
MARC STEPHANE Aphorismes, boutades et propos subversifs d’un ennemi du peuple et des lois (cabinet du pamphlétaire)
La pétulance de M. Marc Stéphane est infatigable et voici qu’elle prend ses amusants et terribles ébats dans un nouveau livre, recueil ou plutôt pêle-mêle de hautes pensées, d’apostrophes truculentes, d’observations pointues et de verdeurs drôlatiques.
La sagesse et l’audace du jugement, les attaques virulentes et hardies, la force cinglante de la satire font de ce livre très significatif une lecture instructive et gauloisement hilarante.
Il faut louer en cet effarant Marc Stéphanela verve vitriolante et le verbe pimenté, ainsi que la richesse et la volubilité de sa langue très bien pendue.
Marcel Rieu
Pan, juillet-août 1909, p. 63
Tag - Marc Stéphane
mercredi 24 février 2010
Marc Stéphane, par Marcel Rieu
Par Le Préfet maritime le mercredi 24 février 2010, 01:21 - Ad Usum Bibliofilous
mercredi 9 septembre 2009
Marc Stéphane, par A.-R. Schneeberger (1912)
Par Le Préfet maritime le mercredi 9 septembre 2009, 06:31 - Les Vrais Coupe-Faim

Visages contemporains
MARC STÉPHANE
Le génie de l’homme matériel a cette faculté suprême de rabaisser toute idée qu’il touche ; parlez-lui science, il répond automobile, parlez-lui art, café-concert, parlez-lui religion, la calotte ; et si vous essayez de rompre la sereine grandeur de cette rapide digestion, alors parlez-lui femme, et sa goinfre baye, ses yeux chavirent : ce mâle débile pense aux putains.
Cynique. Compte actuellement peu de pareils pour savoir, à cette façon, vider l’apparence promitieuse d’un contemporain, ce qu’il appellerait la peau de son ours. Alors tout le cirque des vanités, les tares morales, l’emphase tapageuse, le ventre accapareur, toutes ces scories gonflent, crèvent et s’étalent entre ieux phrases cinglantes et lapidaires,ou dans un court récit véhémentement développé.
Son style enserre : la phrase légère, précise, dessine tout ce qu’elle veut dire. Exacte de relief, elle a peu de pénombre, elle ne joue pas avec des entités, c’est avec des hommes qu’elle combat, et ces hommes elle en veut brûler de sa flamme la sombre turpitude, la noire hypocrisie. Il y a peu de sourires dans ces cinq petits volumes de réflexions humaines… trop humaines, si vous en rencontrez parfois, délectez-vous à leur fraîcheur d’oasis, ce sont les délicieux instants : je citerai du tome premier, la mort de la petite tortue des îles, Marjolaine (1).
D’ailleurs quelle belle langue manie Marc Stéphane (les deux premières séries sont, exemplaires) avec ses archaïsmes/pittoresques, des expressions que l’usage a perdues pour notre grand dam, et qui donnent aux pensées, aux aphorismes et boutades, cette forme savoureuse et originale aussi éloignée de l’afféterie où se complaisent nos chers maîtres, que de la facile vulgarité de nos politiques en renom. Peut-être descend-elle trop (plusieurs pages des dernières séries) à T’attaque personnelle et même à l’injure, mais Marc Stéphane est un pamphlétaire qui n’a rien d’inactuel ; c’est delà vie chaude et palpitante qu’il ramène avec ses poings. L’art du pamphlétaire n’est pas sans analogie avec l’art du caricaturiste, comme lui d’une ligne, il sait d’un mot faire grimacer ses modèles, ainsi il devine sous les harmonies superficielles delà forme les révoltes profondes de Ta matière, et Marc Stéphane l’affirme assez souvent non sans un sourire : « Ce n’est point que je sois un suppôt du Gésu, car je suis plutôt un vieux diable. » Il aimerait, j’en suis sûr, en exergue à son faciès, cette pensée de Daumier : « Il faut être de son temps ! »
Et pourtant Marc Stéphane est un philosophe, un très fin philosophe et un philosophe « inactuel ». Et de cela, il faut le louer sans réserve ; avoir su échapper à la folie de son siècle, avoir su opposer sa conscience à l’opinion, avoir vu nettement la fragilité du dogme matérialiste plus impératif encore que l’orthodoxie religieuse.
