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lundi 15 mai 2017

Visite à Marcelle Tinayre, par Mireille Havet

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Visite à Marcelle Tinayre

Mme Marcelle Tinayre vient de nous donner un bien beau livre, cette "Priscille Severac" d'apparence ingrate et austère et. qui cependant, dès sa publication à La Revue de Paris avait obtenu un grand succès.
C'est l'histoire d'une servante qui cherche à travers le inonde un nouveau .sauveur. Mme Marcelle a connu cette fois son héroïne et n'a fait que transposer des faits véridiques. mais son talent, plus là peut-être que dans ses derniers livres, donne à ce récit un charme et une si grande mélancolie, quo l'on abandonne à regret sa lecture mystérieusement terminée sur une méprise de Priscille, et qui nous entraînait aussi loin dans le domaine des rêves, des ressemblances et de la poésie qu'une histoire dite" d'amour », car elle en est une, tout de même.
Mme Marcelle Tinayre habile une vieille maison. rue de Lille ; le goût du passé et plus que tout celui de la France apparaît dans la grâce de l'ameublement. où ses dorures des cadres et celle des fauteuils se répondent aux lumières tamisées des lampes, dans cette froide journée d'hiver où Mme Tinayre revient, pour quelques heures de la campagne. Mme Tinayre parle d'une voix douce, elle est extrêmement accueillante, cependant sa douceur ne trompe pas. On la sent d'une grande indépendance et toute son œuvre en témoigne.
Je n'ai jamais fait, partie d'aucun groupe littéraire, me dit-elle. A 23 ans j'ai écrit "Avant l'amour", livre qui me fit prendre pour un jeune homme. le n'ai jamais cessé de m'instruire et mes lectures préférées sont les mémoires. Cependant, je n'aime pas dans les romans actuels la forme autobiographique. Tout Je monde en disant « je » peut écrire un beau livre du moment que l'on est absolument sincère, mais ce n'est qu'au second et au troisième volume que l'on peut juger. Il ne suffit pas d'être poète pour bien écrire un roman, ni même de dire la vérité, il ne suffit pas non plus d écrire des choses obscènes. il faut pouvoir parler de tout. Une œuvre variée. voilà ce que je désire.
- Quel est votre livre préféré, Madame ? "La Maison du Péché" ?
Cela dépend des jours, souvent "La Maison du Péché" ; sans douté à cause du conflit religieux frappa-t-elle également le public. On néglige trop maintenant les questions profondes, et c'est pourquoi l'inattendu succès de Priscille me fait plaisir. Le public, par cette préférence qu'il marque soudain à ce livre, ne réagit-il pas contre la multitude des romans bas pour lesquels on fait tant de réclame ? Au fond, pourquoi une illuminée ne serait-elle pas aussi intéressante qu'une fille ou un assassin ?
- Et les femmes de lettres, Madame ?
- Certes les femmes ont du talent, mais pourquoi toujours les comparer entre elles ? On nous laisse dans notre cage aux singes ensemble et c'est une manière de nous prouver qu'on ne met pas notre talent à la hauteur de celui des hommes. Cela, Mademoiselle, c'est une injustice.
Et je dois laisser Mme Tinayre qui repart pour la campagne où elle se repose du succès de Priscille, loin de la foule, au bord de l'Oise. Elle n'a pas voulu me dire ce que serait son prochain livre : sans doute bien différent de celui-ci, puisque Mme Tinayre ne se soucie pas de se raconter elle-même, ni d'adopter une formule comme tant d'auteurs. Elle ne se fie, tel le grand Balzac, qu'à la diversité même de la vie et à son talent qui sont reliés comme une chaîne secrète, mais d'or pur, son oeuvre infiniment variée.

Mireille Havet


Les Nouvelles littéraires, 23 décembre 1922.


Et, prochainement, sur l'Alamblog, La révolte d'Eve : chroniques et autres textes, de Marcelle Tinayre. textes réunis par Alain Quella-Villéger, avec une préface de France Grenaudier-Klijn (Des Femmes, 2017, 251 p., 16 €)

jeudi 1 décembre 2011

Héroïne et cocaïne sont les mamelles de la nuit

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Les éditions Claire Paulhan poursuivent la publication du journal de Mireille Havet (1898-1932), cette écrivain brûlée aux cent feux de la vie parisienne, l'une des plus importantes redécouvertes des vingt dernières années, disparue dans sa trentaine, vaincue par la tuberculose.

Rappel des faits : en 2003 paraissait le journal 1918-1919, Le monde entier vous tire par le milieu du ventre, puis vinrent sous de très belles couvertures typographiques les volumes des années
1919-1924, Aller droit à l'enfer, par le chemin même qui le fait oublier (2005) ;
1924-1927, C'était l'enfer et ses flammes et ses entailles (2008)
1927-1928 Héroïne, cocaïne ! La nuit s'avance... (2010).

En attendant la suite, c'est-à-dire le Journal 1929, ainsi que le Journal de jeunesse (1913-1918), le premier volume a reparu dans une édition augmentée de quarante-huit pages, de vingt-huit photographies et de fac-similés.

Mireille Havet Le Monde entier vous tire par le milieu du ventre. Nouvelle édition. — Paris, Claire Paulhan, 2010, 24 €
— "Héroïne, Cocaïne, la nuit s'avance...". — Paris, Claire Paulhan, 2010, 352 pages, 35 €
On peut également se fournir auprès de la librairie Lekti !