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Mot-clé - Maurice Level

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mercredi 21 juin 2017

High Level

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Les amateurs d'effroi vont se lécher les babines, ou se ronger les ongles...
Dans un grand mouvement, paraissent à la fois le premier volume de « Bibliothèque Maurice Level » voulu par Jean-Luc Buard et un volume de la collection "Terreurs anciennes" des éditions La Clef d'argent établi par Philippe Gontier et enrichi d'une bibliographie par le même levelolâtre Buard
Pour situer le personnage de Maurice Level (1875-1926), il faut indiquer qu'il appartient à l'ère de la presse claironnante. Les quotidiens sont pléthoriques, leurs paginations robustes, leurs colonnes larges. Il faut du monde pour remplir une édition et, tandis qu'au XIXe siècle on s'ingéniait à cultiver l'art de la brève et du micro-texte à tendance humoristique ou mondain, il s'agit désormais de remplir des pages utilement car le lectorat est devenu plus exigeant. Il attend de l'information et de la page étonnante.
En matière d'étonnement, Maurice Level, pilier du théâtre de Grand Guignol n'est pas un enfant de chœur ignorant les ficelles du métier. Et il se trouve qu'il est le cousin de Marcel Schwob, ce qui ne gâte rien. Bien intégré au milieu littéraire, il mène une activité particulièrement efficace qui sut finalement accrocher l'intérêt de Lovecraft, précieux gage. Sa mort en 1926 pousse son œuvre à la désuétude, et pour plusieurs raisons. D'abord parce que le genre du "conte" va peu à peu quitter les pages des journaux, de plus en plus avides de reportages et de chroniques "vécues", puis parce que la IIe Guerre mondiale passée, la science-fiction et le roman noir vont occuper tout l'espace. Le conte ou la nouvelle ont vécu leur âge d'or, les récits effrayants trouvent avec le cinéma des monstres et des tueurs autrement plus inquiétants.
Il n'en reste pas moins qu'il était frustrant de ne pouvoir trouver aucun livre de Maurice Level en libraire. En 1977, les éditions Glénat avait donné sa Malle sanglante, suivie vingt-neuf ans plus tard, par ses Portes de l'enfer à L'Aube en 2006... C'est bien peu... Dans le nouveau recueil, sa tour de "Babel" renaissante, une chasse au tigre dirigée d'outre-tombe ou des horreurs en ballon en promenade stratosphérique prouvent que la saynète effrayante avait son charme. Dans sa brièveté même, on y trouvait déjà ce qui attire dans certaines séries télévisées, après avoir produit de très beaux recueils de nouvelles durant le premier XXe siècle.
Pour s'arracher les cheveux et se manger les doigts, allez donc voir Level, il est au niveau.



Maurice Level La Peur et autres contes cruels, fantastiques et terrifiants . Edition établie par Philippe Gontier, bibliographie de Jean-Luc Buard. - Les Aventuriers de l'Art Perdu / La Clef d'Argent,, 2017, 119 pages, 9 €

Maurice Level Contes du Matin, 1921-1924. Edition, préface, documents et bibliographie par Jean-Luc Buard, impression à la demande Lulu.com, 2017. Il s'agit de l'édition complète des 164 contes publiés dans la rubrique "Les Mille et un Matins" du quotidien Le Matin, sous la direction littéraire de Colette, à partir de 1921.

Maurice Level et Guy de Maupassant L'Ombre, texte du feuilleton du Journal, 1921, suivi de Apparition, par Guy de Maupassant, nouvelle édition avec postface et documents réunis par Jean-Luc Buard, impression à la demande par Lulu.com, 2017.

mardi 12 novembre 2013

La Guerre n'a pas eu de poète... (Victor Snell)

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La guerre n'a pas eu de poète
Elle a révélé des prosateurs

