L'Alamblog

Accueil | Contre-feux, revue littéraire | Les espaces de l'édition indépendante

Mot-clé - Louise Michel

Fil des billets - Fil des commentaires

lundi 15 août 2016

Le Claque-Dents, de Louise Michel

louiseMIromns.jpg


Suite des fictions de Louise Michel (1886-1890) : voici enfin le plus célèbre de ses romans, Le Claque-dents


Le claque-dents, c'est l'agonie du vieux monde.
Il rêve de s'affubler encore de pourpre et d'hermine et de donner à boire aux épées. Mais la pourpre et l'hermine sont souillées, les épées rouillées ne veulent plus boire, l'orgie est terminée.
Il a, le vieux monde, le claque-dents de l'agonie ; Shylok et Satyre à la fois, ses dents ébréchées cherchent les chairs vives ; ses griffes affolées fouillent, creusent toutes les misères aiguës, c'est le délire de la fin.
En vain il voudrait pour rajeunir boire à longs traits le sang des foules, ses pots-de-vin lui montent à la gorge achevant de l'étouffer.
La débâche est commencée au petit bruit sec de l'or, la danse macabre des banques valse autour des dernières bastilles.
Le glas sonne sur tout les tyrannies. Mais elles ne veulent pas mourir, sentant la sève du printemps nouveau.
Nous avons vu là-bas, en Calédonie, de vieux niaoulis dont nul ne savait l'âge, s'effondrer tout à coup ayant encore sur leurs branches mortes quelques rameaux verts.
Un bruit sourd, un nuage de poussière et tout était fini ; le grand arbre n'était plus qu'un petit tas de poussière dans laquelle s'agitaient désespérément des insectes d'une autre époque, mille-pieds énormes, araignées velues, punaises chamarrées.
Ainsi disparaîtra la société où la force prime le droit.
En germinal, les brises chantent, agitant de leurs douces haleines l'herbe pleine de fleurs.
Par instants, un dernier souffle glacé traverse l'air comme une feuille qui passe.
Bientôt s'empliront de vie les nids dans les bois.
Ainsi nous touchons à germinal, à la fin de notre hiver séculaire.
(...)



Louise Michel Trois romans. Les Microbes humains - Le Monde nouveau - Le Claque-dents, présentés et annotés par Claude Rétat et Stéphane Zékian. - Lyon, Presses universitaires de Lyon, 636 pages, 26 €



dimanche 14 août 2016

Le Monde nouveau de Louise Michel

louiseMIromns.jpg


Les fictions de Louise Michel (1886-1890) peuvent constituer une lecture pour l'été... Aujourd'hui, partez pour Le Monde nouveau, deuxième roman des six imaginés pour la "série rouge" par leur auteur dans un entretien (Annales politiques et littéraires, 1887) :

Chapitre 1

Le cauchemar de la vie

Combien, par notre automne séculaire, jettent la coupe encore pleine, ne ovulant pas épuise le dégoût de la vie ?
Des petits, des vieux, des jeunes s'en vont ainsi dans l'ombre dont nul ne revient.
Beaucoup luttent broyés, les uns contre les autres, se rendant mutuellement responsables de la commune détresse.
Avez-vous vu, aux portes des abattoirs, les troupeaux se battre follement en attendant la tuerie dont l'odeur les enveloppe .
Dans un fourmillement sembleble humain, ferment le monde nouveau.
Depuis longtemps, depuis toujours, il en est ainsi.
Nous fouillons dans ce livre un coin du charnier.
Sous les arches du chemin de fer, entre Levallois et Clichy, par une de ces nuits de printemps où l'ombre douce et lourde est pareille aux ailes des oiseaux nocturnes, deux hommes achèvent, dans une paix profonde, leur horrible besogne.
Un troisième, étendu à leurs pieds, n'est plus qu'une masse inerte, il a été assommé comme un boeuf d'un coup à la tempe.
...)




