ruinés recasés aux bons postes, sur la peur des Français, sur la littérature non rentable et les rapports de l'architecture et du monde politique...

Le plus troublant reste que l'on a la forte impression en suivant la pensée de Jean Prévost qu'il évoque le monde d'aujourd'hui.
L'histoire fait mine de ne pas repasser le plat...



Jean Prévost Ni peur ni haine. Édition établie et préfacée par Emmanuel Bluteau. Joseph K., « métamorphoses » (n°2), coll. 256 pages, 12 €

mercredi 27 juillet 2011

Demain ? Pamphlet !




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mercredi 30 mars 2011

Michel Savon (de Marseille)

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Né en plein Marseille, capitale du soleil, le 19 avril 1856, il a l'enthousiasme et la sincérité qui façonnent les poètes aux moules primitifs de la beauté. Sorti de l'école primaire des frères, à l'âge de seize ans, n'a fait que des études très simples et n'a pu se nourrir sur la littérature antique, ce qui lui manquera toujours..Talent tout d'inspiration, de nature et d'instinct, sa guirlande poétique est curieuse, étant un mélange perpétuel et antithétique de rêves et de cauchemars, de réalité passant au trivial, d'élégance confinant, au fantastique, épines faisant pendant à des roses, fantômes escortant des génies.

Fit ses débuts à la Vedette, où il publia en détail les Indignations, qui eurent en volume un très vif succès. Michel Savon était descendu du Parnasse, avec un relief étonnant pour flageller les travers de ses contemporains, et, soudainement pamphlétaire anacréontique, il charma ses lecteurs, qui s'abandonnèrent à la suite de ses héros ou de ses rêves. Vacquerie a dit des Indignations dans le Rappel : ''Oui, c'est bien une œuvre de combat, amère, injuste, violente, incapable, mais il y a là en germe, j'en conviens, un talent de poète incontestable et qu'on peut saluer en passant ». Michel Savon a regretté depuis les violences de sa plume et voilà longtemps déjà que pour lui la politique est morte.

A appartenu de 1883 à 1885 à la Gazelle du Midi, où il rédigeait la locale et publiait des poésies à l'emporte-pièce sous le titre Escarmouches. Ces vers sont aujourd'hui absolument oubliés et par l'auteur et par le public. A sa sortie de la Gazette, collabore au Soleil du Midi, où il donne ses chroniques du lundi. Entre temps, publie dans le Bavard la « Chanson des bébés » et le « Livre des Aimées ». Le premier de ses recueils a largement contribué à sa réputation. Toutes ces fantaisies, revues et expurgées, formeront le texte d'un volume de luxe en préparation : La Muse à genoux. Fera paraître chez Dentu, dans le courant de l'année prochaine, son premier roman Mureille Cladol, roman dont l'exécution est sereine et les tons fins, diamantés, argentés.

Michel Savon n'a jamais écrit de pièces de théâtres, mais a fait applaudir aux Variétés un Prologue d'ouverture ; au Gymnase, deux morceaux d'à-propos : A Victor Hugo ! A Carré ! ; Au Palais de Cristal : ''A Rouffe !'

Son nom est intimement lié depuis dix à douze ans au mouvement littéraire marseillais. Il a été l'un des fondateurs du Portique et l'un de ses présidents. Fut, lors de sa fondation, secrétaire particulier du Syndicat de la presse marseillaise:

Horace Bertin a dit de lui dans Bustes et Masques : « C'est un confrère d'une tolérance rare en matière d'opinions. Instinctivement bon et serviable, Michel Savon, au plus fort de la lutte, a su respecter toujours les personnalités. »

Michel Savon est au demeurant un confrère loyal, droit, sympathique et qui n'a que des amis. Son prochain livre Au Pays du Rêve, est impatiemment attendu par tous.



