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mercredi 6 décembre 2017

Le Citadin d'Odilon-Jean Périer

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Le Citadin
par Odilon-Jean Périer
Chaque fois que l'on se propose d'écrire, il est naturel que l'on sacrifie de bon cœur l'œuvre déjà faite à l'œuvre ébauchée. Au terme du travail, on revient, sur cette exclusive, on remet les choses au point. Odilon-Jean Périer persévère dans l'intransigeance,et nous avertit que le Citadin doit être tenu « pour l'édition revue, voire définitive, de ses premiers ouvrages ». Il a le droit d'oublier sa jeunesse « et comment cacherait-il qu'il est consent de Lui ? » Ainsi « Notre Mère la Ville » aurait été l'esquisse du nouvel « Eloge de Bruxelles », auquel préludait encore « La vertu par le chant », éloge de la pureté, du calme et des amitiés égoïstes. Conformons-nous au vœu du poète, cherchons à ne l'atteindre que dans les étroites limites où sa fantaisie d'aujourd'hui se conflue, entre la sagesse de l'abbé Delille et le « Boulevard sans mouvement ni commerce » célébré par Arthur Rimbaud.
D'ailleurs et quoi qu'il fasse, Odilon-Jean Périer se retrouve, avec tous les défauts qu'il sait tourner en qualités, cet orgueil, cette ironie sournoise, ce faux air d'innocence et de désabusement, dans le moindre do ses poèmes et singulièrement dans les 260 vers très réguliers, très nourris, très légers pourtant, qui servent l'insolite et très insolente préface du Citadin.

Il est assez de ruse en ce simple langage,
Les lecteurs que je veux ne s'y tromperont pas.

Non, et ce n'est pas Bruxelles qui les empêchera de voir le véritable sujet du poème. « Je compose ces vers pour me sentir vivant », leur dit un jeune homme équilibré, volontaire et qui commande à ses concitoyens comme aux arbres et aux saisons mème de sa ville. Le paysage intérieur est ici le plus lumineux ; on en découvre jusqu'à l'horizon les plans divers et les mirages, L'angle des rues ne l'ébrèche point. La vie moderne de Bruxelles est dans les pittoresques « Elégies de Léon Kochnitzky ». Périer ne nous offre pas de bière mais une eau pure et qu'il dit lui-même glacée. Elle est « le prix d'une pensée sans ornement », mais non sans limpidité, ni profondeur. Heureux qui respire, fût-ce loin des champs et des bois, au milieu du monde bien portant ».
Odilon-Jean Périer, versificateur, doit quelque chose à Paul Valéry. Il doit, moins à Bruxelles que Bruxelles ne lui doit, car certains alexandrins de son « œuvre complète » comptent parmi les plus beaux qui furent jamais récoltés dans « la ville habituée aux malices du ciel ». - (Chez l'auteur.)

Paul Fierens
Les Nouvelles littéraires, 9 août 1924?


Odilon-Jean Périer Poèmes. Lecture de Jean-Pierre Bertrand. - Bruxelles, Labor, 2005, "Espace Nord". Réunion de l'oeuvre poétique complet avec « La vertu par le chant », « Notre mère la ville », « Le citadin », « Le promeneur », « La maison de verre ». 248pages, 8 €
- Passage des anges. - Finitude, 156 pages, 15 €


dimanche 20 mai 2007

Quatre prénoms pour deux : Odilon-Jean Périer et Léon-Paul Fargue


Odilon-Jean Périer, météorique Belge, avait donc adressé son “roman” Le Passage des anges à Léon-Paul Fargue.
Imprimé le 11 mai 1926 par la maison F. Paillart, ce livre précieux est l’un des trente exemplaires d’auteur (n° 865).
Doublement précieux, parce que ce texte est l’une des plus belles créations de Périer, et parce qu’il reste son dernier livre : Odilon-Jean Périer, malade, a disparu le 22 février 1928 à Bruxelles. Il n’avait que 27 ans.
Proche des inspirations de Pierre Albert-Birot, de Jacques Spitz ou du Franz Hellens d‘Oeil-de-dieu, — du neuf, du vivant, du franchement inspiré —, Périer a laissé peu de pages, mais quelles…
La toute récente réédition du Passage des anges laisse à tous l’occasion de ne pas oublier ce Promeneur essentiel, lié de toutes ses vibrantes antennes à une époque singulièrement vivante.
Ses trois anges de passage ne se sont pas laissés oubliés.

Ce billet, adoncque, pour faire bisquer quelque farguien fana etpousser chez les volontaires de la curiosité le goût d’Odilon-Jean Périer, dont Yves Martin, poète pédestre itou, appréciait fort les mesures.



Brève bibliographie (forcément)
Le Combat de la neige et du poète (Bruxelles, chez l’auteur, 1920)
La Vertu par le chant. Poèmes (Bruxelles, Oscar Lamberty, 1920)
Notre mère la ville. Poèmes, 1921-1922 (Paris-Bruxelles, Editions du Disque vert, 1922)
Le Citadin. Poème ou Éloge de Bruxelles (Bruxelles, chez l’auteur, 1924).
Le Passage des anges (Gallimard, 1926)
Le Promeneur. Avec un portrait de l’auteur par lui-même (NRf, 1927, “Une Oeuvre, un portrait”)
Les Poèmes d’Odilon-Jean Périer, avec six lithographies originales d’Albert Crommelynck (Bruxelles, Éditions des artistes G. Houyoux, 1937)
Poèmes (Gallimard, 1952)
Textes retrouvés et inédits de O.-J. Périer, édités par Madeleine Defrenne (Bruxelles, Académie royale de langue et de littérature françaises, 1957)
Les Indifférents (Bruxelles, Cahiers du Rideau, 1977)
Le Passage des anges (Bruxelles, Jacques Antoine, 1979)
Poèmes (préface de Norge, Bruxelles, Jacques Antoine)
Le Promeneur (La Différence, 1981)


Odilon-Jean PERIER Le Passage des anges. — Bordeaux, Finitude, 2007, 160 p., collection “Utopies”, 15 €

Un article de Robert Denoël sur ”Notre mère la ville” (”Liège-Universitaire”, 24 novembre 1922).