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vendredi 4 novembre 2016

Les Lyonnais ne sont pas à plaindre

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Les Lyonnais ne sont pas à plaindre : une vente aux enchères aura lieu demain samedi à 14 h 30 à l'Hôtel d'Ainay, où seront dispersés des documents concernant le patrimoine et le folklore lyonnais.
Naturlich, on démarre par la gastronomie, puis on enquille avec Guignol. C'est comme s'il en pleuvait, et du Béraud (sur vinyle s'il vous plaît), du Nizier de Puitspelu, du Vingtrinier, du Pierre Scize, des photographies de Blanc et Demilly, des marionnettes, des illustrations de Jean Coulon et des peintures d'Ernest Deluermoz, et l'on en passe. Notamment la bibliothèque de la famille Neichthauser où figurent tant de documents relatifs à Laurent Mourguet, des textes du répertoire par et des essais et bibliographies par Paul Jeanne, Ernest Maindron, Pierre Rousset, Glaudius Canard, le prolifique Albert Chanay, Gaston Baty, les souvenirs de Lemercier de Neuville, etc..
et même une lettre de guignol au comte de chambord (1871)


Conan Hôtel d'Ainay
Le Catalogue en ligne
samedi 5 novembre 2016
8, rue de Castries
69002 Lyon

vendredi 26 septembre 2014

Petite Bibliographie lacunaire des éditions Lugdunum

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Qu'il soit dit ici qu'à Lyon, capitale des Gaules après Vienne-la-Belle, fut le siège au cours du siècle passé d'une maison d'édition nommée... Lugdunum, comme de juste.
Enfant d'une entre-deux-guerres plutôt énergique et d'un homme remuant, cette maison commit durant une vingtaine d'année des ouvrages variés plutôt marqués par la littérature, voire la littéraire de détente que vers la réflexion géopolitique ou la jurisprudence.
La prudence n'était sans doute pas le trait le plus caractéristique de Marcel Étienne Grancher, fondateur né en 1897 à Lons-Le-Saunier et mort en 1976 à Nice, dont l'un des hauts faits fut de s'adjoindre comme secrétaire le jeune Frédéric Dard, bien connu désormais comme le papa de San Antonio.
L'expérience fut forte et profitable puisque Dard cru bon de publier en 1947 Le Cirque Grancher (Éditions de Savoie (i. e. F. Dard), 1947 ; Fayard, 2004) où il disait son admiration pour l'énergie de son patron ainsi que son goût pour la gaudriole françouaise. Tandis que de son côté Grancher offrait la vision inverse dans Aux temps des pruneaux (1947). Il avait en outre offert au jeune homme pour son roman Monsieur Joos le prix Lugdunum en 1941.
Cirquegrancher.jpg Après une jeunesse passée à Lyon (1901), Grancher fut mobilisé en 1916 et grièvement blessé dans les derniers mois du conflit, puis, rétabli, s'embarque pour l'Extrême-Orient pour le compte d'un soyeux lyonnais. Il entra à son retour au Salut Public se lança dans la littérature à Paris avec Cerf soeurs drapiers (Éditions du Loup, 1929). A Paris, il fréquente Henry Béraud, Carco, Dorgelès, Mac Orlan, la fine fleur en somme des boulevardier du temps, y compris les "exilés" lyonnais Scize et Clos-Jouve.
Il rentre à Lyon au début des années 1930 et fonde ses éditions et son journal Le Mois à Lyon (15 sept. 1934-1948), et atteint une vraie notoriété avec 5 de campagne, son roman autobiographique qui obtient le prix Courteline, succès redoublé avec Le Charcutier de Mâchonville (1942). Résistant durant la Seconde Guerre mondiale - il avait été engagé très tôt dans le renseignement militaire -, il est directement menacé par la Gestapo et se met au vert, tout en participant avec Pierre Scize à la presse clandestine contre Vichy et l'Occupation allemande. Après la guerre, il il vend (à une date que nous ignorons) ses éditions à son ami Henry Clos-Jouve et se réinstalle à Paris et écrit des parodies de romans policiers. Son fils, Jacques Grancher, créera à son tour une maison d'édition, La Pensée moderne, qui publia plusieurs Dard sous pseudonyme (Leopold Da Serra, Antonio Giulotti, William Blessing).

