L'Alamblog

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samedi 17 octobre 2009

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A Deûlémont, Christophe Moreel s’extirpa du fauteuil club pour se diriger vers la bibliothèque. Les années avaient passé mais cette bibliothèque continuait de refléter la personnalité de son amie, offrant à la vue celles et ceux qui avaient contribué à la formation de son esprit. Marie Noël voisinait avec Sophie Podolski, Samuel Beckett et Georges Bataille fréquentaient Thomas Merton et Georges Hyvernaud. Recueils de poèmes et romans noirs, littérature prolétarienne et Pères de l’Eglise, bandes dessinées érotiques, manuels de jardinage et traités d’architecture, tous les ouvrages étaient mêlés sans distinction, ni préséance, dans la bibliothèque de Mauricette. On y rencontrait aussi ceux qu’André Blavier appelle “les fous littéraires” et des internés célèbres comme Germain Nouveau, Emile Nelligan, Antonin Artaud, Carl Solomon… Reconnaissable à son dos marqué d’une paire d’étoiles séparées par un point, le gros classeur contenait le manuscrit en cours de Mauricette. Etoile point Etoile. *.* , elle avait eu l’idée de ce titre pendant le stage de 1988, ayant noté qu’en informatique, le signe * peut remplacer n’importe quel mot. Ainsi, “*.*” désigne n’importe quel fichier et par là, tous les fichiers existant dans la mémoire de l’ordinateur. Depuis la fin des années soixante-dix, Mauricette avait commencé de fabriquer ce livre qui voulait décrire le monde actuel dans sa totalité, une oeuvre composée majoritairement de textes trouvés, découpés dans les journaux de petites annonces, les prospectus de supermarché, les catalogues de vente par correspondance, des listes de courses, des extraits de magazines ou des livres qui lui tombaient sous la main. Au fil du temps, Mauricette avait incorporé à son livre d’autres documents, des fragments du journal intime qu’elle tenait épisodiquement et puis surtout l“anthoveaulogie”.
Lorsqu’elle lisait un roman ou un recueil de poèmes, chaque fois qu’apparaissait le mot “veau”, elle relevait scrupuleusement la phrase qui contenait le vocable, avec indication du numéro de page et en l’accompagnant des données bibliographiques, auteur, titre, éditeur, année de publication. Christophe ne connaissait pas le pourquoi de cette manie qui la faisait se focaliser sur ce mot de quatre lettres. Pour lui, cela faisait partie du personnage au même titre que les trous dans sa biographie, ou les périodiques accès de mélancolie succédant à des journées d’intense activité.
Mauricette ne collait pas tous ces éléments dans son manuscrit. Elle les recopiait intégralement, souvent à la machine à écrire, parfois au stylo-bille, s’agissant de son journal intime. La pratique de l’informatique lui avait fourni un nouvel instrument, le traitement de texte, et partant, le titre général d’Etoile Point Etoile qui “collait” véritablement à son projet globalisant. Ce travail en cours lui donnait sans doute la sensation de recréer la réalité, de lutter contre l’éparpillement qui est la marque du monde contemporain.
Elle n’avait jamais envoyé Etoile Point Etoile au moindre éditeur. Cependant quelques extraits, sans doute procurés par Alfonsina Vandenbeulque, une de ses relations, figuraient dans l’ouvrage “Cadavre Grand m’a raconté”, une “Anthologie de la poésie des fous et des crétins dans le nord de la France” (sic) éditée en 2006 au Corridor bleu par les soins du poète Ivar Ch’Vavar. Il est également certain que la publication en 1991 de ses Lettres de l’asile lui avait donné un début de notoriété dans le domaine de la littérature marginale.
Non sans une certaine émotion, entre un “Traité de la taille des arbres fruitiers” et un “Slang Dictionary”, Christophe dénicha un exemplaire de cet opuscule sur le second rayon de la bibliothèque de Mauricette, une livre mince au format oblong, à la modeste couverture grise, publié à Lyon par les Editions de Garenne. Christophe Moreel était à l’origine de cette publication.




Lucien Suel La Patience de Mauricette. — Paris, La Table ronde, 239 p., 18 euros.

samedi 29 août 2009

Lucien Suel fête Mauricette

Lucien_Suel.jpg Lucien Suel (Paris, 27 août 2009, © E.D.)



Jeudi soir, Lucien Suel était à Paris pour fêter au siège de La Table ronde la parution de La Patience de Mauricette, son nouveau roman (après Mort d’un jardinier dont le succès a été… foudroyant).