Louise Michel Trois romans. Les Microbes humains - Le Monde nouveau - Le Claque-dents, présentés et annotés par Claude Rétat et Stéphane Zékian. - Lyon, Presses universitaires de Lyon, 636 pages, 26 €



samedi 13 août 2016

Les Microbes humains

louiseMIromns.jpg


Les fictions de Louise Michel (1886-1890) peuvent constituer une lecture pour l'été... Elles sont parfois échevelée, voire hirsutes, mais elles constituent un très bel exemple de ce que peut être la fiction militante. En guise de fragment apéritif, voici d'abord Les Microbes humains (E. Dentu, 1886), issus comme Le Monde nouveau et Le Claque-dents d'un projet de six romans nommé "série rouge" par leur auteur dans un entretien (Annales politiques et littéraires, 1887) :

Chapitre 1
A la fumée des pipes
C'est le 26 octobre 18... La brasserie des Jeunes Escholiers, au Quartier latin, regorge de femmes.
Que voulez-vous qu'elles fassent, les femmes ? Il n'y a que cela qui va ! la brasserie.
Partout ailleurs, elles ne peuvent pas vivre, même seules, à plus forte raison quand elles veulent donner la becquée à quelque mioche à moitié mort de la paresse et des pléthoresq paternelles, que la mère ne veut pas jeter à l'eau comme un petit de trop dans la nichée.
Ces mères-là qui ne peuvent pas donner à leurs petits la nourriture des colombes, leur donnent la pâture des corbeaux : elles veulents qu'ils vivent :! - C'est plus cruel que de les tuer, mais elles espèrent qu'ils seront heureux. Avez-vous vu, quand un nid tombe de la branche, comme la femelle cherche à garantir sa voucée ? IL en est ainsi des nids humains tombés de l'arbre de misère. A la brasserie, au milieu de la fumée des pipes, des bocks ; des filles buvant pour faire boire le client. Il faut faire son métier.
(...)



Louise Michel Trois romans. Les Microbes humains - Le Monde nouveau - Le Claque-dents, présentés et annotés par Claude Rétat et Stéphane Zékian. - Lyon, Presses universitaires de Lyon, 636 pages, 26 €



mercredi 27 août 2014

Bientôt sur l'Alamblog !

louiseMIromns.jpg


Une lecture pour l'été : Louise Michel, Les Claque-Dents (Paris, Dentu, circa 1890) :

C'était bien la République Sociale du monde, du genre humain : la terre respirait comme lavée par l'orage, un échelon était monté dans l'humanité. IL n'y avait plus qu'à enfouir le cadavre du vieux monde en donnant le jour au monde nouveau.




Louise Michel Trois romans. Les Microbes humains - Le Monde nouveau - Le Claque-dents, présentés et annotés par Claude Rétat et Stéphane Zékian. - Lyon, Presses universitaires de Lyon, 636 pages, 26 €


jeudi 12 juin 2014

La Bonne Louise (Fanny Clar)

Louise_michel.jpg


La Vierge rouge

La Bonne Louise


Ces jours derniers, a eu lieu au cimetière de Levallois-Perret, une émouvante cérémonie sur la tombe de Louise Michel. les travailleurs de la région parisienne avaient tenu à venir rendre hommage à celle qui défendit si vaillamment et si éloquemment leur cause. Floréal publie d'autre part des photographies de cette manifestation et nous avons demandé à notre collaboratrice Fanny Clar de dire ici, en quelques lignes, ce que fut la vie de dévouement de a la Bonne Louise.


A Conches, petit village de Seine-et-Marne, non loin de Lagny, naquit, en 1835, celle qui devait, un jour, être baptisée La Vierge rouge.
Louise Michel fut une enfant tranquille, une jeune fille que ses maîtresses aimaient pour sa douceur. Mais déjà brûlait en elle cette flamme qui devait la dévorer jusqu'à sa mort, l'ardente bonté qui fit d'elle une mystique du sacrifice.
Toute jeune encore, Louise veut être Institutrice. Sa vocation est là, ne peut être que là, dans ce métier qui exige un dévouement de tous les instants, le don total de soi. Aussi, le devient-elle et, plus tard, quand la République, dont elle aida la naissance, l'aura envoyée en exil, elle instruira ses camarades ignorants, elle apprendra à lire et à écrire aux enfants de Numbo, où vivent les déportés, en Nouvelle-Calédonie.
La jeunesse de Louise fut imprégnée de ces théories, déclarées utopistes ou subversives, qui couvaient sous la répression des agents de l'Empire. Elle va, d'instinct, vers ceux qui les professent. Tout en continuant son humble tâche d'éducatrice, elle marche déjà dans son rêve d'émancipation. L'idéal avait un nom, presque un visage. Il s'appelait République. Bien avant qu'elle ne fût là, elle existait déjà pour ceux qui, avec dévotion, murmuraient à voix basse son nom vénéré.
Louise est institutrice rue Oudot, jusqu'à un peu plus de vingt-deux ans. Puis cela ne suffit plus à son apostolat. Il lui faut la tribune pour appeler le peuple au réveil. Il lui faut aussi cette autre tribune, le journal.
Les voix sont étouffées qui osent s'élever. Le mouchard est roi, le complot policier triomphe. J.-B. Clément peut chanter :