On attendait de la guerre un poète, et elle ne nous en a pas donné. Les niaises acrobaties de M. Edmond Rostand ont semblé pénibles à ceux-là mêmes qui eussent voulu leur être le plus indulgent, et c'est une preuve du néant de la poésie guerrière qu'on ait songé à l'intégrer dans ces pauvretés juxtaposées aux gongorismes de M. Jean Richepin. Sans doute, si la censure disparaît un jour et, avec elle, l'hypocrisie qui règne encore dans les journaux et les revues, sans doute, il faudra bien qu'on parle des beaux poèmes de Marcel Martinet et de ces chants jaillis du cœur qui n'ont pu être imprimés qu'à l'étranger. mais, pour l'instant, force est bien de constater l'insignifiance de la production poétique qui porte le poids de s'être faite officielle et la honte d'avoir été mercantile.
Il n'en est pas de même dans le compartiment prose et roman. Et, peu à peu, en ajoutant un livre « très bien » à un autre livre « très bien », on s'aperçoit qu'il est encore relativement facile de mettre bout à bout une dizaine de titres d'ouvrages de premier ordre, encore que de genres différents, et qu'on peut lire sans rougir de honte ou étouffer de colère.
A côté d'œuvres qui priment toutes les autres comme le Feu, la partie centrale de Clarté et les magnifiques Croix-de-Bois, de Roland Dorgelès, n'y a-t-il pas l'âpre et implacable Clavel soldat, de Léon Werth, trop polémiste peut-être, mais si justement indigné de l'absence ou de l'impuissance de la politique populaire ? N'y a-t-il pas le sarcastique Sacrifice d'Abraham, de Raymond Lefebvre ? la Semaine de vie heureuse, publiée en volume sous le titre beaucoup moins bon de Une permission de détente, de P(aul) Vaillant-Couturier ? la Guerre des soldats, qui réunit sur sa couverture les noms de ces deux jeunes écrivains ? Et le très pathétique Nous autres à Vauquois, d'André Pézard ? Et encore cette gageure littéraire Lectures pour une ombre, de Jean Giraudoux ?
Qu'on cite encore Ma Pièce, de Paul Lintier, prototype du témoignage » de guerre, et aussi La Retraite, d’Émile Zavie, et Jean Darboise, aussi, de Marcel Berger (qu'un rond de-cuir de l'arrière fit punir disciplinairement pour avoir dit la vérité) et, dans le genre ironique, Vivre pour la Patrie, de Maurice Level, Les Vieux Bergers, de Jean-José Frappa et le Guerrier posthume, d'André Birabeau. et on devra bien reconnaître que, sur des modes différents, la guerre a pu être l'occasion de productions non négligeables.
Quelle sera leur influence sur la littérature de tout à l'heure, on ne se risquera pas à le prophétiser ici. Mais elles semblent bien préparer une période qui réduira à son minimum d'importance la chose guerrière et exaltera l'idéalisme et l' « utopie » de fraternité internationale. La guerre de 70 avait créé — et c'était naturel — une littérature de pleurnicherie dont bien vite on s'était affranchi sous l'impulsion naturaliste. Peut-être les Allemands vont-ils, pour se consoler, tomber dans ce travers. Mais il est plus probable qu'ils cherchent au contraire un dérivatif et une compensation dans une idéalisation générale et généreuse, en opposition au réalisme brutal de leurs militaristes et des nôtres : car il est manifeste; certain, inéluctable, que nous aurons les nôtres. Dans ce cas, la pensée française et la jeune littérature, née de la guerre contre la guerre, recevront de ce côté une impulsion et bénéficieront d'une consécration dont on ne peut, à l'avance, que se féliciter.


Victor Snell

Floréal, août 1919, numéro-programme, p. (8).

mardi 26 juin 2007

Le Codex du solstice


Tandis que nous nous prélassions, tantôt lézardement tantôt crapaudement, au Marché de la poésie face aux badauds badaudants, comme chaque année, ou presque, le solstice d’été voyait paraître un nouveau numéro de notre anthologie fantastique préférée : le Codex Atlanticus, qui fête dignement ses vingt années d’existence. Réjouissons-nous avec lui et saluons sa remarquable activité.

Puisque vous êtes pressé, internautesses, internauteurs, voici badaboum le sommaire de ce numéro 16 délectable :

Sous la voûte (Philippe Gontier)
La Photographie (Maurice Level, 1906)
Dans la galette (Timothée Rey)
Le Cagibi (Jean-Jacques Nuel)
La Boîte (Santiago Eximeno)
Le Parfum de la clef (Kevan Stevens)
Marée (Sylvie Huguet)
Scooter (Alain Kewes)
La Jambe (Charles Asselineau, 1856)
Citrouille cou coupé (Léonor Lara).
Avec des illustrations de Daria Bianchi, Ferrán Clavero, Philippe Gontier et Dominique Laronde.

Tout ça pour 10 euros franco, partout dans le monde, même aux antipodes, c’est-à-dire sur notre île par exemple.
Plus d’informations sur le site de La Clef d’argent, l’entité éditrice, qui attend toujours de nous quelque billet sur Clark Ashton Smith… Billet qui ne saurait se faire attendre plus longtemps, nous en sommes bien conscient. Et honteux.

En prime, ce beau portrait de Charles Asselineau, pêché où vous savez.