Son roman, loué déjà par la presse, semble promis à un bel automne et, pourquoi pas, à un prix trébuchant, puisqu’il réunit les suffrages et des branchés, et des bons bourgeois et des gens comme vous et moi. Les autres. Ou les mêmes. Passons, tous les suffrages se reporteront sur son livre, vous verrez. C’est du moins le souhait du Préfet maritime, qui s’est repu de ce digne livre de l’expérience humaine.

Sa Mauricette, vieille femme échappée de l’univers psychiatre, est une très lointaine cousine d’Ernestine Chasseboeuf - on ne l’a pas oubliée celle-ci. Aussi doit-on s’attendre, ô futur lecteur, à de l’humanité en pente douce, à des grâces inattendues.



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Lucien Suel La Patience de Mauricette. — Paris, La Table ronde, 239 p., 18 euros.

jeudi 23 juillet 2009

Comme une impatience de lire le nouveau roman de Lucien Suel

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Il ne paraîtra que le 3 septembre, le nouveau roman de Lucien Suel, le maître de la Station Underground d’Emerveillement littéraire et du blog Silo.
Cet homme a surpris tout le monde avec son précédent livre, à la Table Ronde, Mort d’un jardinier. On ne serait pas étonné qu’il réitère.
Pour les Alamblogonautes, livrons généreusement l’incipit de son épigraphe (c’est bien le moins que l’on puisse faire) :

“Je suis redevenue un petit enfant” (Katherine Mansfield)

La Patience de Mauricette, c’est une quête, celle de Mauricette, vieille femme évanouie dans la nature — elle s’est échappée d’un asile —, avec son lot de grandes souffrances et de petits bonheurs.
Il chauffe, Lucien, il chauffe, et toujours en dehors des voies tracées. Pas difficile de comprendre qu’il aura droit, cet automne, à une sérieuse attention.



Lucien Suel La Patience de Mauricette. — Paris, La Table ronde, 239 p., 18 euros.

jeudi 8 novembre 2007

OmajaJari

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Il a paru l’hommage à Jarry, un siècle après sa disparition, jour pour jour, à la Toussaint. Et sous une forme assez originale pour être détaillée : seize brochures indépendantes composant un collectif de 388 pages. C’est épatant.
De textures variées, ces écrits d’auteurs, variés eux-mêmes, relèvent de tentatives aussi hétéroclites que rêvées. Au poil.
Aussi, le Préfet maritime se réjouit-il (grave) de partager le sommaire - mais un collectif en fascicules peut-il comporter un sommaire ? - avec Pierre Ziegelmeyer et Paul Edwards, et d’autres auxquels il n’a pas toujours l’honneur d’avoir été présenté.
Autre précision nécessaire : toutes les couvertures sont illustrées de dessins des auteurs. Ouiche. C’est pas triste, et c’est foutrement réussi, étonnament, jusqu’à ce qui ressemble bigrement à un détournement d’Ambroise Vollard…
Cynthia 3000 a dignement rempli son office.

Table des “interventions”

Michel Arrivé Il n’y a que la lettre qui soit littérature
Jacques Barbaut des ch 1 ffres & des 1 ettres d’A.J. (1907-2007)
Henri Bordillon Spéculation en forme de poire autour d’Ubu
David Christoffel Faustroll à l’étouffé
Jean-Louis Cornille Honte au génie (débuts et fins de Jarry)
Billy Dranty Ubu bu – drame-vitesse en un acte vain dédié aux bons qu’à rien
Eric Dussert Alfred et l’Omnibus
Paul Edwards Projet de mise en scène d’Ubu Roi dans les rues de Paris
Foutre de Dieu Rosalie superstar
Jacques Jouet Jarry contre le théâtre (tout contre)
Samuel Lequette Introduction à l’Herménoptique
Clément Maraud Le Massacre du roy Venceslas – scénographie en dix tableaux
Christian Prigent Criterium Jarry suivi de Bienvenue au Père Ubu
Nathalie Quintane Finis ton potache ! – Jarry lecteur de Daudet
Lucien Suel Déjà vu, déjà lu, déjà ri (hommaRge à Jarry)
Pierre Ziegelmeyer Actes & Paroles de Sangulus Epiphène, renézidorien


Collectif Omajajari. - Là-bas, du côté de la Pologne, Cynthia 3000, 388 p. en 16 livrets, 150/107 mm, 320 gr. ISBN : 978-2-916779-04-1. 25 € (port 2,90 €)

Cynthia 3000 (cynthias3000atyahoo.fr), 43 avenue du Général Sarrail, 51000 Châlons-en-Champagne