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jeudi 27 avril 2017

Ôé

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La collection "L'Imaginaire" a fini par prendre belle allure. (Ceux qui ont plus de trente ans se souviennent de ses premières années calamiteuses où des reprints véritablement salopés constituaient le prétexte d'une maison occupée à conserver des droits sur des oeuvres de son propre catalogue en déshérence et à donner le change, très maigre, à des héritiers pour les maintenir dans l'orbe : les choses ont changé). Avec la publication du Faste des morts de Kenzaburô Ôé (né en 1935), magnifique recueil de trois textes fondateurs de l'oeuvre du Japonais, il y a lieu de se réjouir.
"Le Faste des morts", "Le ramier" et "Seventeen" (autrefois traduit "Dix-sept ans") sont trois textes absolument remarquables. Il n'y a pas besoin d'épiloguer. Ils évoquent la mort et la faiblesse, la douleur et la fatalité, l'orgueil et la honte, les frustrations et les désirs comme peu de nouvellistes savent le faire. Publiés entre 1957 et 1961, ils donnent d'Ôé une idée impressionnante et démontrent qu'il abordait sans faux-fuyant des sujets majeurs d'emblée. Manipulation de vieux cadavres défraîchis dans une morgue, une grossesse ambivalente, les jeux pervers d'enfants encagés dans une isntitution de redressement, recours à l'extrême-droite pour apaiser des désirs sexuels inassouvis, ce sont des troubles et des troubles qu'empile Ôé sans barguigner et avec une terrible précision, une terrible sensibilité. Voilà un gaillard dont on ne se demande pas pourquoi il a eu le prix Nobel.

Dans les rixes nocturnes j'ai castagné. Dans ces violentes ténèbres qui grondaient de cris de douleur et de peur, d'insultes et de lazzis, je voyais Sa Majesté Impériale rayonner sous une auréole, moi, seventeen, le seul à être au comble du bonheur. Ce soir-là, où il bruinait, le bnuit qui courait sur la mort d'une étudiante avait réduit un instant la foule chaotique au silence. Et les étudiants, trempés de pluie, accablés d'exaspération, de tristesse et de fatigue, observaient le silence ; pendant tout ce temps, moi, j'avais un orgasme de violeur, moi, le seul seventeen, au comble du bonheur, jurant le massacre devant cette vision dorée.

C'est à se demander pourquoi on n'a pas lu Ôé plus, et plus tôt. On se demandera aussi pourquoi "L'Imaginaire" et pourquoi pas "Folio", mais là, hein, on nous dira de nous taire.


Kenzaburô Ôé Le Faste des morts. Traduit par Ryôji Nalaùura et René de Ceccatty. - Paris, Gallimard, "L'Imaginaire", 191 pages, 6, 90 €

lundi 17 novembre 2014

Les couvertures de notre siècle (18)

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Pendant un an et demi, je suis allée à la chambre mortuaire de l'hôpital Necker (à raison d'un jour et demi par semaine) à la rencontre de ceux-là qui officient en des lieux reculés de notre conscience. Chaque rencontre appelait une suivante. Ce qui se partagea fut essentiel pour moi, comme pour Mireille Noury, cadre infirmier à la chambre mortuaire. Cette démarche relevait d'une infinie vitalité et était un pied de nez au morbide et au déni ambiant de la mort, aventure humaine qui si elle ne fait pas plaisir à vivre, est pourtant bien réelle. Impatiente d'être, je prenais en réalité conscience du cycle obligé de la vie, donc de l'existence de la mort en moi aussi. J'en étais et sans toutefois le savoir encore au Funèbre, tel que défini par Marcel Guiomar : « Le Funèbre n'est ni projection vers un deuil factice et préalable à toute Mort véritable comme dans le Lugubre, ni un refus de la mort comme le Divertissement ; il est à chaque instant de notre vie le milieu juste, l'accord constant de chaque unité de rythme de notre vie avec l'approche régulière de notre Mort. Il n'en retarde ni n'en avance la pensée et l'échéance ; il est neutre. »


Laurence Loutre-Barbier La Dernier Chambre. — Fage Editions, 2010, coll. Particulière, 96 pages, 15 €


mardi 25 septembre 2012

Les Maisons mortuaires

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Maisons mortuaires


Dans quelques villes d'Allemagne, il existe des établissements publics appelés Maisons mortuaires, Ce sont, à vrai dire, des bureaux de surveillance où l'on dépose les morts pendant un certain temps pour s'assurer de la décomposition des corps, et par conséquent de l'impossibilité d'une résurrection. Cette épreuve dure ordinairement huit jours. La maison mortuaire est au surplus un lieu de résidence très confortable : elle est entretenue par des poêles dans un état de température continuellement tiède; les croisées, tendues de rideaux, y conservent un demi-jour mélancolique, et le parquet y est aussi bien ciré que dans l'appartement le plus élégant.

