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lundi 2 mars 2015

Une bourrache sinon rien

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Rédacteur en chef de la revue Jardins (éditions du Sandre), Marco Martella vient de publier un délicieux recueil d'articles façonnés comme des nouvelles. Autant dire fictionnés, ça sera plus clair. Imaginant un migrant serbo-croate chassé de Sarajevo par la guerre en 1992, Teodor Cerić, Martella lui procure une existence de petits boulots à travers toute l'Europe, et un goût de plus en plus marqué pour les jardins.
A travers ses visites au jardin de Samuel Beckett à Ussy (Seine-et-Marne) ou à des jardins plus notoires ou plus intimes encore, situés du côté des Roches Tarpéiennes ou de l'Autriche, c'est une pensée des jardins qui nous est donnée de découvrir, une pensée ou des manières de vivre, et des curiosités à peine imaginables, comme ces "ermites décoratifs" dont l'existence - presque suggérée dans The Draughtman's Contract de Peter Greenaway - semble n'avoir pas été qu'une lubie de chroniqueur.
La gratitude qu’éprouve le narrateur pour les jardins qui l’ont accueilli au cours de sa longue itinérance nimbe l'ouvrage d'une grande douceur. Le lecteur s'y sent accueilli lui-même et les paysages tant agrestes qu'humains qui y sont peints, toujours éloignés des jardins taillés au cordeau et surfréquentés, évoquent la ressource et la paix.
Comme dirait le petit pois, on a toujours besoin d'un jardin chez soi. Dans son volume de souvenirs, la santonnière des lettres Marie Mauron (1896-1986) ne pouvait s’empêcher de souligner d'eùblée que, « Comme tous les matins, sous le ciel neuf, clair ou brouillé, j’ai commencé ma journée de travail en faisant le tour du jardin-pinède-colline-garrigue-verger ».
Il y a bel et bien un art de vivre les jardins et de s’y sentir humain. Et c'est bien pourquoi, ici, sur notre île, nous conseillons sans détour de lire ces Jardins en temps de guerre dans la foulée du livre d'Anita Desaï, L'Art de l'effacement dont nous parlions hier.
De quoi faire le plein de vert.


Teodor Cerić Jardins en temps de guerre. Traduit du serbo-croate par Marco Martella. — Arles, Actes Sud, 151 pages, 16 €