Etienne Bellot (1865-1910?) Nos écrivains marseillais. - Marseille, Barthelet, 1896, pp. 144-146.

jeudi 24 février 2011

L'animal littéraire : le caméléon

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Du caméléon on savait l'exégèse rare. On connaissait, et pour cause, Mon caméléon, de Francis de Miomandre, référencé ici ; nous avions lu, plus ou moins fastidieusement, Les Caméléons ou les hommes d'aujourd'hui. d'Alexandre P****** (Clermont, imp. A. Veysset, 1833), et puis Les Désagréments d'un Caméléon, pamphlet politico-littéraire d'A. de Miomandre (Annecy, imp. de Ch. Burdet, 1869) — A. de Miomandre, n'est-ce pas curieux ? — dont l'épigraphe empruntée à la préface des Fleurs du Mal disait ceci :

Comme des noeuds de vipères sous un fumier qu'on soulève, il regarde grouiller les mauvais instincts naissants, les ignobles habitudes paresseusement accroupies dans leur fange.

Nous n'avions pas découvert encore Monsieur Caméléon de Curzio Malaparte dont la Table ronde donne peu à peu des écrits gouleyants.

Ce texte, publié dans la revue Chiosa en 1928 (publié à la Table ronde vingt ans plus tard) valut bien entendu à son auteur la mauvaise humeur de Mussolini. Le directeur de la revue, également directeur du Giornale di Genova, qui osa donner ce feuilleton de la meilleure eau, connut quant à lui une mise au ban radicale. Cependant Malaparte n'aura pas été le seul à critiquer vertement le chef fasciste — Giuseppe Antonio Borgese publia en 1937 le pamphlet Goliath, la marche du fascisme, par exemple (1). Mais Malaparte le fit néanmoins à sa manière toujours assez directe, avec beaucoup d'intelligence et une grande connaissance de l'histoire des idées politiques et de l'oeuvre des moralistes, français notamment. Convoqué par Mussolini, il fit face à l'orage.

Monsieur Caméléon est donc une satire, et on peut la lire en parallèle du chapitre que son auteur consacra dans Technique du coup d'Etat (B. Grasset, 1931, ch. VII) au coup d'Etat fasciste d'octobre 1922. Ce nouveau livre vaudra à Malaparte cinq ans de déportation sur l'île de Lipari...

Octobre 1922 : c'est à l'occasion de la montée sur Rome des chemises noires que Malaparte rencontra le Britannique Israel Zangwill, interpelé par des fascistes dans la gare de la capitale italienne. Zangwill, légaliste inconscient des risques qu'il avait encourus, se confia à Malaparte qui le sauvait du mauvais pas : "La révolution de Mussolini, ce n'est pas une révolution, c'est une comédie." (op. cit., p. 208). De fait, si Monsieur Caméléon n'est pas tout à fait une comédie, Mussolini comprit aisément la charge dont il était l'objet. On ne place pas un dictateur au contact d'un caméléon élevé et humanisé à sa demande, caméléon qui muera naturellement en animal politique, sans souhaiter exprimer quelque idée narquoise si ce n'est subversive. La charge est forte, les traits contre les travers de la politique Italienne tordants (libéraux et conservateurs en prenant pour leur grade), la mise à nu du fascisme assez saisissante, le parcours de la bestiole étonnant.

Mais on ne dira rien ici du destin de l'animal, non plus que de son parcours idéologique. Ce serait vous ôter tous les délices de cette fable universelle qui fit comparer son auteur à Voltaire ou à Swift.

Une question nous reste au bout de la langue : se pourrait-il que le trublion Giovanni Papini soit pour quelque chose dans le caméléon de Malaparte ?

Curzio Malaparte Monsieur Caméléon. traduit par Line Allary. Illustrations d'Orfeo Tamburi. — Paris, La Table ronde, 2011, "la petit Vermillon", 319 pages, 8,50 €



Frontispice du pamphlet d'A. de Miomandre (1869)
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Note (1) : Traduit par Etiemble et publié par les éditions Desjonquères en 1986.

