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lundi 6 juillet 2009

Marc Stéphane, par Jean Ott (1911)

MarcStephaneLoups.jpg ill. Jean-Jules Dufour



Nos Collaborateurs

MARC STEPHANE


Sa violence est faite de bonté, et son scepticisme de foi. Prenez tous ces cris de révolte comme les coups de gueule d’un vieux lion. Ils disent clairement la souffrance, la désillusion et l’invincible désir du mieux ; ils disent le dégoût d’un esprit libre égaré dans une époque de formalisme, ils sont, au jour le jour, la notation des petits ridicules et des grandes lâchetés du siècle. Anarchiste ? Allons donc ! Est-ce qu’Ezéchiel était un anarchiste, qui appelait sur un monde pourri la purification de la foudre ? Il serait trop facile, vraiment, de faire pendre Marc Stéphane avec quatre lignes de ses Aphorismes ; mais si vous les lisez jusqu’au bout, il vous deviendra tout à fait impossible de ne pas l’aimer.

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vendredi 9 novembre 2007

Roger de Beauvoir témoin de nos dérives

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Couverture llustrée par Zeina Abirached.

Si l’on en juge par le préambule de sa nouvelle “Un Pamphlet”, reprise dans le dernière livraison de la revue Brèves, le dandy Roger de Beauvoir (1809-1866) était parfaitement au courant des dévoiements de nos presses.
Issue du Cabaret des morts (Dumont, 1840), cette nouvelle présente tout haut, avec un siècle et demi d’avance, ce qu’il est désormais admis d’exprimer à vive voix.


L’autocratie de la presse est aujourd’hui reconnue. A l’époque de Louis XVIII elle l’était moins ; la presse n’existait, pour ainsi dire, que d’une vie factice : elle écrivait sous le manteau, et n’osait se montrer au grand soleil. C’est une chose triste à dire, mais la presse de ces temps-là se tourna toujours vers le pouvoir chaque fois qu’elle lui découvrit un caprice : elle mendia ses faveurs et caressa ses envies. La presse d’alors, il est vrai, ignorait elle-même sa force, ou plutôt n’en avait aucune ; elle en était encore à la polémique à la Voltaire, aux calomnies, aux mensonges. A part quelques consciences inaccessibles et rigoureuses, la presse était devenue l’instrument des basses flatteries, elle dénaturait tout en faveur de sa thèse du jour, ne se croyant pas appelée aux destinées qu’elle a conquises aujourd’hui ; gênée par la censure et la majorité des journaux ministériels, elle se réfugiait dans le petit scandale in-dix-huit et la biographie in-douze, comme dans un fort inexpugnable. C’est ainsi que la pensée, une fois frappée d’interdiction et privée de la discussion des intérêts publics, se replie comme un serpent blessé sur les fortunes et les gloires individuelles…


On peut lire “Un pamphlet” de Roger de Beauvoir dans Brèves, vol. 83, pp. 102-121, 12 euros.

jeudi 11 octobre 2007

Allais est refait : les villes à la campagne étaient nées avant lui

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Un axiome de M. Pierre Leroux
Mais, mon bon monsieur Cabet, puisque vous aimez tant la paix des champs, il faut bâtir les villes à la campagne.



Le Pamphlet provisoire illustré (Auguste Vitu réd. chef), nouvelle série, Ière année, 16-19 octobre 1848, p. 4.

vendredi 6 avril 2007

Les couilles du surréalisme (paroles de Pia)


Le travail de René Fayt nous permet d’en savoir plus sur un point crucial de l’histoire littéraire du siècle dernier (cf. billet d’hier) : quelle était la position de Pascal Pia sur le surréalisme.
Les fragments de deux lettres mises en lumière dans Au temps du Disque vert méritent le détour. Ils sont clairs, pour ne pas dire lumineux, et plutôt iconoclastes.
On sait quelle était la lucidité de Pascal Pia, il serait dommage de ne pas écouter ce qu’il avait à nous dire. Extraits.