La maison mortuaire renferme une douzaine de lits échelonnés de la même manière que dans un dortoir de collège, et d'un coucher très-doux. A côté de la salle de dépôt, comme à la Morgue de Paris, veille incessamment un gardien chargé de guetter un signe de vie dans les trépassés. Il a sous la main toutes les choses nécessaires aux premiers secours. Les précautions ont été prises avec tant de soin, qu'au pied droit de chaque cadavre est attaché le cordon d'une sonnette qui répond dans la chambre du gardien ; de telle sorte qu'au moindre mouvement du corps les secours arrivent promptement aux ressuscites. Il y a quarante et quelques années qu'on a commencé à établir en Allemagne des maisons de ce genre, et tout ami de l'humanité doit faire des vœux pour que cet usage s'étende partout. Combien de cas, en etfet, où la mort est très-difficile à constater ! combien de fois des erreurs n'ont-elles pas été commises, qui ont dû entraîner des résultats auxquels on frémit de songer !



Le Monde à vol d'oiseau, tablettes universelles (Prime de la Gazette de la jeunesse, 1843, pp. 294-295)

jeudi 2 août 2012

La Morgue, par Georges d'Esparbès (1907)

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Pour fêter la reparution du Livre de la Mort, d'Édouard Ganche, cette chronique de Georges d'Esparbès



LA MORGUE

Désormais, l'entrée de la
Morgue est interdite aux
passants non munis d'ou-
torisation spéciale.
(Les journaux.)