Revues
Le Mois à Lyon (15 sept. 1934-1944)
La Semaine. Hebdomadaire satirique du jeudi (puis) Périodique satirique... et légèrement vache (1944-1945)
Cahiers Rabelais (P. Scize, Marcel Grancher, Henry Clos-Jouve, Roger Sam, Joseph Hemard, etc.) (1945-1948)

Almanach de la semaine (1945)

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Catalogue des éditions Lugdunum

1932

Marcel E. Grancher Lyon de mon cœur. - Lyon, Éditions Lugdunum, 54, rue Centrale, (impr. Tallins et Cie), 1932, 295 p. Réimp. 1940 (Saint-Amand-Montrond, Impr. de R. Bussière, 1940, 253 p.

1933

Marcel E. Grancher La soierie meurt.... - Lyon, Éditions Lugdunum, 1933.

Edmond Locard Contes apaches. - Lyon, Éditions Lugdunum, (s.d., i. e. 1933), 237 p.

Gilbert-H. Roche ''Le Voile du temple, roman d'après-guerre. - Lyon, Éditions Lugdunum, 1933, 221 p.

1934

Paul Bénédict Andrée, Roman. - Lyon, Éditions Lugdunum, (1934) (Lyon, Impr. spéciale des Édition Lugdunum, 215 p.

Paul Bénédict Michelle, roman. - Lyon, Éditions Lugdunum, 1934 (Impr. spéciale des Éditions Lugdunum), 233 p.

Noré Brunel Les Étreintes maudites, roman. - Lyon, Éditions Lugdunum (3, rue Juliette-Récamier), s. d. (1934), (Lyon, impr. Tallins, 3, rue Juliette-Récamier), 270 p.

Francisque Ferrey Les Centurions inutiles. - Lyon (3, rue Juliette-Récamier), Éditions Lugdunum, (impr. Tallins), 141 p.

Marcel-E. Grancher Au mal assis. - Lyon (3, rue Juliette-Récamier), Éditions Lugdunum, 1934.

ludTancred.jpg Tancrède de Visan Perrache Brotteaux. - Lyon, les Éditions Lugdunum, (1934), 319 p.

1935

Léon Riotor La Brasserie du Parc. - Lyon, Éditions Lugdunum, 1935, 256 p.

1937

Georges-Félix Frantz Djibouti, œuvre française . - Lyon, Éditions Lugdunum, (s. d.) (1937), 200 p.

Marcel-E. Grancher Lyon la Cendrée. Préface du Docteur Edmond Locard. — Lyon, Éditions Lugdunum, 1937, 221 p.

François LecotMes 400.000 Kms. Souvenirs de François Lecot, présentés par Marcel-E Grancher‎. - Lyon, Éditions Lugdunum, 1937, 245 p.

1938

Lugdu1B.jpgMarcel-E. Grancher 5 de campagne. - Lyon, Éditions Lugdunum, 1938 (Lyon, Impr. réunies), 251 p.

Marcel-E. Grancher Célibataires. - Lyon, Éditions Lugdunum, (1938), p. Prix Courteline 1938

1939

Marcel-E. Grancher Dombes. - Lyon, Éditions Lugdunum, (54 rue Centrale), 1939 (Mayenne, impr. Floch), 255 p.

1940

Frédéric Dard La Peuchère, nouvelle. Préface de Max-André Dazergues. - Lyon, Éditions Lugdunum, (1940) (Impr. générale lyonnaise), 26 p. n. ch.

Max-André Dazergue Montée des anges. Préface de Marcel-E. Grancher. - Lyon, Éditions Lugdunum, (1940) (Impr. générale lyonnaise), 252 p.

Marcel-E. Grancher Fascicule bleu. - Lyon, Éditions Lugdunum, 1940, 253 p.

Marcel-E. Grancher Vingt ans chez Calixte. - Lyon, Éditions Lugdunum, Lyon, 1940.

1941

Henry Clos-Jouve Le Prétoire dans la boutique. - Lyon, Éditions Lugdunum, 1941, 238 p.

Frédéric Dard Monsieur Joos, roman. Préface de Marcel-E. Grancher. - Lyon, Éditions Lugdunum, 1941, 255 p.

Marcel E. Grancher Reflets sur le Rhône, souvenirs. - Lyon, Éditions Lugdunum, 1941, 256 p.

1942

Andrée Chassin Cendre vive. Préface de Max-André Dazergues. - Lyon, Éditions Lugdunum, (54, rue Centrale), 1942 (Saint-Amand, Impr. Bussière), 88 p.

Alexandre Arnoux, Georges-Charles Gahide, Joseph Jolinon, Dr. Edmond Locard Quatre à Lyon. - Lyon, Éditions Lugdunum, (1942), 183 p.

