L'Alamblog

Accueil | Contre-feux, revue littéraire | Les espaces de l'édition indépendante

Mot-clé - Mark Twain

Fil des billets - Fil des commentaires

mercredi 20 décembre 2017

Actes Sud invente ses inédits

TerreTwain.jpg


Figurez-vous qu'Actes Sud invente désormais ses "Textes inédits" à volonté, en claquant des doigts.
Paraîtra le 3 janvier "Cette maudite race humaine" de Mark Twain, un simple petit fragment des Lettres de la terre du moustachu que l'éditeur de la collection "Un endroit où aller" fait mine de ne pas connaître dans sa version française, allongé de deux ou trois bricolettes, des articulets péchés ici ou là dans la "Bible" des miscellanées. D'où le "Texte inédit" qui illumine la couverture inconsidérément : il n'y pas d'oeuvre singulière mais une adjonction inepte de fonds de tiroir autour de la belle pièce diabolique. (Mais, on le devine, c'est très, très vilain de prendre ses confrères pour des billes. C'est valable aussi pour les traducteurs qui pourraient respecter leurs collègues, et valable aussi, en général, pour tout bibliopole qui pourrait se satisfaire de respecter le lecteur.)
Pour se dédouaner du subterfuge, Actes Sud fait toute sa promotion en prétendant ne connaître que Letters from the Earth. Une fois encore, la cuistrerie est salée (1). Et puis c'est faire montre d'incompétence professionnelle car en tapotant avec ses petits doigts boudinés Actes Sud aurait pu constater que ce livre a été publié par les éditions L'Oeil d'or.
Mais la formation des éditeurs se perd, la preuve, certains finissent ministres : deviner que "Letters from the Earth" a été traduit auparavant par "Lettres de la Terre", hein, quelle épineuse énigme...
Pour compléter le tableau, une préface de Nancy Huston, la célèbre humaniste, vient aggraver le tout (cinq pages intitulées "Twain comète"). Passons.

On ajoutera que le texte principal n'est donc pas du tout inédit en français et que la traduction des nommés Isis von Plato et Jorn Cambreleng n'est pas révolutionnaire. Ajouter deux bricoles autour pour faire plus épais ne guérit rien, en particulier à cause de la faible épaisseur du volume final.
Pour finir, si l'on compare les prix (9,50 € pour le fragment incomplet chez Actes Sud), l'édition de L'Oeil d'or, parfaitement traduite par Freddy Michalsky sous une couverture griffée Sarah D'Hayer, revient beaucoup moins cher. Et elle est complète.
En prime, vous évitez la préface de Nancy "comète" Huston.




Mark Twain Lettres de la Terre. Traduction de Freddy Michalsky. — Paris, L'Oeil d'or, 96 pages, 11 €



(1) Il n'est pas inintéressant que le parasitisme éditorial frappe certains auteurs dès lors qu'un éditeur de taille moyenne veut publier toutes ses oeuvres largement et dans le temps. On connaît donc ça avec Mark Twain dont l'édition systématique de l'Oeil d'or, démarrée très antérieurement, a été parasitée par le fameux Bernard H***r. (auquel, justement, l'édition Astuce Sud est dédié, comme par hasard). On pourrait citer d'autres cas. Pas celui de Malcolm de Chazal en revanche qui s'est naturellement éteint de lui-même, forcément.

mardi 24 septembre 2013

Minos à la manœuvre

arton2150-09878.jpg



La collection de poche des éditions La Différence se fait remarquer ces temps en produisant coup sur coup d'Eça de Quieroz à Karel Capek des classiques nécessaires qui manquaient parfois beaucoup.
Les cinq dernières parutions sont, dans le désordre, Écrit sur de l'eau de Francis de Miomandre, 202, Champs-Elysées (A Cidade e as serras) d'Eça de Queiroz, Le Pèlerin de Fernando Pessoa, Trois mille ans chez les microbes de Mark Twain et R.U.R. (Rossum’s Universal Robots) de Karel Capek.
Si elle ne fait guère place aux jeunes plumes, ce qui n'est pas son objet, la collection permet de lire cette année des oeuvres importantes et en l’occurrence plusieurs chefs-d’œuvre, posthume avec 202, Champs-Elysées, universel avec R.U.R., pages où s'inventa le robot comme on sait.
Quant à Écrit sur de l'eau de Francis de Miomandre qui vient en support du livre que lui consacre Rémi Rousselot, il paraît presque déplacé parmi cet aréopage, en visite comme la légendaire légèreté de Miomandre peut le laisser imaginer. Toutefois, cet historique deuxième prix Goncourt n'est point inutile. Outre que la grâce n'est jamais inutile, ce roman des jeunes années vient colorer de gaieté une collection après le sombre Trois mille ans chez les microbes de ce vieux farceur de Mark Twain.



Eça de Queiroz 202, Champs-Elysées, traduction du portugais, présentation et notes de Marie-Hélène Piwnik, 352 pages, 12 €
Fernando Pessoa Le Pèlerin, texte établi par Ana Maria Freitas et Teresa Rita Lopes. Traduit du portugais par Parcidio Gonçalves, 96 pages, 6 €
Mark Twain Trois mille ans chez les microbes, traduit de l’américain par Michel Waldberg, 192 pages, 10 €
Karel Capek R.U.R. Rossum’s Universal Robots, traduit du tchèque par Jan Rubes. Préface de Brigitte Munier, 224 pages, 8 €
Francis de Miomandre Ecrit sur de l'eau, préface de Remi Rousselot, 192 pages, 8 €

samedi 25 mai 2013

Conrad Aiken V Russell Banks

aikenblueV.jpg



En découvrant dans notre boîte aux lettres l'amical envoi de Joël Cornuault qui consiste en un superbe A huit heure, je serai dans le pétrin de Mark Twain (La Brèche), le sourire nous revient et la joie au coeur (le soleil qui faisait mine de s'installer avait disparu...). Sachant que Jean-Luc d'Asciano festoie à juste raison à l'occasion de la parution de Un Yankee du Connecticut à la cour du roi Arthur (L’Œil d'or), il nous vient une pensée qui ne parvient pas à s'effacer... Comment se fait-il que l'on en soit encore à publier — pas à republier ou à retraduire, mais bien à publier — l’œuvre de Mark Twain ?