Je n'y suis entré qu'une fois, non pour voir des cadavres, mais pour voir pire, pour voir les vivants qui les regardaient. Il y avait, ce jour-là. une vraie pêche monstrueuse, à croire que le diable avait dépoissonné le Styx. Toutes les dalles étaient occupées. Ce n'était pas drôle.
Cela, cependant, paraissait très drôle à mes voisins. Bizarres voisins ! Trois ou quatre ouvriers, un vieux bourgeois, une dizaine de femmes, dont la plupart étaient jeunes, quelques-unes jolies, et des enfants de huit à douze ans, qui s'étaient glissés de la rue jusqu'à cette crevasse ouverte sur l'Horrible...
Tout ce petit monde paraissait à l'aise. Le vieux monsieur regardait les cadavres, puis les jolies filles, et semblait confus de n'avoir perpétré encore la moindre plaisanterie, de quoi divertir ces couturières. Mais, en revanche, les ouvriers tenaient le succès. Très forts en argot, ils se communiquaient, avec un sérieux tragi-comique, leurs impressions sur les « macchabées » couchés sur les dalles; sur celui qui avait fait son paquet (il avait un énorme ventre ballonné) ; sur celui qui avait cassé sa pipe (le tuyau sortait de son veston) ; sur celui qui avait passé l'arme à gauche (le bras gauche était raidi en l'air), etc.. Si spirituels étaient ces ouvriers que les filles pouffaient de rire; et l'une d'elles, non la moins gracieuse, blonde comme le temps qu'il faisait, il était midi, piquait les frites dans un cornet à deux sous, avec des gestes de petite reine gourmande de pralines. Oui, ici, celle-là déjeunait !
Gustave Geffroy demande La beauté pour tous. Ne conviendrait-il pas, d'abord, de détruire la laideur pour tous, qui a ses temples ? Qu'on démolisse le laid, ensuite nous parlerons du beau. La Morgue ne fait pas penser. Elle est laide, donc elle est bête, donc elle est nuisible. Elle démoralise, parce qu'elle déforme. Chaque jour, elle jette sur une partie du peuple des ferments d'insensibilité et de cruauté. Le mal ne date pas d'hier ; s'il est secret, il n'en est pas moins douloureux ; â n'en est que plus redoutable. La petite blonde qui mangeait ses frites en contemplant les morts, et ses compagnes, et celles qui sont venues, et celles qui viendront, et les enfants, les yeux naïfs et les bouches fraîches, que penser de leur âme? Que dire de leurs baisers ? Toi, la modiste, on retirera ton frère, comme celui-ci, de la Seine; toi, garçonnet, ta mère se pendra, comme celle-ci, de désespoir. Et tous, en voyant chacun votre mort, vous vous rappellerez l'effroyable, la ridicule grimace que faisait l'autre, celui de la Morgue; et vous en aurez la mémoire tellement obsédée, à ce moment, que vous éclaterez tous d'un rire aigu... Et ainsi La Morgue aura sa morale. Car toutes les choses, quand elles le veulent, en ont une.
Qu'on lave donc bien vite la Cité, qu'on déplace la Morgue. Isolée en un coin de banlieue, elle ne tentera plus les nerfs de personne et son enchantement malsain cessera. Nous n'y verrons plus, comme aujourd'hui, ces puces humaines, ces petits vampires du faisandé qui 'l'encombrent du matin au soir. Là est une oeuvre à faire, une forte et bonne oeuvre. Car, sous ce hangar sinistre, on enseigne le plus laid mensonge: que la mort est grotesque, quand la mort n'est que pitoyable. Là, on ne la plaint pas, on ne la respecte pas, on l'insulte; on piétine la Torche renversée. Et qui ? Quelques niais curieux, mais aussi et surtout des jeunes filles, et, ce qui est plus grave, des enfants !
Quand la bicoque sera démolie, les projets ne manqueront pas pour embellir ce coin merveilleux. D'une brochure du peintre-écrivain Robida : l'Ile de Lutèce, je cueille ceci, qui fera, sans doute, méditer plus d'un architecte.
Ce chevet de Notre-Dame débarrassé de la Morgue, cette terrasse reconquise n'appelle-t-elle pas un monument qui symboliserait, en quelque grande œuvre de sculpture, le rôle de la Cité dans l'histoire et rappellerait que, si la France existe, cette petite île, miette de terre au fil de la Seine, fut le noyau autour duquel la France se construisit la première assise de l'édifice immense élevé lentement, au cours de longs siècles, par le labeur et le courage de cent générations ? Un monument ici à la vieille France, en même temps qu'il serait un hommage aux ancêtres, consacrerait ce coin du sol de la Cité, château d'arrière de la nef gothique.
Fermons les yeux et voyons s'élever, sur ce soubassement magnifique qui partage la Seine en deux flots, la masse blanche et robuste d'un monument au génie et à l'héroïsme français, signé Charles Girault, par exemple, puisque ce nom est des plus glorieux de l'architecture.
Cet édifice serait notre vrai Panthéon, une sorte de Westminster français. Là, le génie ne serait plus en cave, la lumière des âmes vivrait dans la lumière des pierres, et les araignées ne tendraient plus leurs toiles, comme rue Soufflot, sur les cendres de nos grands hommes.
Mais, pour que ces choses claires s'accomplissent, il faudrait, je le répète et ne me lasserai jamais de le répéter, dépourrir Paris de sa Morgue. Cette sale baraque, où les noyés se couvrent de barbe en vingt-quatre heures, déshonore publiquement tout le vieux Paris historique. On dirait que le démon de la perversité — sosie, pour un jour, du baron Haussmann — édifia la Morgue dans le site le plus joli, posa ce crapaud crevé sur la terrasse la plus gracieuse de Lutèce. A l'endroit précis où les flots, arrivant des vermeilles Champagne et Bourgogne, se séparent en deux bras frais comme pour enlacer et baiser l'antique ville, ce Mouroir de la misère, cette hideuse Morgue apparaît... Les eaux qui l'ont embrassée par force s'enfuient de dégoût. Pas de canotiers de ce côté-là. En revanche, la légion entière des photographes de Notre-Dame. Mais, la encore, elle va faire des siennes. Voyez, elle obstrue, de sa vanité crapuleuse, le charmant dessin de l'abside. Photographes, ai-je tort? Montrez vos albums! Vous ne vouliez pas de la Morgue; elle est plus roublarde que vous. Aucune photo ne peut être prise de Notre-Dame, en cet endroit, sans que la Morgue ne s'y écrase, comme un paquet de boue, au pied d'un entre-croisement de lis. Cette masure aux asticots est là, tout à plat, au premier plan, trapue et infecte, et elle se croit intéressante, l'imbécile, et peut-être se croit-elle jolie.
— Vous voulez ce côté de Notre-Dame, les artistes ? Eh bien ! vous m'aurez avec ! Vous voulez ce chef-d'œuvre ? Vous aurez le chef-d'œuvre, mais vous emporterez aussi l'emplâtre !
Ah! que le tonnerre te brûle, Morgue, quand tes employés seront sortis !...