Le pain est cher, l'argent est rare,
Haussmann fait hausser les loyers,
Le gouvernement est avare,
Seuls les mouchards sont bien payés !

Mais déjà Victor Hugo signait Napoléon le Petit, terminait Les Châtiments, et Rochefort promenait sa Lanterne sur les événements.
En 1864, à Saint-Martin-Hall, à Londres, un meeting avait lieu à l'occasion de la Pologne malheureuse. On parla de ce martyre, puis le débat s'élargit, engloba bientôt le monde ou, partout, les déshérités étaient le nombre, alors qu'ils pouvaient devenir la force. Louise Michel s'écrie :
« Les Polonais souffrent, mais il y a par le monde une grande nation plus opprimée, c'est le prolétariat. »
Aux acclamations d'une assemblée enthousiaste, l'Internationale est née. Elle publie des manifestes, dont elle inonde l'Europe. L'Empire prend peur, la déclare Société secrète ; ses membres sont traités de malfaiteurs. Tout en participant au travail des Internationaux, Louise Michel n'est pas encore inquiétée. On ne trouve pas son nom parmi ceux des compagnons traqués et emprisonnés.
Vient 1870, l'assassinat de Victor Noir, par le prince Bonaparte. On dirait qu'un signe mystérieux du destin des peuples veut qu'un cadavre marque le seuil de toutes les époques tragiques de leur histoire. Aux funérailles de Victor Noir, Louise Michel est habillée en homme, serrant contre elle un poignard volé chez son oncle. La mort passe dans l'air et Paris est secoué d'un immense frisson. Seules des charges de cavalerie ont lieu. Aucun événement trop grave ne se Elle était République devait attendre son heure. Elle était proche, d'ailleurs. La guerre allait jeter bas l'Empire et faire luire le jour tant espéré.
Quand vinrent les désastres, à la nouvelle de Strasbourg en danger, commence le premier mouvement insurrectionnel où Louise Michel agit. On a déposé sur les genoux de la statue de Strasbourg un livre ouvert. Quantité de femmes, dont beaucoup d'institutrices, viennent y signer un engagement volontaire. Avec Andrée Léo, Louise Michel est déléguée pour aller réclamer des armes. Reçues à l'Hôtel de Ville, elles y sont tout simplement retenues prisonnières tout un jour. Durant ce temps, on apprend la reddition de Strasbourg.
La haine contre l'Empire devient une formidable colère. On parle de sorties en masse, on crie, enfin, ce qu'on chuchotait : « Vive la République ! »
Et Louise Michel, qui a écrit un bon nombre de poèmes, dont l'inspiration vaut, parfois, mieux que la forme, trace fiévreusement ces vers :

La république universelle
Se lève clans les cieux ardents,
Couvrant les peuples de son aile
Comme une mère ses enfants.

A l'Orient blanchit l'aurore !
L'aurore du siècle géant.
Debout ! pourquoi dormir encore ?
Debout, Peuple, sois fort et grand !

