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lundi 23 octobre 2017

Qu'est-ce qu'un hipster ?

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Pour lancer sa nouvelle collection de poche, le Castor Astral propose un texte inédit de Norman Mailer (1823-2007). Et précisément un chapitre inédit du White Negro de 1957 où le futur Prix Pulitzer et cofondateur de Village Voice détermine ce qu'est un hipster, son rapport à l'existentialisme et à la condition afro-américaine, la façon qu'il a d'incorporer ses codes culturels.
Il en profite pour nous donner les marqueurs historiques qui ont permis l'élaboration de ces codes culturels, depuis l'étymologie des termes les plus usuels jusqu'à leur acception, ce qui est beaucoup plus riche qu'un simple passage dans une boutique de fringues... Voilà toute l'affaire : les zazous sont enfants du "Zaz-Zuh-Zaz" du Grand Cab, et le "hep cat" est devenu un "hipcat", puis un "hipster", les beats regroupaient les beatniks et les hippies - au passage : les beat sont devenus beatniks après l'adjonction péjorative d'un "nik" issu du yiddish - tout cela dans un grand souffle de liberté, une volonté de changer le monde et de ne pas se laisser enfermer...
N'oublions pas qu'à la même époque naissent également les greasers, les bikers, etc. Pour entrer dans le vif du sujet, voici comment Norman Mailer distingue un hipster d'un beatnik ? C'est de l'entomologie sauvage et plaisante par un journaliste gonzo :

Voici où commence la différence. Le hipster vient d'une rébellion du prolétariat, il est pour ainsi dire le prolérariat fainéant, le marlou ; il ne pratique pas les travaux manuels à moins de n'avoir pas d'autre choix. Le beatnik - qui est souvent juif - vient de la classe moyenne. Il y a vingt-cinq ans, il parait rejoint la Ligue des jeunes communistes. Aujourd'hui, il choisit de ne pas travailler pour condamner le conformisme de ses parents. Il peut donc ressentir en lui une certaine valeur morale en faisant ses adieux à la société. Le hipster, lui, est plus décontracté en ce qui concerne la valeur et les problèmes apportés par une vie de loisirs sans un rond.
Leur corps ne sont pas les mêmes. Les mouvements d'un hipster sont comme ceux d'un chat, il est marche lentement mais ses réflexes sont rapides ; il est s'habille avec une point d'élégance ; si sa blouse est usée, il retourne le bout de ses manches au bon angle. Le beatnik, lui, est débraillé : pour poser devant la classe moyen, il faut retenir sa compulsion à être toujours soigneux. D'ailleurs, il y a plus de chances qu'un beatnik ait un bon esprit qu'un bon corps. Et s'il est vrai que comme la plupart des hipsters il débarque avec le principe de base de la foi (qui est que l'orgasme est l'indice n° 1 de la qualité de la vie), comme commencer le beantik a connu moins de manière de travailler, donc ses chances de s'élever par le biais de la sexualité, seuil contre tous, sont générale nulles. (...) Les garçons et les filles disponibles pour le beatnik sont aussi épuisés que lui.

On y découvre ensuite pourquoi la transe de la drogue finit par devenir plus importante que le coït, et des vérités tragiques comme celle-ci :

Si un hipster chute, le tarif est la mort ou la prison.

Ce qui n'est plus vrai aujourd'hui. S'il chute c'est uniquement parce qu'il a des semelles en plastique.
Il s'en sortira avec une entorse.
Il remettra toutefois les mêmes chaussures parce qu'elles sont à la mode.
Le hipster contemporain est un petit crétin.
Le hispter modèle Kooples n'a décidément plus rien à voir avec le modèle d'origine.
La carénage vaguement, mais la motorisation n'est plus du tout la même.



Norman Mailer Les Hipsters. Traduit et présenté par Bruno Blum - Les Lilas, Le Castor Astral, 2017, 160 p., 9,90