Georges d'Esparbès.



Illustration du billet : Détail de la morgue en 1845 (dessins d'après une peinture de Carré)
MorgueParis.jpg L'ancienne morgue parisienne, à l’extrémité est de l'île de la Cité, détruite.

mardi 29 décembre 2009

Ils sont trop ! (Jean Dayros)

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Découverte grâce à Gallica et signalée par Elo Quill (?), cette chronique du fameux Jean Dayros reprise de La Presse, où le dit homme de plume signa quelques papiers aux alentours de 1897-1898 dans la rubrique “Le Boulevard”.
Le présent apport est une perle d’humour noir. Il a été recopié, sur Gallica donc, de la livraison du 24 octobre 1897 (p. 3) et nous permet d’annoncer, entre deux pixels, la prochaine parution d’un Dictionnaire de la mort à l’enseigne des établissements Larousse. Au printemps, apparemment.

Nous n’oublions pas, évidemment, de renvoyer à La véritable identité de Jean Dayros (par Patrick Ramseyer) et aux notables travaux d’Henri Bordillon à l’enseigne de l’Oeil Bleu.

Joyeuses fêtes à tous !


Le Préfet maritime




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mercredi 16 septembre 2009

Pétition pour un Service Public : L'Hôpital

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Nous interrompons nos programmes pour vous faire part d’un mouvement populaire important :


Pour que les médecins et les infirmières n’en soient pas réduits à se suicider sous la cravache de petits gestionnaires merdiques,
Pour que nous n’ayons pas à crever comme des chiens, faute de soins décents,
Pour sauver ce qui peut l’être d’un service public financé par nos aïeux et par nous-mêmes, pour nos prochains,
Pour être enfin reçus par un personnel sympathique et souriant (?), soucieux de l’être humain autant que du beau cas qu’il représente,

SIGNEZ ICI : Pétition pour l’hôpital public
Ayez le bon sens de vous protéger, ainsi que les vôtres. Ca urge !


Extraits : « La loi HPST dite loi Bachelot a supprimé l’appellation de « Service Public Hospitalier ». Elle ne parle plus que d’ « Etablissement de Santé ». Elle cherche à transformer l’hôpital public en entreprise. Pour être rentable l’hôpital devra sélectionner les pathologies et les patients, et diminuer le nombre de personnels : moins d’infirmières, moins d’aides soignantes, moins de médecins, moins de secrétaires, moins d’assistantes sociales. Il est prévu se supprimer 20 000 emplois dans l’ensemble des hôpitaux. »



Merci de signer vous-même cette pétition et de la faire suivre à tout votre carnet d’adresse.

L’objectif du Mouvement de Défense de l’Hôpital public : dépasser le million de signature avant la fin de la semaine prochaine.
Merci à tous

mardi 15 septembre 2009

Charles Dickens, badeau à malices

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Des chroniques inédites de Charles Dickens, n'est-ce pas une réjouissante opportunité ?
Fruit des articles que l'écrivain publiait dans les années 1860 dans les pages de son journal, All the year round, sous le pseudonyme narquois du "Voyageur sans commerce", il y établissait sa chronique, parfois étonnante.

Les grands vents de ces derniers jours m'ont entraîné en différents endroits — et, en vérité, qu'il y ait du vent ou non, j'ai toujours, de manière générale, de nombreuses activités en rapport avec l'air.

Choisis par le libraire et écrivain Jean-Pierre Ohl, les textes publiés ici pour la première fois en français donnent une image plus qu'émouvante de Dickens, et une belle idée de son talent d'observateur. Déambulant à Londres, en Angleterre, dans les Alpes, il rapporte des faits originaux, qu'il tisse en larges couronnes d'images plus stupéfiantes les unes que les autres, d'expériences singulières. On pouvait ignorer jusqu'ici son insomnie qui le conduit à arpenter les rues jusqu'à l'aube à la recherche des rares lieux encore vivants, sinon éclairés et cette attirance si forte qu'il éprouve pour les lieux de mort (la morgue parisienne, notamment). Analyste des moeurs, de l'Homme, on se régale de son observation la plus clinique, celle qui concerne une étrange maladie sociale, que nous avons peut-être tous cotoyée sans y prendre garde, la Pourriture sèche :