Noël (jeudi 25/12/1924)
Mon cher Hellens,
Tu trouveras ici une longue note sur Aragon. (…)
J’ai d’abord hésité un moment. IL me semblait presque inutile de dire ce que chacun pense des comédiens surréalistes. Mais comme ces MM. prennent des airs menaçants il est tout de même bon qu’on les envoie se faire foutre. Je pense que tu seras de mon avis. En tout cas je tiendrais à ce que cette note paraisse, in extenso. (…)



31-12 (1924)
Mon cher Franz
(…) Publie la note sur Aragon, comme tu voudras. J’accepte volontiers la manière que tu proposes ; j’entends même que cette note n’engage que moi, puisque je me suis presque placé sur ce terrain où Aragon et Breton avaient invité M. Morhange à venir. Si Aragon a des couilles, on sait quelle réponse il doit faire. On verra bien lequel cette fois se dérobe. Pour leur talent, je n’y contredis pas, mais il est — je crois l’avoir écrit — d’essence poétique, et non critique. Quant au sens critique de Breton, je ne marche plus. Je ne fais jamais grief de son ignorance à personne, sauf à qui veut se faire prendre pour érudit. Les Pas perdus sont, pour qui a lu Sade ou Vauvenargues, par exemple, un témoignage éclatant de présomption et d’ignorance. (…)



Faut-il épiloguer ?
Nous renvoyons aux références du livre mentionné hier. Il semblerait qu’il constitue une pièce maîtresse de la connaissance avertie des choses du temps passé. “Une opinion”, le pamphlet de Pia (Le Disque vert, janvier 1925) évoqué plus haut y est reproduit en fac-similé. Que demander de plus ?


Pour information :

mardi 5 décembre 2006

Le Pamphlet, par Remy de Gourmont


LE PAMPHLET

Je viens de recevoir le premier numéro d’une nouvelle revue qui s’appelle Le Pamphlet, dont je pense qu’ elle a été fondée pour permettre à des écrivains de dire du mal de leurs confrères, car s’ils en voulaient dire du bien, ils auraient choisi un autre titre. On les appellera des pamphlétaires et cela sera leur punition, en un temps où la louange est p]utôt à la mode. Pour s’en convaincre, il suffit de lire dans les journaux la critique dramatique et son appendice nécessaire à la curiosité, le courrier des théâtres. On est un peu étonné de la quantité et de la qualité des pièces nouvelles qui attirent les Foules. Il y a là un phénomène bien flatteur pour l’esprit français. Comme je n’y vais jamais voir, je jouis bénévolement d’une réputation dont il n’est pas sans rejaillir quelques étincelles sur moi-même. C’est déjà quelque chose, en effet, d’appartenir à une race si prodigieuse, qui entasse en se jouant merveilles sur merveilles. Mais le pamphlet en question n’est pas spécialement dramatique, du moins à son premier numéro ; la saison d’ailleurs ne le comporte pas. Je serais tout de même bien étonné s’il avait le courage de s’immiscer dans la cuisine des gloires théâtrales, qui planent au-dessus de tout, comme Jupiter, dans un nuage de pourpre et d’or, surtout d’or, ce qui est agréable à Danaé. La première victime du Pamphlet a beaucoup usé, çà et là, de la satire et de l’épigramme. Cela appelle des représailles qu’on ne peut pas trouver illégitimes. Mais cet écrivain a défendu très à propos tant de gens accablés par les sots que ceux mêmes qu’il a attaqués devraient lui pardonner, car il est très capable de se faire, à l’occasion, l’ami de ses anciens ennemis, Il n’est pas de plus belle nature. C’est Octave Mirbeau.

Remy de Gourmont

Cette chronique issue des pages de La France (information Christian Buat) a paru entre 1910 et 1915 ; nous n’en avons pas retrouvé les références exactes (que nous ne sommes pas allé chercher sur les microfilms de la BnF. Nous l’avons simplement tirée du recueil des Nouvelles Dissociations. — Paris, Éditions du Siècle, 1925. Coll. « Idées et sentiments du siècle. Collection d’essais sous la direction de M. Jean de Gourmont », pp. 37-38.

Quant à la revue dont il est question, nos pistes nous ont mené jusqu’à ces références :

Le Pamphlet, publié par Marcel Cazenove (1er décembre 1908-15 mai 1909, n° 12).
Le Pamphlet du vieux Diogène (1911, 2 livraisons publiées) : incommunicable à la BnF.

Nous poursuivons nos recherches.

(…)

Ajout du 26 décembre 2006 :
Après vérification, Remy de Gourmont n’évoque pas Le Pamphlet de Marcel Cazenove.