Lugd2.jpgRené Daumière Ariel Cheval ou l’école des Littérateurs. Préface de Lucien Farnoux-Reynaud. - Lyon, Éditions Lugdunum, sans date (1942), 254 pages. Édition originale tirée à 110 exemplaires dont 50 sur Vélin d'Arche.

aaaajeanFichter.jpgJean Fichter Coquins, fripouilles et compagnie. Présentation par Géo London''. - Lyon, Éditions Lugdunum, (1942), 192 p.1942 d'après l'autorisation de la censure.

Georges-Charles Gahide La comédie de M. de Mérignac, pièce en trois actes. Avant-propos d'André Warnod''. - Lyon, Éditions Lugdunum, (1942), 217 p.

Marcel-E. Grancher Le Charcutier de Mâchonville. - Lyon, Éditions Lugdunum, 1942, 256 p. Réimp. 1946 (Lyon, Imprimerie réunies).

Pierre Humbourg Feu-moi. - Lyon, Éditions Lugdunum, 1942, 200 p.

Pierre Scize Pernette et son amour. - Lyon, Éditions Lugdunum, (St-Amand, impr. de R. Bussière), 1942, 253 p.

1943

André Billy Rue Maudicte et à l'entour. - Lyon, Éditions Lugdunum, 1943, 170 p.

Yves Gandon Le Métier d'homme. - Lyon, Éditions Lugdunum, 1943, 242 p.

Paul Garcin Toilette du bourreau. (Le Roi, le savant et le soldat, fable. Préface de Pierre Scize. ''. - Lyon, Éditions Lugdunum, (Saint-Amand, Cher, impr. de R. Bussière), 1943, 239 p.

Joseph Jolinon Le Chat du second. - Lyon, Éditions Lugdunum, 1943 (18-Saint-Amand : impr. par R. Bussière), 251 p.

André Sévry Golconde, roman. - Lyon, Éditions Lugdunum, 1943, 223 p.

Paul Soupiron La Fille aux yeux de jade . - Lyon, Éditions Lugdunum, 1943, IX-241 p.

1944

Lucie Delarue-Mardrus El Arab : l'Orient tel que je l'ai connu. - Lyon, Éditions Lugdunum, 1944 (Saint-Amand, impr. de Bussière), 256 p.

Lucien Farnoux-Reynaud L'Aventure comique ou Molière sans littérateurs. - Lyon, Éditions Lugdunum, 1944 (Saint-Amand, impr. de Bussière), 163 p.

Leo F. Flake Le Meurtre du Vélo-Taxi‎. — Lyon, Éditions Lugdunum, 1944, 126 p. (imprimerie Cohendet, Frères‎).

L. Gabriel-Bonnet Le Diable, sa vie, son œuvre. - Lyon, Éditions Lugdunum, 1944, 283 p.

aaacensure.jpgPaul Garcin Interdit par la censure, 1942-1944. - Lyon, Éditions Lugdunum, (Impr. du Salut public), 1944, 303 p.

Marcel-E. Grancher Le Bistrot du porc. - Lyon, Éditions Lugdunum, 1944, 255 p.

Michel Herbert Mine de Rien. - Lyon, Éditions Lugdunum.

Joseph Jolinon Les Malandrins du Beaujolais . - Lyon, Éditions Lugdunum, 1944, 239 p.

Pierre Mac Orlan La Croix, l'ancre et la grenade. - Lyon, Éditions Lugdunum, 1944, 227 p.

Jacques Patin Du tac au tac. - Lyon, Éditions Lugdunum, 1944, 180 p.

Jean Prajail La Grande Eau. - Lyon, Éditions Lugdunum, 1944, 252 p.

Gilbert Prouteau Rythme du stade. Bois gravé de François Clavel. - Lyon, Éditions Lugdunum, 1944 (18-Saint-Amand : Impr. de R. Bussière), 88 p.

Paul Soupiron Bazaine contre Gambetta, ou le Procès de Riom. - Lyon, Éditions Lugdunum, 1944, 511 p. (Impr. du "Salut public") coll. "Vérités 44". Le verso de la couv. porte : "2e édition".

Paul Soupiron Duncia, roman. - Lyon, Éditions Lugdunum, 1944, II-257 p.

André Warnod Cartouche bandit parisien, suivi de Rose Blanchon convulsionnaire, deux enfants de Paris sous Louis XV. Avec 35 dessins de l'auteur . - Lyon, Éditions Lugdunum, 1944, 277 p., fig.

1945

Alexandre Arnoux Rêveries d'un policier amateur. - Lyon-Paris, Éditions Lugdunum (Limoges, impr. de Charles-Lavauzelle), 1945, 205 p.

