L'Alamblog

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mercredi 7 octobre 2009

Les orgies de James S. Lee

opiomane.jpg Couverture illustrée d’une image du film The Dividend (USA, 1916)



En 1935, paraissait à Londres un curieux ouvrage intitulé The Underworld of the East. Being eighteen years’ actual experiences of the underworlds, drug haunts, and jungles of India, China, and the Malay Archipelago. With plates (London, Sampson Low & Co. IX-278 p.). C’est, à l’évidence, l’un des plus extraordinaires documents que l’on puisse imaginer, doublé d’un récit de voyage singulier. Et même très singulier. William Burroughs ne s’y est pas trompé qui le tenait pour un maître-livre.

Et c’est en effet un classique de la littérature de voyage que cet Underworld of the East, et, malgré sa curieuse absence du panoramique l‘Opium : histoire d’un paradis infernal de Mary Hodgson (Le Seuil, 1999), un authentique grand livre de la « drug literature ». Il n’avait encore jamais été traduit en français.

L’Anglais James S. Lee (1872-?) aura attendu l’âge de 62 ans pour publier le récit scabreux de ses voyages “à thème” durant lesquels la chasse au tigre ou la défense contre les Dacoïts ne furent pas les occupations les plus récurrentes, et de loin… De fait, dl’Inde en Malaisie, de Shanghai au Brésil, des beuglants portuaires aux jungles tropicales, et des lupanars aux fumeries d’opium discrètes, notre gentleman-junkie a laissé un testament surprenant.

Le titre anglais de son ouvrage, que l’on pourrait traduire par Les Bas-Fonds de l’Asie, ne laisse aucune ambiguïté sur le sujet principal de l’opus rédigé par un ingénieur mécanicien, spécialisé dans les mines et le chemin de fer, qui, de 1895 à 1915, n’a cessé de s’enquérir des produits hallucinants, procédant dans la description de leurs effets avec le même soin que Théo Varlet dans son essai. Concoctant à l’aide de son laboratoire portatif toutes sortes de poudres et mélanges liquides, il profita des plantes inédites que lui offrait une nature pléthorique afin de ne pas se limiter au tout-venant de la stupéfaction. James S. Lee raconte ainsi avoir découvert à Sumatra une plante spécifique dont les décoctions lui auraient permis d’obtenir ce qu’il nomme un “élixir de vie”, souverain, bénéfique et, malheureusement, resté secret…

Il faut dire, à la décharge de cet aventurier de l’intraveineuse, que la loi britannique n’autorisait alors plus les drogues. Mais notre petit chimiste amateur avait ses réserves et, après avoir perdu sa compagne par overdose, avait assez d’expériences pour se détacher des substances. C’est du moins ce qu’il rapporte, tout en admettant avoir conservé jusqu’au soir de sa vie, à cause des piqûres, un torse et des bras bleus.

Entre deux shoots, James S. Lee, qui prétend avoir contrôlé parfaitement son rapport aux drogues - au point de parvenir à consommer tout à la fois, le même jour, opium, morphine, cocaïne et haschisch - et à se sevrer lorsque cela était nécessaire, trouve dans ses souvenirs les plus remarquables, de quoi nous traîner dans les rues louches de Shangaï, dans la jungle auprès du Mangeur d’hommes et d’exposer ainsi un tableau assez personnel, et apparemment crédible, des colons et des populations locales du Commonwealth victorien rayonnant des années 1900.

En livrant son observation de ce monde colonial appelé à disparaître, Les Tribulations d’un opiomane analysent assez précisément les conditions de vie des uns et des autres et, c’est inévitablement le trait d’un technicien, les conditions de production. Restent aussi de limpides récits de visions opiacées, des anecdotes délectables et, plus rarement, un coq-à-l’âne philosophique mièvre ou barré. Pour autant, rien ne disqualifie ce livre, surtout pas ces glissades qui témoignent peut-être des lassitudes d’un esprit éprouvé. Au fond, James S. Lee pourrait bien rester le plus grand consommateur de drogues connus pour ses écrits, juste derrière Quincey.