« Le libéralisme philosophique est si totalement banni des postulats nouveaux de la pensée contemporaine, dit-il, imbue de la seule science expérimentale, que je ne désespère: nullement de voir avant que de mourir l’Inquisition restaurée par le dogme rationaliste. » Et quelles délices pour nous penseurs,les trop rares aphorismes où notre auteur se complaît à jeter les bases d’une philosophie hautement humaine, avec ce cri de guerre qu’il lance fièrement à travers nos veules mégalomane-matérialistes d’aujourd’hui : « Je méprise Haeckel. »
Il fallait encore de la bravoure pour réagir contre le féminisme bêta de nos lénitifs penseurs actuels qui, dignes néo-darwiniens, incapables- de sentir une quelconque nuance de la nature monistes de pensée, de sens, d’intelligence, ne savent plus comprendre l’inégalité foncière des êtres, la marche évolutive et transcendante de la volonté parmi les innombrables formes harmonieuses de la vie. Supprimant l’âme et Dieu, nos monistes ont pensé régler cette marche de la vie avec leur raison fragile et faillible comme toute raison humaine, et déjà ce subtil échafaudage est entouré, submergé de tous côtés, et leur nef fait eau ; alors pour boucher les trous ils embarquent les femmes : nos intellectuelles, mieux nos cérébrales, celles que Laforgue a clouées puérilement, d’un mot terrible : « La femme bête à chignon » ; pas la compagne de l’homme, mais son égale, sinon son ennemie. Et notre auteur saisit alors d’un aphorisme profond l’un des malaises du siècle ; « La lumière de l’homme est dans son cerveau, le génie de la femme est dans son coeur; et c’est par la transgression toujours plus flagrante de cette loi naturelle, pourtant primordiale, que vient le malaise d’un siècle où l’homme s’efforce à sentimentaliser loin de la femme et la femme à cérébraliser tout en méprisant l’homme. »
Pour ces actuels qui n’ont pas su tuer leurs sens et ne connaissent plus l’innocence des sens, Nietzsche a donné cette parabole : « Ils n’étaient pas en petit ceux qui voulaient chasser leurs démons et qui entrèrent eux-mêmes dans les pourceaux. » Car derrière le cerveau de nos féministes et au coeur des intellectuelles, Marc Stéphane et moi, nous avons vu se refléter cette belle fausse, vieille comme le monde, la chienne Sensualité.
Marc Stéphane est encore à rencontre de la généralité de ses contemporains un être moral ; parce que l’ancien idéalisme transcendental est en voie d’avoir demain sous le nom d’individualisme, en morale et de symbolisme en art un renouveau fertile, Marc Stéphane s’est bien gardé de croire, tel un simple primaire, qu’individualisme en morale voulait dire immoralisme ou amoralisme. Il a compris que supprimer, comme le voudraient nos scientifico-dogmatiques, le sentiment moral, c’est supprimer les plus belles nuances de cet art délicat, simple à la fois et si complexe de la vie. Evidemment, la morale de Marc Stéphane n’est pas une morale ordinaire, elle ne ressemble en rien à la commune morale bourgeoise, cette morale courante, doux oreiller sur lequel les hommes aiment à dormir, et l’uniformité n’est pas du tout son fait. Les esprits traditionnels qui ont l’habitude de distinguer dans la nature le Bien et le Mal ne savent comprendre cette conception neuve de l’éthique, à savoir, qu’en regardant la vie non comme un absolu, mais comme une transition, le poète puisse la douer d’une loi différente de leur bien et de leur mal.