mardi 25 janvier 2011

Lisez Gilles Châtelet, bande d'indignés

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En notre temps d'intense indignation, des "penseurs" à la mie de pain jouent avec les médias dans leur bac à sable afin de faire oublier que des entrepreneurs en papeterie enregistrent cd et dvd avec pompe, tandis que les restes (groupusculaires et auto-proclamés) des Grandes Consciences d'une époque enfuie râlent, dogmatisent et excommunient. Piètre paysage. Maigre nourriture pour l'esprit.
Que faire ? demandaient Tchernichevski, puis Lénine.
Oui, que faire ?
Pour commencer, apprendre à comprendre ce qui se déroule depuis les années 1970 sous nos yeux impréparés. Pour ce faire, plusieurs moyens. Pour faire simple - le Préfet maritime ne va pas chercher midi à quatorze heures - on peut lire avec grand profit Gilles Châtelet.
Ce mathématicien philosophe physicien économiste suicidé le 11 juin 1999 avait fait du bruit l'année précédant sa mort en publiant un pamphlet au titre ravageur : Vivre et penser comme des porcs. La pertinence dudit écrit n'avait échappé à personne. Une décennie plus tard, ses amis et collègues ont réuni ses articles afin de donner à voir les soubassements de sa pensée, et son cheminement. Premier constat, c'est agréable à lire. Deuxième remarque, c'est brillant, lucide, efficace, et, comme son précédent opus, présentait des irisations prophétiques.
Formé par ses propres soins à l'économie politique pour comprendre le moloch, Châtelet aura fait un long parcours depuis ses travaux sur la notion de chaos, si attirante qu'elle est entrée dans les topoï de l'époque, jusqu'à la démocratie participative, cet hydre putrescible, en passant par le "citoyen-thermostat", "habitant-bulle d'un espace cyber-sympa", qui, combiné au citoyen-méduse et au citoyen-panéliste constitue l'idéal-type du moment. Sur tous les sujets qui nous préoccupent (voir le sommaire ci-dessous), Gilles Châtelet propose un regard et une réflexion à la fois rafraîchissants, sévères et propices à la recherche d'un soulagement.
De quoi songer à mettre en pièces les "gloutonneries de l'Elite consensuelle qui dévore du Différent pour chier du Même".



Gilles Châtelet Les Animaux malades du consensus. Présentation par Catherine Paoletti. - Paris, Lignes, 256 pages, 17 €


Sommaire
I. Industrie du consensus
Les Animaux malades du consensus (1990)
La société de la grande congruence (1978)
Du concept philosophique du chaos (1994)

II. La question des élites
Prêt-à-penser et drapeau blanc (1978)
L'université de masse (1987)
La question des élites (1994)
Le nomande et la pantoufle (1996)

III. Pétrole et guerre du golfe
Les larmes amères des pétro-tartarins (1990)
De Prométhée à Faust en pasant par Dorian Gray (1991)

IV. Effets de Drogues
Permis de conduire à usage interne (1989)
Cannabis et industrie du ressentiment (1994)
L'affaire Diana (1997)

V. Loisir et travail
Espaces verts (1973)
Homo Laborans (1996)
Les liserons exquis du professeur Milner (1996)
Les Loisirs, c'est la paresse performante (1998)

VI. Philosophies
Pour Deleuze (1996)
Aux armes rats pigeons cohons moustiques (1999)
Entretien sur Herbert Marcuse (1999)
Marcuse, l'homme pour qui la résignation était ringarde (1999)

Semblent être resté inédit un chapitre consacré à la Politique de l’homosexualité qui aurait contenu :
- XIII. Paris est une fête (1973)
- XIV. Le square (1973)
- XV. La rue (1973)
- XVI. La république des chiennes... ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas (1994)


Voir aussi
Vivre et penser comme des ports. De l'incitation à l'envie et à l'ennui dans les démocraties-marchés. - Paris, Exils, 1998, 144 pages, 13,72 € ; Gallimard, "Folio. Actuels", 1999, 7,80 €
L'Enchantement du virtuel. Mathématique, physique, philosophie. Edition établie par Charles Alunni et Catherine Paoletti. - Paris, Rue d'Ulm, 2010, 312 pages, 24 €

