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Mot-clé - Pétrus Borel

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vendredi 28 octobre 2011

Philothée O'Neddy

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Théophile Dondey n'est pas, à l'instar d'Auguste Vard ou de Marc Michel, le plus notoire des Petits Romantiques. Et cependant, il a, lui, contrairement à M. Michel, publié ses écrits en volume de son vivant. Très peu sans doute, trop peu certainement.
Si l'on trouve l'essentiel de son oeuvre en ligne sur Gallica, il est un peu plus compliqué de voir de ses propres yeux ses originales, parfois disséminées dans la presse et les périodiques de l'époque, comme "L'escarcelle et la rapière" à lire dans l'anthologique Routier des provinces (Toulouse, 1841). A plus forte raison de les collecter. C'est pourtant cet exploit qu'a réalisé un jeune libraire, Jérôme Doucet.
Il en a conçu un premier catalogue à prix marqué tout à fait épatant, et très complet. Il faut de la patience et un instinct de sioux pour retrouver des écrits publiés dans des journaux du XIXe siècle, comme on peut l'imaginer.
Théophile Dondey, mieux connu sous son pseudonyme anagrammatique de Philothée O'Neddy (1811-1875), influence inavouée de Charles Baudelaire, n'aura pas été poète pour rien. Ses lecteurs le savent et vous allez le découvrir aussi. Le curieux de son histoire réside dans ce rêve qu'il fit en 1833 où naquit la prémonition de son oubli littéraire, oubli qu'il contribua naturellement a accentué après la mort de sa amante. Cette disparition le conduisit à cesser d'écrire durant dix ans... Puis il reprit la plume ; et produisit des proses et de poèmes que sa sœur fit imprimer après sa mort.
O'Neddy aura surtout été lu ces dernières années dans l’édition qu’a procurée Plein Chant en 1993 de sa fameuse Lettre inédite de Philothée O'Neddy sur le groupe littéraire romantique dit des Bousingots initialement publiée par Pincebourde en 1875. Le groupe des Théophile Gautier, Gérard de Nerval, Auguste Maquet, Petrus Borel dont il fut avec Nerval et Louis Boulanger l’un des amis les plus constants, trouvait là un éclairage important, doublé d'un correctif au double article de Charles Asselineau qui, dans le Boulevard, fut le premier à rappeler la figure de Dondey en 1862. Sa présence dans le "Camp des Tartares" de Pétrus Borel rend son explication très importante.

« Assez longtemps, immobile et les bras croisés sur le seuil de ma case de paria, j’ai contemplé, dans une oisive admiration, les adolescentes murailles de la Babel artistique et morale que l’élite des intelligences de notre âge a entrepris d’édifier. (…) La poésie possède enfin une cité, un royaume où elle peut déployer à l’aise ses deux natures : — sa nature humaine, qui est l’art, sa nature divine qui est la passion. »

AJoutons encore pour vous plaire que, influencé par Borel, qui signe nombre des incipits de Feu & Flammes (1833), dénonçant ainsi la connivence, O'Neddy fut aussi un Hugolâtre total et un anti-bourgeois déterminé.

Que je l'aime ce nom, saint dans tous les langages,
Ce nom terrible, écrit sur le char des orages,
Ce nom, beau de puissance et d'immortalité,
Qui fait pleurer les rois dans leur alcove immonde,
Que nous verrons un jour le seul culte du monde,
Ce nom de bronze, Liberté !...




Pour en savoir plus : Philothée O’Neddy, un brigand de la pensée, présenté par Jean-Luc Faivre. - Alfortville, Librairie Jérôme Doucet (3, rue de Choisy, 94140). librairie.doucet--me.com
Oneddy.jpg Philothée O'Neddy par Jehan Duseigneur, le portraitiste de la bande du Camp des Tartares.

vendredi 26 novembre 2010

Lycanthropie de Petrus Borel

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Pétrus Borel (1809-1859) avait tendance à broyer du noir, mais il savait aussi s'amuser. Témoin, son "Croque-mort", issu des Français par eux-mêmes, un morceau d'humour noir des plus célèbre :

"Le croque-mort salue gaiement l'aurore, crie trois fois gloire à Bacchus, et après de nombreuses salves d'eau-de-vie (…) pénètre bientôt dans le sein de quelque famille dans l'affliction, où (…) il mesure non pas l'étendue de la perte que la patrie vient de faire, mais la longueur et l'épaisseur du défunt."

On connaît déjà l'histoire de Petrus Borel, dont son biographie, J.-L. Steinmetz, a pu dire qu'il avait une "vocation : poète maudit". Avant de chûter et de chûter encore, Pétrus Borel fut tout de même le chef de fil des "bousingos", les romantiques de la première heure parmi lesquels on peut compter Théophile Gautier, Gérard de Nerval, Théophile Dondey, Alphonse Brot ou Jules Vabre, et le désormais célèbre (depuis qu'il a été incarné au cinéma) Alfred Maquet.
Borel a publié son premier poème en 1826, mais il choisit de s'installer architecte. Choix audacieux sans doute car ses cinq premiers projets lui valent cinq procès. Il abandonne la partie, se replie en Champagne pour traduire Robinson Crusoe, lance des journaux qui ne font pas long feu (Le Satan et la Revue pittoresque). Toujours aussi désargenté, il accepte un poste d'inspecteur de la colonisation sur les conseils de Théophile Gautier et se retrouve à Mostaganem en 1847 avec sa femme et son fils. Là, il imagnie le "château de la Haute-Pensée" dont il entreprend la construction, mais il est révoqué en 1855 pour manifester une trop grande... originalité dans la rédaction de ses rapports (en vers !) et se lance alors dans l'agriculture. Et là, négligeant de se protéger du soleil, il meurt d'une congestion cérébrale.

C'est une louable entreprise que celle des éditions le Vampire actif qui ont choisi de réunir à leur tour dix textes épars de l'auteur de Madame Putiphar et de Champavert. Après Jean-Luc Steinmetz et ses volumes anthologiques (La France frénétique de 1830, Phébus, 1978 ; Écrits drolatiques, La Chasse au Snark, 2002), ces Escales à Lycanthropolis composées à Lyon démontrent assez qu'on n'en finit pas de lire Borel et d'y prendre beaucoup de plaisir.
Fantasque mais aussi diablement féroce parfois, le "lycanthrope" fut un des grands modernes de son temps, rejetant les conventions, déjouant les lieux communs et forgeant ses propres formes en artisan libre. L'éditeur rappelle justement qu'Eluard plaçait Borel entre Sade et Lautréamont, c'est à coup sûr une remarque inspirée et une ferme incitation à se régaler des sarcames et des inventions de cet homme-loup magistral.



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Pétrus Borel Escales à Lycanthropolis. Édition établie et présentée par Hugues Béesau et Karine Cnudde. Clôture par Olivier Rossignot. - Lyon, Le Vampire actif, 466 p., 19,50 €

Signalons également un volume plus discret : Petrus Borel Lettres d'Algérie à son frère (La Barbacane, 1998, 80 p., 13,72 €)

Et la réédition d'un essai formidable : Pierre Lepère L'Âge du furieux. - Paris, La Différence, 2006, 9 €

Lire Jules Claretie Pétrus Borel le lycanthrope. — Paris, Pincebourde, 1865.
lire Pétrus Borel



Photographie : copyright Draco Semlich 2010.