En vérité la bonne question est la suivante : Qu'est-ce qui ne marche pas chez nous ?

On peut remarquer encore que l'analogie de la situation de Mark Twain et de celle de Conrad Aiken est flagrante. Conrad Aiken, s'en souvient-on, est le modèle littéraire de Malcolm Lowry, qui ne peut être certes pas être tenu pour de la petite bière.
Conrad Aiken dont la librairie française ne pourra vous servir que deux (2) volumes (si vous les commandez) :
Blue Voyage, titré Au-dessus de l’abysse en français (Gallimard, L'Imaginaire)
Un cœur pour les dieux du Mexique traduit par Michel Lebrun, excusez du peu (La Table ronde)

A titre de comparaison, on peut se procurer plusieurs dizaines d'immangeables Russell Banks, auteur souvent pâteux dont les traductions n'ont jamais établi le génie inébranlable, ou même de Paul Auster dont les livres ne trouvent plus guère grâce qu'en France, sorte d'équivalent qu'il est de Cure ou de Woody Allen en librairie, un produit exclusif pour Françouais. Quel bonheur...
Bref...
En Géorgie (E.-U.), sur le monument funéraire d'Aiken on trouve ces quatre mots gravés :

Cosmos Mariner
Destination unknown


C'est à peu près l'azimut que suit apparemment l'édition française en matière de littérature américaine.
Et encore : Droit devant !



Conrad Aiken Au-dessus de l'abysse. Traduit par Patrick Repusseau. — Paris, Gallimard, "L'Imaginaire", 476 pages, 8,10 €
Conrad Aiken Un cœur pour les dieux du Mexique. Traduction de Michel Lebrun. — Paris, La Table ronde, "La Petite Vermillon", 7,10 €

Mark Twain A huit heure, je serai dans le pétrin. Traduit par Paul Lalinde. — Vichy, La Brèche, 58 pages, 6,90 €
Mark Twain Un Yankee du Connecticut à la cour du roi Arthur. Traduit par Freddy Michalsky. — Paris, L'Œil d'or, 406 pages, 22 € (voir aussi L'Etranger mystérieux, le journal d'Adam et Journal d'Eve, L'Homme c'est quoi ?, ''Lettre de la Terre", etc.)
Sans oublier les récents gros volumes des éditions Tristram : Tom Sayer, Autobiographie, etc.

samedi 19 décembre 2009

Satan a le beau rôle...

TwainEtranger.jpg

Satan a le beau rôle ! Il était mystificateur en diable dans Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov, plutôt chafoin et revanchard dans le “Deux acteurs pour un rôle”, la nouvelle de Théophile Gautier, et puis tout simplement inquiétant, voire tout à fait détestable, le reste du temps. Ca n’est probablement pas de sa faute, Satan fascine. Parce qu’il n’est pas le moindre des anges : il est l’anar, le révolté, celui dont la liberté nous plaît. A moins de croire ces indigestes crèmes au beurre du purgatoire, du paradis et de l’enfer.

Dans L’Etranger Mystérieux, publié en 1916, l’un des tout derniers écrits de Mark Twain publié il y a un an pour la première fois en français par les éditions L’Oeil d’or, Satan est l’instrument du pessimisme intégral de l’auteur. De fait, indique l’éditeur, Mark Twain concluait là sa carrière en trois textes où il fit souffler un scepticisme noir et désarmant qui pousserait à se replier chez Thoreau ou Homère pour tenter de retrouver la sérénité ou l’envie d’agir. Fustigeant le “sens moral”, comme cache-misère des instincts naturels de l’Homme, Twain présente l’ange Satan, le propre neveu du grand déchu, visitant les hommes et tentant d’instruire quelques jeunes gens de la réalité des choses.
Bien entendu, son absence de sentiment le conduit à “aider” quelques hommes, femmes et enfants en modifiant leur destin de manière… décisive.

“Ah, hélas, si seulement on pouvait savoir ! On ne se tromperait jamais ! Alors que nous sommes tout juste de pauvres bêtes stupides qui avancent à tâtons en commettant des erreurs.”



Dans cet écrit inattendu, on découvre la face sombre d’un Mark Twain sans espoir, arrivé qu’il est au terme d’une vie riche, où il lui paraît que l’être humain mène décidément “Une existence illusoire dans un aveuglement consenti”. Et son analyse des progrès dans le meurtre du genre humain, grand moment de littérature, vaut les constats les plus amers des anarchistes européens ses contemporains. Mais il reste à Twain et à son diable ce nerf d’admettre qu’il reste à l’Homme une seule arme : le rire..

Ce texte imparable manquait au panorama.


Mark Twain L’Etranger mystérieux. Traduction de l’américain par Freddy Michalski • Gravures de Sarah d’Haeyer. - L’Oeil d’or, coll. “fictions & fantaisies” 128 pages, 13 euros


Et toujours Saint Alias. Là, Satan s’installe dans une maison qu’il a louée, dépose sa valise sur une table, l’ouvre et en sort son chien qu’il déplie. Entre autres faits et gestes passionnants et, parfois, ravageurs, à l’instar de ceux de l’ange de Mark Twain.