Il serait dommage de passer à côté de ce livre singulier. A lire sans délai, adoncque, ou à noter dans un coin pour ne pas l’oublier.


NB : L’Alamblog est preneur des scans des douze planches que contenait l’édition originale anglaise d‘Underword of the East, espérant y trouver (notamment) un portrait de James S. Lee. Une image semble avoir été réutilisée par Mary Hogdson et en rabat de la présente édition, mais sans mention de source, nous empêchant, de ce fait, de vous livrer son image.


James S. Lee Les Tribulations d’un opiomane (Underworld of the East), traduit de l’anglais par Sophie Azuelos. Préface de Mike Jay. Postface de Patrick Boman. - Paris, Intervalles, 328 pages, 19 euros

samedi 5 septembre 2009

Pauvre femme (1914)

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Du Ruy Blas :

Elle fut jolie, elle eut même quelque talent et elle fut une artiste choyée des Parisiens qui, à maintes reprises, lui prouvèrent de la sympathie et la tirèrent des ennuis où l’insouciance la faisait toujours retomber. Elle fut aussi, et souvent, mauvaise camarade. Que celles qu’elle égratigna lui pardonnent, puisque aujourd’hui l’éther et la morphine ont conduit l’ancienne jolie femme dans cette “Cité des Fous” que nous révéla avec talent Marc Stéphane et puisque, égarée, inconsciente, ne se souvenant plus de rien, Odette Valéry erre sous les grands arbres de Sainte-Anne.
Oui, pauvre femme ! Mlle Odette Valéry connut de beaux soirs. Elle fut une superbe ballerine, qui débuta avec l’éclat dans l’Enlèvement des Sabines, et a qui Jean Lorrain consacra des pages enthousiastes. Sa camarade des Sabines, Jeanne Margyl est morte, Odette Valéry est folle. Pauvre femme, comme dit Ruy Blas !


La Renaissance politique, littéraire et artistique, 9 mai 1914, p. 28.

vendredi 5 juin 2009

Théo Varlet et le Hachich (André Billy)

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Aux paradis du Hachich, suite à Baudelaire, par Théo Varlet (Edgar Malfère).