Au fond, il serait nécessaire de se placer devant chaque individu comme la Volonté créatrice se place devant le monde, avec un idéalisme optimiste. Marc Stéphane, lui, qui n’est qu’un homme s’est placé devant les hommes,et sa grande tristesse celle qui se dégage d’entre ses plus belles pages, c’est qu’il ait trouvé si peu d’hommes autour de lui ; cependant, toujours amoureux de la vie, il n’a point chanté comme notre poète :
Les dieux s’en vont ; plus que des hures ;
Ah ! ça devient tous les jours pis ;
J’ai fait mon temps, je déguerpis
Vers l’Inclusive Sinécure.
Seulement ce philosophe est devenu patiemment.logiquement, outrément pessimiste. Nouveau Diogène, il cherche sans cesse, à la lueur de son lucide cerveau, « les quelques douzaines de braves gens dont peut se conjouir par génération notre imbécile humanité ».
A.-R. Schneeberger
(1) Aphorismes, boutades et propos subversifs.
Pan, n° 8-10, septembre-octobre 1912, pp. 608-611.
samedi 5 septembre 2009
Pauvre femme (1914)
Par Le Préfet maritime le samedi 5 septembre 2009, 03:59 - Apostille

Du Ruy Blas :
Elle fut jolie, elle eut même quelque talent et elle fut une artiste choyée des Parisiens qui, à maintes reprises, lui prouvèrent de la sympathie et la tirèrent des ennuis où l’insouciance la faisait toujours retomber. Elle fut aussi, et souvent, mauvaise camarade. Que celles qu’elle égratigna lui pardonnent, puisque aujourd’hui l’éther et la morphine ont conduit l’ancienne jolie femme dans cette “Cité des Fous” que nous révéla avec talent Marc Stéphane et puisque, égarée, inconsciente, ne se souvenant plus de rien, Odette Valéry erre sous les grands arbres de Sainte-Anne.
Oui, pauvre femme ! Mlle Odette Valéry connut de beaux soirs. Elle fut une superbe ballerine, qui débuta avec l’éclat dans l’Enlèvement des Sabines, et a qui Jean Lorrain consacra des pages enthousiastes. Sa camarade des Sabines, Jeanne Margyl est morte, Odette Valéry est folle. Pauvre femme, comme dit Ruy Blas !
La Renaissance politique, littéraire et artistique, 9 mai 1914, p. 28.
lundi 17 août 2009
Marc Stéphane, précurseur de Louis-Ferdinand Céline
Par Le Préfet maritime le lundi 17 août 2009, 04:19 - Apostille
Marc Stéphane en “prolétaire des champs”.
Le livre de M. Louis-Ferdinand Céline Voyage au bout de la Nuit, édité par Denoël et Steele, est le livre du jour.
On a pu imprimer que l’aventure d’Emile Zola recommençait. Il est possible. Ce livre est fort, franc et nous repose des fadeurs, des tarabiscotages et des snobismes de la mode.
Si nous avions un reproche à adresser à cet écrivain, ce serait d’avoir, par endroits, laissé reparaître la littérature. Il est évident que, commencé dans le ton du langage populaire, voire populacier, ce ton devait, pour la plausibilité, être conservé jus qu’au bout. Un auteur du plus grand talent, d’ailleurs, qui fût longtemps méconnu et qui n’a pas la place à laquelle il a droit, (c’est Marc Stéphane que nous voulons dire), a su, lui, conserver dans ses livres cette unité de ton qui est probablement la seule qualité manquant au Voyage au Bout de la Nuit.
Néanmoins, M. Céline, s’il ne nous apporte ni quelque chose de tout à fait nouveau, ni le chef-d’oeuvre que certains proclament, nous apparaît comme un écrivain puissant, l’un de ceux qui régénéreront peut-être la tiède, commerciale et prétentieuse littérature d’hier et d’aujourd’hui. — N.
Georges Normandy in L’Esprit français, n° 77, 10 janvier 1933, p. 127-128.
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