Le 31 octobre, répondant à l'invitation, le peuple crie : « Vive la Commune ! »
Louise Michel va vivre son rêve. Je n'ai point la prétention, en cet article, de retracer la vie de Louise à cette époque. Elle est de toutes les batailles et cette phrase d'elle l'explique tout entière : « La première fois qu'on défend sa cause par les armes. on vit la lutte. si complètement qu'on n'est plus soi-même qu'un projectile. » C'est bien ainsi qu'on la voit à travers les balles, sa taille mince drapée de l'écharpe rouge, ses cheveux courts flottant autour de sa tête énergique, où les yeux éclairaient le visage d'une lumière.
Les combats ne l'empêchent point de donner son activité aux cours du soir. Elle en a trois : la littérature, la géographie ancienne, le dessin. Toutes ces leçons, d'ailleurs, sont des prétextes à la plus ardente propagande. La besogne de Louise ne s'arrête pas là.
Elle est du Comité de secours pour les victimes de la guerre, du Comité de la Patrie en danger, des Ambulances, de la Marmite révolutionnaire, où venaient manger tous ceux qui avaient faim. Emprisonnée après le 31 octobre, relâchée, elle est partout où son zèle est nécessaire. Jour et nuit, elle est sur la brèche et c'est le plus magnifique exemple de tendresse humaine que la vie de Louise Michel en ces moments tragiques, de cette vie qui, autour d'elle, selon sa propre expression, flamboyait, tant on avait hâte de s'échapper du vieux monde.
Le 2 avril, alors que le Gouvernement de la Commune fonctionnait, le canon tonne sur Paris. Ce sont les Versaillais qui viennent abattre le mouvement pour tuer la Commune.
Le 21 mai, la Commune commençait à mourir.
Louise Michel participe à ses dernières luttes jusqu'à son arrestation. Alors, c'est le chemin de Satory, puis celui de Versailles. Ce sont les cortèges de prisonniers que viennent insulter, frapper, une bande de jeunes gens et de femmes ivres de leur peur passée et de leur rage de vengeance.
Au mois de décembre, commença le procès de Louise. Elle a trente-six ans. Voici comment la décrit un journal bourgeois, Le Droit :

Elle porte des vêtements noirs ; un voile dérobe ses traits à la curiosité du public fort nombreux ; sa démarche est simple et assurée, sa figure ne révèle aucune exaltation.
Son front est développé et fuyant ; son nez, large à la base, lui donne un air peu intelligent ; ses cheveux sont bruns et abondants.
Ce qu'elle a de plus remarquable, ce sont ses grands yeux d'une fixité presque fascinatrice. Elle regarde ses juges avec calme et assurance, en tout cas avec une impassibilité qui déjoue et désappointe l'esprit d'observation cherchant à scruter les sentiments du cœur humain.

Louise Michel ne veut pas être défendue. Elle revendique hautement ses actes, réclame la peine de mort. Ce fut la déportation dans une enceinte fortifiée.
Le mardi 24 août 1873, à dix heures du matin, après avoir embrassé sa mère la veille, Louise Michel partait en voiture cellulaire jusqu'à La Rochelle, d'où elle embarquait sur La Comète, puis sur La Virginie. Les prisonniers étaient en cage. Dans la cage face à celle des femmes se trouvait Henri Rochefort. Il leur est interdit de se parler. Non seulement on se parlait, mais on s'écrivait, en vers même. Rochefort dédiait les siens à ma voisine de tribord arrière :

J'ai dit à Louise Michel :
Nous traversons pluie et soleil,
Sous le cap de Bonne Espérance ;
Nous serons bientôt tous là-bas :
Eh bien, je ne m'aperçois pas
que nous avons quitté la France.

Sitôt le débarquement, la vie s'organise dans un paysage extraordinaire, sous un ciel de feu. Des mariages ont lieu entre déportés. Ceux que l'on considérait comme dangereux étaient mis à la double chaîne, traînaient le boulet. Quelques-uns furent condamnés à mort. Un devient fou. Ceux qui essaient de s'enfuir sombrent et l'on ne retrouve même pas leurs cadavres.
L'amnistie ramène, enfin, Louise Michel en France. Elle s'installe à Levallois-Perret et reprend sa besogne. Je me souviendrai toute ma vie de son apparition sur l'estrade, la première fois que je la vis. Sa voix chantante faisait descendre sur la foule les paroles d'espoir qui ouvraient l'avenir et le halo d'une lampe semblait auréoler celle qu'on a pu si bien nommer une sainte laïque.
Malgré les désillusions, les souffrances, la Vierge rouge, que le peuple reconnaissant surnomma la bonne Louise, continua jusqu'à son dernier souffle à prédire l'avènement de l'humanité juste et libre, la radieuse aurore pour laquelle elle avait bravé la mort.
En janvier 1905, une foule immense venait à la gare de Lyon chercher le corps de Louise Michel pour la mener à sa modeste tombe. Ce fut là seulement qu'elle put goûter le repos qui était bien pour elle le sommeil venu après la journée magnifiquement remplie.