Pierre Beauvois Studio 2 . - Lyon-Paris, Éditions Lugdunum, 1945 (Vichy : impr. de Wallon), 255 p.

((/blogs/alamblog/public/.Lugd3_m.jpg|Lugd3.jpg||Lugd3.jpg, oct. 2014)Jacques-Gabriel Les Dessous d'une défaite. Lyon-Paris, Éditions Lugdunum, 1945, 136 p., "Vérités 44".

Simon Gantillon L'Homme et son navire. Lyon-Paris, Éditions Lugdunum, 1945, 208 p.

aaaajolinonpac.jpgJoseph Jolinon Le pacifiste sanguinaire. - Lyon, Éditions Lugdunum, 1945 (Impr. du Salut public), 238 p.

Claude Orlanes Le Kasmet de Danka . - Lyon, Éditions Lugdunum, 1945 (Lyon : impr. de Cohendet), 205 p.

AAAAPoisson.jpgJean Poisson GF. 3. - Lyon, Éditions Lugdunum, 1945 (Lyon : impr. de Cohendet), 279 p. 100 exemplaires numérotés sur papier offset

Pierre Scize Aux vendanges de Bourgogne . - Lyon, Éditions Lugdunum, 1945, 73 ff. n. ch., la couverture porte : 1944/

Pierre Scize Gens des cimes. Illustrations de Jean Albert Carlotti. - Lyon-Paris, Éditions Lugdunum ; (Lyon, Impr. C.B.C.), 1945, 157 p.

Pierre Scize Vingt dieux de la république ! Récits. - Lyon-Paris, Éditions Lugdunum, 1945, 189 p. Imprimé sur papier bleu-vert.

1946

Pierre Descaves Les Hommes éparpillés, roman. - Lyon-Paris, Lugdunum, (Lyon, Impr. de Cohendet frères), 1946, 227 p.

Lucien Farnoux-Reynaud Serge Rovinsky vu à travers son œuvre. - Lyon-Paris, Éditions Lugdunum, 1946, 10 planches hors texte. In-4 (29/22cm). Édition tirée à 100 exemplaires sur papier Johannot, tous hors commerce + quelques exemplaires pour les collaborateurs.

aaaaagarcinhaine.jpgPaul Garcin La Haine. Reportages clandestins, 1940-1944. - Lyon-Paris, Lugdunum, 1946, 296 p.

lugdu5.jpgMarcel E. Grancher Au temps des pruneaux. - Paris, Editions Lugdunum (Clermont-Ferrand : Impr. de Mont-Louis), 1946, 251 p.

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Anatole Kalinine Le Cosaque. Traduction de Véra Volmane - Lyon-Paris, Lugdunum, 1946, 294 p. collection "l'Oriflamme".

Pierre Marquet Le Messager boîteux. - Lyon-Paris, Lugdunum, 1946, 278 p.

Pierre Scize La Belle de Cargèse, roman. Couverture de Boris J. Lacroix. - Lyon-Paris, Lugdunum (Clermont-Ferrand, impr. de Mont-Louis), 1946, 408 p.

1947

Andrée Minguin Les Trois Femmes de M. Grimoire. - Lyon-Paris, Lugdunum, 1947, 250 p.

1948

Maurice Hermite Vingt Ans chez les femmes nues. Les dessous des Folies-Bergères. - Lyon-Paris, Lugdunum, (Lyon, Impr. de Cohendet frères), 1948, 202 p.



Sans date
L. Gabriel-Robinet Histoire en quatre rires. — 232 p.