On étonne bien des gens quand on leur dit que le mot assassin vient de hachich, ou plutôt de hachichin, dont il est une corruption populaire. Dans le proche Orient, du moyen âge et de la Renaissance, les massacreurs absorbaient, paraît-il, du hachich pour se donner du coeur à l’ouvrage.
Le hachich est une préparation douée de propriétés narcotiques et excitantes dont le chanvre indien (cannabis indica) constitue la base. On l’emploie sous quatre formes : fumée, confitures ou nougats, pilules et infusions. Les feuilles séchées sont enroulées en petites cigarettes. Après décoction de la plante entière, tige, rameaux et feuilles, on y ajoute du beurre frais et on laisse le tout sur le feu jusqu’à évaporation complète du liquide. On passe alors le résidu à travers un linge : le beurre fondu s’écoule sous l’apparence d’un liquide verdâtre. Durci, refroidi, il est mêlé à du sucre, à des pistaches et aromatisé à l’aide d’essence de rose ou de jasmin.
La vente du hachich est interdite officiellement depuis 1916 par la loi du 12 juillet sur les toxiques stupéfiants, bien que le hachich ne soit pas un stupéfiant mais un excitant. En 1916, le législateur n’y regardait pas de si près. Avant la guerre, cette drogue était d’un emploi assez fréquent dans les milieux littéraires et artistiques de la Rive gauche. Beaucoup de nos amis en prenaient, sans paraître, il est vrai, y attacher trop d’importance. Nous parlions de l’opium avec beaucoup plus de respect. Dans la génération précédente, Emmanuel Signoret et Adolphe Retté avouaient devoir au hachich un certain lyrisme transcendantal. Aujourd’hui, il n’en est plus question. La coco, l’opium — mais celui-ci aussi semble être en décadence — l’ont fait oublier à peu près complètement. Il y a aussi le Peyotl que la loi de 1916 n’a pas interdit puisqu’il n’était pas connu en France à cette époque, et qu’on désigne par cette périphrase : « la plante qui fait les yeux émerveillés », mais il est impossible de s’en procurer.
C’est Théophile Gautier qui, le premier, révéla le hachich au public français, dans son feuilleton dramatique de la Presse, le 10 juillet 1843. Il en avait eu la révélation par Moreau de Tours, médecin aliéniste, auteur de Du Hachich et de l’Aliénation mentale (1845). La même année parut le Comte de Monte-Cristo, où Dumas père avait introduit une séance de hachich. En 1846, article de Gautier dans la Revue des Deux Mondes sur le Club des Hachichins. En 1851, premier essai de Baudelaire, Du Vin et du Haschisch comparés comme moyens de multiplication de l’individualité, paru en feuilleton dans le Messager de l’Assemblée. En 1858, dans la Revue contemporaine, second essai du poète des Fleurs du Mal : De l’idéal artificiel : le Haschisch, repris ensuite dans les Paradis artificiels. Depuis lors, le hachich, qui a fourni matière à nombre d’études psychophysiologiques, a cessé d’être une source d’inspiration littéraire. Varlet ne mentionne que le Testament d’un Hachischéen, de Jules Giraud et quelques vers d’Antoine Monnier.
Baudelaire reste donc le maître de la littérature hachichique ; ou plutôt il l’était resté jusqu’à maintenant. Ce titre passe à M. Théo Varlet, auteur de Aux Paradis du Hachich. Rien d’aussi complet n’avait été écrit sur la drogue verte, que cet essai de deux cents pages, à la fois descriptif et lyrique, dont quelques passages au moins sont, d’un grand écrivain, notamment le chapitre IV où l’auteur, définissant le poète tel qu’il le conçoit, se définit lui-même en termes saisissants et, avec lui, son maître Baudelaire :

Le poète tel que je le conçois, tel que je le sens, a l’horreur de la monotonie qu’entraînent les conditions d’une existence étroitement canalisée ; el celle horreur se manifeste non seulement par le goût des aventures, qui tendent à renouveler le milieu extérieur, les aspects du monde, mais par celui des expériences, qui s’efforcent de modifier l’ordre des choses habituel, la marche prévue des événements. Goûts dangereux, surtout le second. L’homme qui en est possédé ne s’inquiète plus qu’accessoirement de son propre bonheur, du bien-être qui fait le but suprême du plus grand nombre, dans notre civilisation « pragmatique ». Peu lui importe son avantage matériel ou social, dès qu’une belle aventure, une expérience mémorable sont en jeu. Le plaisir ou la souffrance même perdent chez lui la valeur absolue ou fondamentale qu’ils ont pour les autres hommes : ce ne sont que deux modes différents de la connaissance, et celle-ci seule importe. « Tout connaître, tout sentir ! » formule-t-il volontiers. Qu’une aventure ait chance de tourner mal ; qu’une expérience doive aboutir presque nécessaire ment à une catastrophe, c’est pour lui chose tout à fait secondaire. Je n’irai pas jusqu’à dire que le démon de la perversion intervient chaque fois, mais il en profite souvent…