mardi 4 janvier 2011

Les placets invectifs

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Sous l'appellation très claire de "Placets invectifs", Les éditions Obsidiane lancent une collection dédiée au pamphlet, signe que l'époque ne souhaite pas en rester au principe de l"Indignez-vous" mais manifeste aussi des velléités de "Passez à l'acte", ou "au verbe", ce qui n'est déjà pas si mal.
En confiant l'ouverture de la série à Jules Barbey d'Aurevilly, Obisidiane manifeste son double soin de porter chez les libraires des textes de style et des textes de fer. Ce principe est évidemment le bon puisque, on le sait, un pamphlet écrit avec les pieds est un pamphlet dans l'eau. Un bon pamphlet a toujours été un pamphlet coupant.
En piochant dans Les Ridicules du temps (Rouveyre et Blond, 1883), fruit des chroniques du Nain Jaune (1863-1866), et dans les Quarante médailles de l'Académie française (1864), l'éditeur nous propose de relire "Les Bas-bleus", "les lauréats d'académie" et "Le cabotinisme" ainsi que cinq fragments croustillants où Old Noll taillait des croupières à Victor Hugo, Cousin, de Vigny, Sainte-Beuve et Thiers. Il avait le projet de produire un "Grand Almanach des petits hommes"...
La collection accueillera prochainement un deuxième opus, contemporain celui-là, "non pour béquiller l'actif par un nom illustre mais pour confirmer la pérennité du genre, pour faire écho..." Nous aurons donc le plaisir de lire L'Honneur manque de bras de Marc Vaillancourt qui tombe à bras raccourcis (forcément) sur les mœurs sans dignité de notre temps, en particulier dans le monde du livre.
Les amateurs d'horions seront attentifs, bien sûr.

Jules Barbey d'Aurevilly Les Bas-bleus & autres Ridicules du temps. Préambule par Léon Bloy. — Obsidiane, coll. "Les placets invectifs", 63 pages, 12 €

jeudi 22 juillet 2010

Aventures du Colisée, et le dernier mot sur les affaires du temps

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AVENTURES
DU
COLISEE,
Et le dernier mot sur les affaires
du temps.




Je trouve enfin l'occasion de communiquer au Public les Réflexions que m'ont fait naître les Affaires du temps. J'espère que ce sera le dernier mot. Mon aventure du COLISEE m'inspire la manie d'écrire, & j'ennoblirai mon sujet par les idées sérieuses qui pourront m'échapper. S'il paraît étonnant que le fils d'un Procureur parle contre les intérêts, je répondrai que tel est mon sentiment; & je prierai d'observer que plus j'ai vu la chicane de près, plus je dois être cru dans le mal qu'il me plaît d'en dire.
L'ouverture du COLISEE fait trop de bruit dans Paris, pour que les histoires auxquelles il donne lieu n'intéressent pas le public. Je me hâte d'apprendre aux honnêtes gens ce qui m'y est arrivé, afin que tout le monde en fasse son profit, ainsi que des idées de Politique dont j'enrichirai ma narration ; car de nos jours, qui n'est pas Politique ou Philosophe ?
La honte, plutôt que la modestie, m'oblige à cacher le nom du Héros de l'aventure que je vais raconter. Je me contenterai de dire, encore par parenthèse, que j'ai l'honneur d'être Provincial, & que je ne suis dans la Capitale que depuis quelque temps.
Je demande la permission de m'appeller Gilles-l'eusses-tu-cru, & de débaptiser aussi tous les personnages que je vais introduire sur la scène; car il faut avoir la discrétion de ne point nommer les Masques. Je puis qualifier mes Héroïnes de Masques, puisqu'elles ne sont, ainsi qu'on va le voir, que des Nymphes obligeantes, autrement dit des Demoiselles commodes ; & qu'elles ont grand soin, selon que le bel usage l'exige, de se barbouiller toute la physionomie & de rouge & de blanc, ce qui vous les rend très-semblables à des Masques ; d'ailleurs, elles ne surent que trop me déguiser leur état ; les fines Mouches parvinrent à m'attrapper... Mais laissons au Lecteur le plaisir de la surprise. Ah ! qu'il est de Masques, dans Paris, non-seulement par le visage, mais encore par les sentimens ! Que d'allures hypocrites ! que de beautés trompeuses & peu naturelles : que de sots qui font les gens d'esprit !
Cela posé, je commence mon histoire, aussi véritable que le succès des Opéra-Comiques.
Je reçus le jour dans certaine Ville de Province, dont je juge à propos de taire le nom, afin que mes compatriotes n'aient point à rougir de la bêtise dont je vais donner des preuves.

(...)

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dimanche 6 juin 2010

Les outils du pamphlétaire (proposition 1)



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© Draco Semlich

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