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dimanche 16 mars 2014

Manuel Maples Arce et le stridentisme

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Avant ce jour, Manuel Maples Arce (1898-1981) n'avait été donné à lire une fois aux lecteurs francophones : c'était en 1936 et c'étaient ses "Poèmes interdits" dont la traduction d'Edmond Vandercammen était destinée aux Bruxellois Cahiers du Journal des Poètes. Soixante-huit pages en quatre-vingt ans, ça n'était pas de trop pour ce Mexicain moderniste, auteur d'un Urbe, Super-poema bolchevique en 5 cantos (1924) traduit par John Dos Passos en 1929 (N. Y., T. S. Book Company), ou des Poemas interdictos (Xalapa, Horizonte, 1927) dont la modernité indéniable avait échappé de ce côté de l'Atlantique.

Servi avec de très belles gravures sur bois d'époque dans un agréable et souple volume sur papier couché, ses oeuvres sont désormais accessibles, traduites et commentées par Antoine Chareyre qui nous éclaire sur ce personnage. Et pour commencer par son manifeste stridentiste qui mérite citation :

Au nom de l'avant-garde actualité du Mexique, sincèrement horrifiée par toutes les plaques notariales et autres enseignes consacrées par système cartulaire, avec vingt siècles de succès répandu dans les pharmacies et les drogueries subventionnées par la loi, je me centralise au sommet éclatant de mon irremplaçable catégorie présentiste, équilatéralement convaincue et éminemment révolutionnaire, pendant que le monde entier, hors de l'axe, se contemple sphériquement stupéfait avec les mains tordues, impérativement et catégoriquement j'affirme, sans plus d'exceptions pour les "players" diamétralement explosifs en incendies phonographiques et cris acculés, que mon stridentisme déhiscent et purifié pour me défendre des jets de pierre littéraux des derniers plébiscites intellectifs : Mort au Curé Hidalgo, A bas San Rafael, San Lazaro, Croisement. Il est interdit de coller des affiches."

On voit le gaillard. Si remarquable, au fond, qu'après un court passage par l'oubli, il traverse deux romans contemporains, l'Ombre de l'ombre de Paco Ignacio Taibo II (Rivages, 1992) et surtout Les Détectives sauvages (1998 ; Folio, 2010) du regretté Chillien Roberto Bolano (1953-2003). Indice sur le double intérêt du personnage Manuel Maples Arce et de sa poésie qui se faufile entre "Paroxysme", "Révolution" et "Saudade".
% A l'époque où les avant-gardes se pressaient à s'en user les coudières, il est juste de rendre au Stridentisme sa place et ses écrits. La "Chanson depuis un aéroplane" suffirait presque, d'ailleurs, à le faire anthologiser, ainsi que ses odes à la ville, à la révolution, et ses trouvailles, comme celle du "romantisme cannibale de la musique yankee". Plein de charme et de vigueur, il est le frère des poètes des années 1920, celui qui revient et que l'on ne peut plus négliger.

Voici mon poème
brutal
et multiple
à la nouvelle ville.

Oh ville toute tendue
de câbles et d'efforts ;
toute sonore
d'ailes et de moteurs



Une rencontre est organisée par les éditeurs de la collection « Commun’art » (Le Temps des cerises) à la mairie du IIe arrondissement (8, rue de la Banque) mercredi 19 prochain à 19 h 30 en présence de Juliette Combes-Latour et Henri Deluy et Antoine Chareyre



Manuel Maples Arce Stridentisme ! Poésie & Manifeste (1921-1927), édition bilingue et illustrée, textes réunis et établis, traduits, présentés et annotés par Antoine Chareyre. - Paris, Le Temps des Cerises, Coll. Commun'art, 2013, 372p.

samedi 11 janvier 2014

Le Stridentisme à la portée de tous !

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En attendant de vous en faire l'article, l'Alamblog vous annonce la présentation du livre Stridentisme ! de Manuel Maples Arce, moderniste mexicain présenté dans ses exercices inédits en français par Antoine Chareyre, jeune traducteur dont nous allons reparler. Et de M. Maples Arce itou, fondateur du mouvement éponyme, le 31 décembre 1921, avec des parti-pris comparables à ceux du futurisme : couleur, vitesse, machines, etc.
L'événement aura lieu avec la participation de Serge Fauchereau, historien et critique d'art bien connu, de Juan Manuel Bonet, critique et directeur de l'institut Cervantes de Paris, et du traducteur Antoine Chareyre lui-même.
Rendez-vous donc mercredi 15 janvier 2014 (19h) à l'auditorium de l'Instituto Cervantes (7 rue Quentin Bauchart, Paris 8e). Entrée libre


Manuel Maples Arce Stridentisme ! Poésie & Manifeste (1921-1927). Édition bilingue & illustrée. Textes réunis & établis, traduits de l'espagnol (Mexique), présentés & annotés par Antoine Chareyre. - Paris, Le Temps des Cerises, coll. « Communart », 372p., 25 €

jeudi 14 novembre 2013

Des nouvelles...

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Christophe Macquet ouvre un blog. Outre que cela lui évite de mailer à tour de bras, cela permet à L'Alamblog de diffuser la nouvelle, et de renvoyer aisément vers ses images. Peut-être un jour vers ses commentaires.

Le Temps des cerises nous régale coup sur coup de deux livres délectables : Le Stridentisme, un volume traduit par Antoine Chareyre, jeune traducteur dont nous n'avons pas eu l'occasion de parler encore, à la figure d'un Mexicain notablement méconnu en France, Manuel Maples Arce, animateur du stridentisme dans les années 1920. Par ailleurs, paraît le Gaz moutarde, roman inédit de Viktor Chklovski et Vsevolod Ivanov, une fantaisie romanesque entraînée au rythme de la manivelle du cinématographe. Traduction de Marion Thévenot.
Dans la onzième livraison de Secousse, la revue en ligne des éditions Obsidiane, une "Guillotine" consacrée à Amour du réalisateur autrichien, M. H. Une dérouillée-dégelée soi-soi par Catherine Soullard, comme disait les poilus, qui nous paraît charpentée et justifiée. C'est ici et c'est tout à fait rassurant.
Mais voilà qui donne envie de lire d'autres tels coups de balais appliqués à d'autres fessiers culturels. Les noms nous viennent d'ailleurs avec une éloquente facilité sous les doigts dès lors que l'on chercher les faussetés du moment. Tenez, par exemple, Jérôme Ferrari. Et pas besoin de lister François Bégaudeau, on sait quelles hauteurs fréquente son esprit depuis qu'il scénarise en bd. Sic transit gloria mundi.

Un qui n'avait certes pas l'habitude de se plier au "goût du moment", c'est bien le critique musical Gabriel Astruc. Démonstration par ses mémoires inédits (la deuxième partie puisque Le Pavillon des fantômes a paru en 1929 chez Grasset ; rééd. Mémoire du livre, 2003) : ils paraissent aux éditions Claire Paulhan, s'intitulent Mes scandales et figurent désormais au monde dans une édition posthume préfacée par Émile Vuillermoz en 1936 et présentée par Myriam Chimènes & Olivier Corpet (Collection «Tiré-à-part», avec 69 photographies d'époque et fac-similés en couleurs. Index des personnes citées, 160 page, 26 euros).

C'est-y pas beau ?

Beaucoup d'autres bonnes nouvelles bientôt à propos de Claude Louis-Combet, de Jean-Pierre Verheggen, de Lucien Suel, d'Antoine Audouard, de Denis Lavant, des éditions Safran, d'Antoine Audouard, etc. (ça manque de femmes par ici, on va y remédier.)