A cette définition de poête, j’ajouterai un trait : le don d’expression verbale, le talent. Mais cela va sans dire… M. Théo Varlet est l’auteur de quatre volumes de vers : Aux libres jardins, Paralipomena, Quatorze sonnets et Ad Astra, débordants d’inquiétude et d’aspirations métaphysiques. Il est également romancier et cultive avec succès le genre scientifico-fantastique cher à Rosny aîné et à Wells. Il a traduit Kipling, Stevenson, Jérôme K. Jérôme. « Théo Varlet, a écrit Maurice Beaubourg, est l’une des intelligences les plus hautes de toute la génération littéraire actuelle. Sûrement, l’un des représentants de cette génération qui lui fera le plus d’honneur et ira le plus loin. »
M. Théo Varlet a pratiqué le hachich pendant six ans, de 1908 à 1914. Il nous raconte ses premières expériences et comment la seconde faillit le tuer ou le rendre fou : le pharmacien lui avait servi une dose dix fois trop forte. Ce fut l’ « agonie » dans toute son horreur et portée à une intensité exceptionnelle. Car l’emploi de la drogue verte ne va pas sans aléas ; même absorbée à doses normales par des initiés, elle se montre fort inconstante. Au lieu de l’extase, c’est parfois, c’est assez souvent, l’épouvante qu’elle procure, ce que M. Théo Varlet appelle « l’agonie ».
Baudelaire ne parle de l’Agonie ni dans son essai de 1851, ni dans celui de 1858. Pourquoi ? S’il ne l’avait pas éprouvée personnellement, il en avait certainement entendu parler. Mais Baudelaire et ses amis prenaient sans doute le hachich dite dawamesk, alors que l’auteur de Aux Paradis du Hachich l’absorbait sous la forme d’extrait hydroalcoolique, d’un caractère beaucoup plus redoutable. Quoi qu’il en soit, c’est vraisemblablement aux épouvantes qu’il engendre que le hachich doit de n’avoir jamais connu la vogue des autres drogues.
« Il y eut un moment où le hachich était à la mode, observait déjà Charles Richet en 1877 dans ses Poisons de l’Intelligence ; mais ce moment est passé et aujourd’hui ce n’est qu’exceptionnellement qu’il se rencontre encore çà et là quelques amateurs. » Avant la guerre, pourtant, le hachich avait d’assez nombreux adeptes, ainsi que je le notais plus haut.
Réparties de 1908 à 1914 et au nombre de 127, les expériences de hachich auxquelles s’est livré M. Théo Varlet ont toutes été notées, par lui, au moins dans leurs grandes lignes. De ces notes a été tiré le livre qu’on nous présente aujourd’hui.

Après avoir analysé les effets classiques de la drogue, accès de rire, extase hallucinatoire, si bien décrite par Baudelaire, le kief (le kief ou troisième phase est, paraît-il, indescriptible : c’est le Bonheur absolu, ni plus ni moins) l’auteur tente une peinture des impressions ressenties et il le fait en vrai poète. L’effet dominant du hachich consiste dans l’accroissement en quelque sorte indéfini du temps et de l’espace. Les minutes deviennent des années ; une courte promenade devient la traversée d’un désert. Dans cet univers immensément agrandi, tous les sens sont sublimisés et portés à une capacité de perception surhumaine.
M. Varlet nous parle du « hachich à deux », de l’amour et de la musique, sous l’effet du hachich, et c’est, je l’avoue, Ie seul aspect de la question qui m’ait paru vraiment séduisant.

Mes yeux s’amusaient, ravis, à suivre les mains agiles, cavales enchantées, galoper sur l’orchestre d’ivoire ; ils s’ébahissaient à plonger dans l’intérieur du piano, couvercle levé, pour mieux exalter les magnificences sonores, mes yeux, fascinés sur le remuement intérieur des organes du Pégase magique, buvaient le rythme à sa source, contemplaient le cratère de ces sons qui jaillissaient de mon âme en laves brûlantes d’émotion, en geysers voluptueux comme ceux de l’amour même…


Pour les effets de l’amour dans le hachich, je renvoie mes lectrices au chapitre intitulé “Erotica”, chapitre d’ailleurs parfaitement chaste dans les mots et qui cependant, par sa vertu suggestive, est un des plus curieux du livre. C’est à des réussites de ce genre que se juge un véritable écrivain.
Les conclusions de M. Théo Varlet ne sont pas en faveur du hachich, pour l’excellente raison que depuis 1916 la drogue verte est prohibée. M. Varlet, bon citoyen, ne saurait nous conseiller d’enfreindre les lois…

