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mercredi 19 mars 2014

Ange Bastiani, Georges Arnaud et les chauds lapins...

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Tandis que Le Bréviaire du crime d'Ange Bastiani, Prix Forneret de l'Humour Noir 1968 rappelons-le, défrise à nouveau les lecteurs équipé qu'il est désormais d'une préface de Florian Vigneron et des dessins d'Alfred, la lecture d'un curieux petit roman de l'année 1967 donnera quelque lumière au phénomène Bohème dans les années 1950-1960.
Du côté du Flore, tandis que Situ et autres godelureaux fomentaient et picolaient, un certain Cyril imaginé par Roger de Mervelec courait les filles et publiait des livres avec son peintre de copain Maurice.
Les Lapins du Flore, roman de la firme La Jeune Parque narrait en 1967 les hauts-faits de ces jeunes gens tantôt en vespa, tantôt en voiture et souvent au bar. Un bandeau explicite (pour les neuneus ?) fut même apposé sur la couverture de l'opus : "Les chauds lapins des années 1950". Ce qu'il ne dit pas, c'est que traversaient ses pages Boris Vian, Ange Bastiani ou Georges Arnaud.

Rentré de Toulon après de confortables vacances dans le giron maternel, Ange Bastiani corrigeait les épreuves de "La croque au sel", un délicieux roman écrit sous son pseudonyme de Maurice Raphaël. Pour son lancement, il projetait de lâcher un millier de matous sur Saint-Germain-des-Près, à la manière d'un lâcher de pigeons dans une fête artésienne.

N'en dévoilons pas plus.
Encore mal connu, le parcours de Roger de Mervelec, fameux lapin lui-même, brilla dans la musique et disque plus que dans l'édition : producteur et animateur de l'émission Jazz dans la nuit sur France 1, il fut l'organisateur du notoire Premier festival international de rock au Palais des sports de Paris le 24 février 1961 avec Little Tony, Emile Ford & The Checkmates, Les Chaussettes noires, Frankie Jordan, Bobby Rydell et Johnny Hallyday. Il paraît que cette manifestation lança le Rock'n'Roll en France. Même si les fauteuils ont valsé, il y a parfois loin de la coupe de cheveux à la musique.
De Mervelec publia encore - mais est-ce bien lui ? - un roman chez Horvath en 1994 : La Meunière d'Arras, roman historique sur un épisode historique de la guerre de trente ans dans les Flandres... Mais on est tout d'un coup très loin de la rue du Dragon.

"Quand le Destin vous choisit pour victime, il fignole..." (Georges Arnaud)




Roger de Mervelec Les Lapins du Flore. - Paris, La Jeune Parque, 1967, 214 pages.

Ange Bastiani Le Bréviaire du crime. - Talence, L'Arbre vengeur. Préface de Florian Vigneron Illustrations d'Alfred 448 pages, 23 €
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samedi 14 septembre 2013

Plein phare sur les éditions du Scorpion

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Les éditions Finitude, qui viennent de produire un volume de nouvelles de Jean Forton plutôt replet, ont publié au début de l'été un numéro de leur revue Capharnaüm consacré au bref parcours des Éditions du Scorpion, fameuse maison de réputation soufrée aux couvertures rouge et noir dessinée par le peintre Jean Cluseau-Lanauve (1914-1997), qui publia outre Boris Vian en sa version english, Raymond Guérin et Hyvernaud et Maurice Raphaël, etc.
Avec le concours de Guy Durliat et François Darnaudet, qui ont étudié la question et accumulé les traces, la revue imprimée sur beau papier, comme d'habitude, fournit en outre ici une bibliographie aussi complète que possible et une correspondance inédite entre Raymond Guérin et Jean d'Halluin, le feu follet germanopratin qui présida avec son frère Georges aux destinées de la maison d'édition et à sa succursale "rabattante" qui apportait de la trésorerie en produisant du compte d'auteur.
Car question comptabilité, Jean d'Halluin, qui était par ailleurs équipé d'un grand flair littéraire (comme le montre bien la correspondance avec Guérin qui lui sert de rabatteur), ne travaillait jamais sans sa cafouilleuse à répétition : chiffres de tirage traviollesques, dates d'achevé d'imprimer non modifiées entre les tirages, tirages de tête sur grand papier en balade, etc. Les auteurs se mordaient parfois les doigts, et, comme Guérin, n'y allaient pas toujours par quatre chemin pour rompre leur contrat. Nul besoin d'épiloguer : les romans à vocation scandaleuse et la mauvaise réputation - sur laquelle il faut bien compter parfois - sont ce qui reste de plus frais dans les esprit, ainsi que le souvenir de procès et de la censure lancée contre des romans lestes ou sombres. Aussi, peut-être, le souvenir du Prix du Tabou, qui était réservé ostensiblement aux auteurs des éditions du Scorpion. Sauf qu'il faudrait prendre garde de ne pas méjuger le catalogue du Scorpion : il comprend quelques ouvrages essentiels du temps. Comme Julliard, Minuit et Denoël, les éditions du Scorpion ont sorti plusieurs ouvrages essentiels des années 1950.
A redécouvrir.


Capharnaum, n° 4
Printemps 2013
120 pages, 15,50 euros