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samedi 20 septembre 2014

Lyon, proie des mercantis

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Lyon en proie aux mercantis

Un Russe, régisseur des théâtres du feu czar, vint, en 1912, de Saint-Pétersbourg à Lyon pour mettre en scène Boris Gondonnow. Avant de reprendre le train, il dit à quelques gones qu'il avait connus au restaurant :
— Dans votre ville, il n'y a pas de place pour les oisifs.
Ce maître de ballet voyait juste et comptait bien et cela ne doit point surprendre car, au contraire de ce que pense de Beaumarchais, c'est peut-être parmi les danseurs que l'on trouve les plus habiles calculateurs.
Lyon n'invite point au farniente. Les maisons massives et sévères, qu'elle accroche à ses deux collines, ne montrent point les riantes façades qui, partout ailleurs, pareraient ces faubourgs suspendus ; ce sont, sous le ciel plombé, sous la pluie sans fin et sous les brouillards malsains, autant de visages durs et fermés. Tout est commerce, travail, calcul, économie et rien ne se passe, là-bas, ni en discours ni en chansons — pas même les émeutes ! La canuts « montaient » leurs barricades comme des métiers Jacquard et ils façonnaient la liberté comme on tisse une pièce de soie.
Le Lyonnais naît marchand. Lyon demeure une colonie milanaise et ses plus aventureux enfants gardent toujours, dans leurs entreprises les plus risquées, le placide entregent des Sforza. C'est une ville où les poètes ont sans cesse vendu leurs vers, où les cabarets sont tout faits de recoins propres à la discussion des affaires et au paiement des commissions, où les curés savent les dates des inventaires. les commis-voyageurs sont estimés en raison inverse de leur éloquence, où les journaux impriment les mercuriales aux places d'honneur.
Qu'est devenue cette capitale du négoce au milieu de la crise présente ? Comment a-t-elle subi la « vague de mercantilisme » que nous devons aux méthodes économiques de ces ministres dont nul ne déplore la disparition ? Ceux qui croyaient connaître Lyon, doivent convenir que bien des choses ont changé — et, non pour le mieux.



Le nouveau riche qui pullule partout en France, grouille à Lyon d'une manière surprenante. Le culte des affaires y a. pris un caractère de fureur sacrée. Et nulle part, on ne voit aussi clair dans les manœuvres des mercantis qu'en ce pays de brumes et d'ombre. Tout se passe au vu et au su de tout le monde ; les fortunes scandaleuses » n'ont l'air de scandaliser personne. On entend d'austères bourgeois lyonnais vanter, d'un ton presque cynique, l'astuce de tel négociant notoire et honoré, qui fournissait l'Allemagne de soies destinées à la confection des gargousses à poudre, tandis que ses fils mouraient sur les champs de carnage ! Le rigorisme local a disparu ; les gains fusent tout. Les enrichis parlent avec jovialité de leurs condamnations, qu'ils considèrent comme des encouragements à persévérer et que, d'ailleurs, ils ont raison de juger telles. Certains petits fonctionnaires « facilitent » les transactions et j'en sais qui, à ce petit jeu, gagnent cent mille francs par mois. Un scandale récent a provoqué l'arrestation d'un spéculateur qui, achetant des salaisons en stocks aux intendants militaires, a gagné trente millions en quelques mois. On rit de sa mésaventure et l'on, ne cache point qu'on admire son savoir-faire. Une presse locale soucieuse de ne point s'aliéner les puissances du jour se tait ; et il fallut l'intervention récente d'un journal parisien, pour obtenir l'arrestation et la condamnation d'un fripon convaincu d'avoir, en 1918, introduit des obus défectueux dans un lot de munitions destiné aux armées.



Je suis Lyonnais. Je sais qu'en d'autres temps, ces choses eussent soulevé l'unanime réprobation de mes compatriotes. On était, alors, fort sourcilleux, dans mon pays, sur le chapitre de la probité commerciale. Je pense que cette antique vertu du « soyeux » - Il n'en a guère d'autres ! — n'a point disparu tout à fait. Mais je crois aussi que l'afflux de certains aubains est pour beaucoup dans cette modification du caractère local, La réussite de ces mercantis ne pouvait manquer de tenter un peuple commerçant et qui ne craint rien au monde tant que d'être « roulé ». Et ces succès ont donné de l'audace aux timides. On l'a bien vu quand le maire Edouard Herriot fut accusé par des monopoleurs, dont les offices municipaux de ravitaillement gênaient les manigances. On vient de le voir encore dans les campagnes menées contre le socialiste Cuminal qui créa une coopérative alimentaire, considérée, à juste titre, comme le modèle du genre.
Il faut d'ailleurs considérer que tout cela aura bientôt une fin. Ce serait, comme a dit le poète, une erreur de croire que ces choses finiront par des chants et des apothéoses. La vieille et rude honnêteté lyonnaise reprendra le dessus et, de même que Lyon vit naître les premiers mouvements révolutionnaires purement ouvriers, on apprendra quelque jour que les fils des « Voraces » de la Croix-Rousse auront, les premiers accroché des mercantis aux lanternes de la « Grand' Côte » et du « Gourguillon ».


Henri Béraud

Floréal, n° 12, 24 avril 1920, p. 273.



Illustration par Marix (1920).

mardi 1 juillet 2014

Les Couvertures du siècle dernier (XLV)

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Henry Béraud et Charles Fénestrier Marrons de Lyon. - Paris, Bernard Grasset, 1912, 320 p.