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samedi 26 août 2017

Moustique

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Un moustique dans la ville d'Erlom Akhvlediani, on vous avait dit qu'il faudrait y revenir. Les écrits qui nous parviennent de Géorgie ne sont pas s'y nombreux que l'on puisse se permettre d'en négliger un quand il nous arrive. Certains connaissent le fameux Chevalier à la peau de tigre de Chota Roustaveli (accessible pour une queue de cerise), mais qui donc a lu Alexander Kazbegi, Vaja Pchavela, Titsian Tabidze, Paolo Iachvili, Galaktion Tabidze, Mikheil Javakhichvili, Constantin Gamsakhourdia, Nodar Dumbadze, Davit Turashvili ou Aka Morchiladze ?
Un prochain Marché de Francfort ayant lancé invitation à la Géorgie pour l'année prochaine (si l'on ne se trompe), la production va être nombreuses bientôt, mais pour l'heure, il faut picorer.
Un moustique dans la ville est une entrée en matière qui risque d'être perçue comme un exercice un peu abrupt. Non que ce soit une une mauvaise introduction à la littérature géorgienne - le texte est de qualité, même si la traduction paraît parfois un peu verte - , mais il s'adresse aux lecteurs qui aiment les textes qui piquent les yeux. Du lecteur aguerri, c'est ce qu'Erlom Akhvlediani réclame. Et l'homme paraissait sans concession, profitant d'une familiarité rapidement tissée avec le lecteur pour glisser allègrement de la confession à la fable, en passant par le conte, le récit, la romance et autre chose que l'on peine à définir... Mais n'est-ce pas ce que l'on préfère ?
Oeuvre dépeignée d'un scénariste et écrivain disparu récemment (1933-2012), ce livre raconte la quête d'un culicidé désorienté après la disparition de tous les siens lors de l'assèchement d'un marais. N'omettons pas qu'il a les yeux bleus, ce moustique. Convaincu que son destin est tragique, il cherche la main qui l'abattra, celle de son assassin. Malheureusement, celui-ci est non violent et va refuser d'écraser l'animal, lequel nous offrira l'occasion de croiser quelques voisins de ce dernier, jeune fille et son frère étudiant, voisine, copains de souleries, etc. dans un désordre et dans un redondant typique des littératures traditionnelles, ici transcendées dans une modernité plus remuante que la littérature issue des "humanités numériques", foi de Préfet maritime.
Durant sa quête suicidaire, apparaît un monde de petite bête, d'étrangetés humaines et de soûlographies narcotiques qui se déroulent (impunément) dans un désordre apparemment typique d'une société où l'amour compte encore des fidèles. Comme on le précisait il y a quelques semaines, ce roman ose déroger à la bienséance linéaire et au confort du lecteur. Nul tentative de se conformer aux formats du feuilleton télévisé, non plus qu'aux canons de la cinématographie contemporaine. Les images jaillissent cependant, violemment parfois et conduisent à se demander si l'on ne regarderait pas à nouveau les films de Paradjanov...
Depuis notre île où les moustiques ont été domestiqués (ils ne piquent plus que les inconnus), recommandons ce livre singulier à tous les lecteurs qui savent absorber en se délectant les ouvrages à préfaces de Macedonio Fernandez, les opera mundi de Gadda, les folies de Biély ou les obsessions de Roberto Arlt.
C'est dit.




Erlom Akhvlediani Un moustique dans la ville. Traduit du géorgien par Isabelle Ribadeau Dumas et Rusudan Turnava. - Le Serpent à plumes, parution le 7 septembre 2017, 174 pages, 17 €




(1) Chota Roustaveli, Le chevalier à la peau de tigre, traduit du géorgien avec une introduction et des notes par Serge Tsouladzé. - Paris, Gallimard, 1989, 272 p., 5,60 €