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samedi 31 décembre 2016

En 2017, on va en parler

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L'an prochain... on va en parler...


Illustration du billet : anonyme, dessin issu du livre de Maurice Wullens (1894-1945)Paris, Moscou, Tiflis. Notes et souvenirs d'un voyage à travers la Russie soviétique. Préface de Henri Guilbeaux. - Paris, Les Humbles, 1927, 227 p.



dimanche 5 juillet 2009

Marcel Millet préface Invectives (1924)

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Préface

Les hommes d’aujourd’hui sont loin de moi. Je sais que monte une génération féroce, que la leçon de la guerre ignoble fut inutile, je sais que personne ne comprend personne et que tout est bien mort des rêves de l’âge héroïque.
Mais la vie court sous les ruines, mais la vie proteste et de jeunes hommes clament leurs rebellions et leur besoin d’action et leur amour.
Il faut tuer des rêves et magnifier la vie, dans la chaleur du sang et la force des muscles. Vivre, mépriser les écoles, chapelles, cénacles, ismes et isies, cracher sur les châtrés, vivre en révolte, défi !
Charles Rochat, je ne crois pas à l’utilité des préfaces et je suis vieux déjà, parce que des doutes et la maladie et d’anciens voyages pèsent sur mes épaules. Mais il fait clair en vous mon ami, il doit faire très clair dans une belle âme d’homme, et vous venez à moi pour la fière affection. Merci et salut !
Je vous tends des mains fraternelles. Nous avons les mêmes haines, mais nous avons la bonne revanche et nous admirons, ensemble, un grand Théo Varlet, dites, et nous avons ces hommes sûrs, le solide Maurice Wullens, et Donce-Brisy,et Lucien Jacques, Paul Myrriam, ces loyaux, - oh ! la liste n’est pas longue.
Vous demandez pardon pour ces poèmes criés, crispés, ces chants maudits ? Mais vous exhalez là de justes colères, vous stigmatisez et votre oeuvre est féconde. Il faut haïr et dire ainsi : Crève ! à cette vieille gouge Civilisation.
Les christ lassés des Golgothas, les christs se vengent ! Croire à des justices ? mais vos vers vibrent, vos vers saignent. Les vieux hommes murmuraient: prie ! et vous aviez déjà trouvé Dieu dans un brin d’herbe. Soyez toujours vous-même. Soyez fort !
Et peu vous importera l’honnête Madame Truc, son mari, tel fantoche ? On en rira, le rire venge. Mon camarade nous ne sommes pas de la race des gavés, et j’ai bien reconnu ta voix, ta belle voix de poète et d’amant ! Il y a la pitié, il y a la vraie patrie, celle qu’on porte en soi. Les contrées défilent, la terre est petite, voyageur, mais il y a l’orgueil de soi, le don de soi, et la seule gloire d’une conscience nette.
Les mains propres, compagnon ! Oui nous, sommes contre les guerres, les uniformes, les sacristies. Chants sur la cime, paysages sentis, ces Invectives, l’oeuvre est fervente, l’âme est claire.
Hardi camarade, voilà de la saine besogne. Vouloir, affirmer la vie, l’illusion de la liberté !
Au diable les règles, formules, théories, et les cheveux coupés en quatre… Le vers est libre comme l’esprit vigou- reux qui l’anime, le vers est joie, libération !
Et bonne chance au petit livre de Charles Rochat, frère en Walt Whitman !

Marcel MILLET

Cannes, janvier 1924


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Charles Rochat Invectives, poèmes, avec une préface de Marcel Millet, un portrait de l’auteur et un lino gravés par Lempereur-Haut. Les Humbles, revue littéraires des Primaires. Quatrième cahier de la neuvième série (imp. La Laborieuse, Orléans), avril 1924, 32 pages.

Bibliographie de Charles Rochat
L’Amour mutilé (Paris, 1921)
Chants sur la Cime (Bibliologia, 1923)
Haute Gloire (Mercure de Flandre, 1926)