C'est une maladie bien curieuse que cette Pourriture Sèche chez l'homme, et difficile à détecter à ses débuts. Elle avait conduit Horace Kinch dans les murs de la vieille prison de King's Bench, et l'en avait fait sortir les pieds devant. C'était un homme agréable à regarder, dans la fleur de l'âge, fortuné, avec l'intelligence dont il avait besoin, et très apprécié de ses nombreux amis. Il avait une femme qui lui était bien assortie, et des enfants en bonne santé et mignons. Mais, comme il arrive parfois aux belles maisons ou aux beaux bateaux, il fut atteint de Pourriture Sèche. La première manifestation de la Pourriture Sèche chez l'homme est une tendance à traîner à l'abri des regards, à se trouver à des angles de rue sans raison intelligible, à errer sans but quand on le rencontre, à être en plusieurs endroits plutôt qu'en un, à ne rien faire de concret, mais avoir l'intention d'accomplir une multitude d'actions concrètes le lendemain ou le surlendemain. Lorsqu'il constate cette manifestation de la maladie, l'observateur la relie généralement à une vague impression, déjà ancienne ou récente, que le patient avait une vie un peu trop difficile. Il aura à peine eu le temps d'y penser et d'émettre le terrible soupçon de "Pourriture Sèche", qu'il remarquera une dégradation dans l'apparence du patient : un certain manque de soins, une sorte de détérioration, dus ni à la pauvreté, ni à la saleté, ni à l'alcool, ni à la mauvaise santé, mais simplement à la Pourriture Sèche. A ceci succède une odeur comme de fortes eaux, le matin ; ensuite un certain laxisme quant à l'argent ; puis une odeur plus forte comme d'eaux très fortes, tout le temps ; et encore un certain laxisme envers toutes choses ; enfin, un tremblement des membres, une somnolence, une tristesse et un effondrement en miettes.



Voici donc un pan documentaire de l'oeuvre de Charles Dickens, il est passionnant. Le livre paraît aujourd'hui.


Charles Dickens Le Voyageur sans commerce. Traduction de Catherine Delavallade. Préface de Jean-Pierre Ohl. Illustrations de David Prudhomme — L’Arbre vengeur, 224 pages, 13 euros. Parution le 15 septembre 2009

samedi 20 juin 2009

Morgues et catacombes

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La saison est propice aux évocations d'automne. Et dans sa course lente vers le jour des morts, l'automne favorise les idées macabres.
Voilà pourquoi nous vient à l'esprit que le mois de septembre sera consacré aux macchabées.

Sous la plume de William T. Vollmann, d'une part, de Charles Dickens, de l'autre, dans des exercices aussi démonstratifs l'un que l'autre.
Honneur à l'Ancien : Charles Dickens usa de l'identité du Voyageur sans commerce pour chroniquer sans répit — il était notoirement hyperactif de la plume. Il passa donc par Paris, visita sa morgue, et, à Londres même, se soucia des cadavres. Inédit en français, ces articles rassemblés et limpidement présentés par Jean-Pierre Ohl seront bientôt enfin lisibles. Et à un prix dérisoire : c'est tout le charme des livres de l'Arbre vengeur qui ont le rapport qualité-prix le plus exceptionnel de l'Hexagone. Je vous assure qu'on n'a pas fini d'en parler !

De son côté, Vollmann, notre contemporain, a déraisonné nettement en rédigeant les sept (7) volumes du Livre des violences dont Tristram nous donnera en septembre la version synthétique en un volume. Entre autres chemins de mort, Vollmann a traîné ses guêtres du côté des catacombes de la place Denfert-Rochereau, à Paris. Il a trouvé que l'odeur y était spécifique...

Et tous ça ne nous dit pas quand paraîtra le Dictionnaire de la mort annoncé par la collection "Bouquins" en remplacement de l'épuisé et succinct dictionnaire de Robert Sabatier...

Amis des ossuaires, à vos brosses !


Charles Dickens Le Voyageur sans commerce. Traduction de Caroline Delavallade. Préface de Jean-Pierre Ohl. Illustrations de David Prudhomme — L'Arbre vengeur, 224 pages, 13 euros. Parution le 15 septembre 2009

William T. Vollmann Le Livre des violences. Traduction de Jean-Paul Mourlon. — Tristram, 960 pages, 35 euros. Parution le 10 septembre 2009