Je le crie bien haut : Malheur à ceux qui s’aventurent chez Circé sans l’égide protectrice d’une noble passion ou d’un art au service de qui dédier leurs expériences. Ils courent le risque d’être asservis par le démon des toxiques…


C’est à la littérature que M. Théo Varlet doit, il ne le cache pas, d’avoir constamment dominé le hachich et ainsi échappé à l’intoxication.
On m’excusera de m’être arrêté si longtemps sur une oeuvre d’une inspiration aussi particulière. La littérature des poisons est un des compartiments les plus nobles de la littérature générale, et le livre de M. Théo Varlet lui apporte une contribution non moins belle qu’originale.


André Billy


La Femme de France, n° 807, 26 octobre 1930, p. 20.

samedi 30 mai 2009

Du lyrisme dans la nécrologie

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UN FAIT DIVERS

Mlle Germaine Fouilleul, au théâtre Wanda Sylvano, habitait 18, rue Victor-Hugo, à Courbevoie, un petit hôtel particulier. Jeune encore — elle avait trente-quatre ans — elle appartint naguère à la Renaissance et au Théâtre Sarah-Bernhardt ; actuellement ses goûts la portaient vers le cinéma. Elle y tourna notamment « La Garçonne ». Elle fréquentait les établissements de nuit, les villes d’eaux où elle se faisait inscrire sous le nom d’une des plus illustres familles françaises.

Tout récemment, à la suite d’un procès, elle eut l’occasion de rencontrer Mlle Hyvrard, avocate. Les deux jeunes femmes devaient plus tard se lier d’étroite amitié. On les voyait souvent ensemble au spectacle, jolies, gaies, heureuses.

Rien ne laissait pressentir un drame.

Un soir, Mlle Germaine Fouilleul et Mlle Hyvrard partirent pour Paris dans la voiture de l’artiste. Elles allèrent au théâtre et soupèrent dans un établissement de nuit. A 2 heures du matin, elles rentrèrent à Courbevoie. Le lendemain, Mme Fouilleul, inquiète de ne pas voir sa fille, frappe. Pas de réponse. Elle appelle : «Germaine !» et secoue fortement la porte.

Elle entend alors la voix défaillante de Mlle Hyvrard qui, dans un grand effort, vient tourner la clé et presque aussitôt s’écroule sans un mot.

Inanimée, mais le corps appuyé au pied d’une table, Mlle Germaine Fouilleul semblait dormir. Effrayée, sa mère voulut la réveiller ; le corps roula sur le tapis. Elle était morte.

Prévenu, un docteur fit étendre les deux femmes sur des lits. Il ranima l’avocate, mais donna l’ordre de ne point la transporter. Il ne put que constater le décès de Mlle Germaine Fouilleul et, en raison des circonstances mystérieuses de sa mort, il refusa le permis d’inhumer.

Sur la table de nuit, on découvrit une certaine quantité de chlorydrate d’héroïne. Un plateau d’opium fut également saisi.

Il ne nous sied pas de remuer le cloaque qui va jaillir en scandale et retomber sur un cadavre et sur l’avenir d’une femme. Que d’autres satisfassent à ce jeu leur rancune d’honnête homme.

Nous voulons, nous, jeter le voile sur cette douloureuse plaie sociale.

Hélas ! les ciels artificiels sont trop souvent la rançon de la gloire. Les Baudelaire, les Musset, les Edgar Poë, les Verlaine — que d’autres encore ! — ne durent leurs immortels poèmes qu’aux fumets de l’alcool, aux énervements du haschich, ou aux moins avouables des passions humaines… De cela rien ne demeure que leur génie…

Maudissons cependant les tueurs d’enfants qui, sans profit pour l’art ni la beauté, déciment la jeunesse de Montmartre et viennent encore de coucher, pantelants, deux moineaux confiants et fragiles, sur le pavé de Paris.

Albert LEFEVRE.



Les Spectacles, 16 avril 1926, p. 7.