Fanny Clar.

Floréal, n° 6, 7 février 1920.


Et bientôt, sur l'Alamblog, un billet concernera l'édition de ses Trois romans (Les Microbes humains, Le Monde nouveau, Le Claque-dents) en un volume aux Presses Universitaires de Lyon par Claude Retat et Stéphane Zékian.


mardi 2 décembre 2008

Caroline Granier enfin en volume

CarolineGranier.jpg



Caroline Granier s’est consacrée à l’étude des écrivains anarchistes. Précisions : aux fictionneurs anarchistes, ou aux anarchistes usant de la fiction pour diffuser leurs thèses. On les connaît plus ou moins, mais on réclamait une synthèse, et la voici qui nous taxinomise intelligemment Jules Vallès, Louise Michel, Georges Darien, Charles Malato, Emile Pouget, Bernard Lazare, Mécislas Golberg, Séverine, André Léo, Octave Mirbeau, Jean Grave et ses Aventures de Nono, Sébastien Faure, Georges Eekhoud, Zo d’Axa, Han Ryner, Victor Barrucand… Leur appétance pour la prose et ses effets secondaires est désormais traitée, de même que leurs origines, leurs thématiques de prédilection, leurs effets sur les artistes à venir (les avant-gardes…), le tout sous la forme d’une chronique mêlée d’analyse bigrement bien ficelée.
D’abord diffusé généreusement sur internet, le travail de Caroline Granier a connu naguère une illustration dans la revue Brèves Les Retourneurs d’idées et voit enfin le jour en volume.
Les amateurs sauront que l’opus sera présenté le samedi 13 décembre à partir de 18 heures à l’Espace Louise Michel (42ter rue des Cascades, Paris XXe, mo Pyrénées).


Caroline GRANIER Les Briseurs de formules. Les Ecrivains anarchistes en France à la fin du XIXe siècle. — Coeuvres-et-Valsery, Ressouvenances, 2008, 469 p., 35 euros.

Ressouvenances
3, rue de la Cidrerie
02600 Coeuvres-et-Valsery
03 23 55 36 97

mercredi 6 février 2008

L'Anarchie est de saison

breves84.jpg



Avant que ne flambe la révolte que d’aucuns attendent, la revue Brèves, toujours en avance sur la prochaine ébullition, produit un numéro monté par la spécialiste Caroline Granier : Les Retourneurs d’Idées.
Consacré aux écrivains anarchistes, peuplade lue au sens large, on y lit des nouvelles de Georges Darien, Jules Vallès, Isabelle Eberhardt, Louise Michel, Félix Fénéon, Victor Barrucand, Octave Mirbeau, Jean Réflec, Flor O’Squarr, dont Apollinaire pensait tant de bien et qui livre ici une curiosité sur la Commune… ou encore Alphonse Allais qui ne dépare pas ici.
Et pour cause : Allais ne dépare jamais.
Entendu que pour ces hommes et femmes de combat, le livre est une arme destinée à libérer l’être humain, Caroline Granier explique en préambule comment ils dénoncent les « fictions sociales » dont l’ordre établi se sert pour abêtir et asservir le populo. Soit littérature de combat versus littérature de propagande. Dans le même numéro, mais à rebours, un dossier est consacré à Jacques Vallet, le Jacques Vallet, écrivain qui fut d’abord le meneur de la revue Le Fou parle, une revue de poids dont on n’a pas fini de parler - Il se pourrait bien que l’Alamblog, une fois les sommaires de Bizarre consommés, se consacre à lui dorer la vitrine, n° par n°. On découvrira alors peut-être quelle revue fondamentale fut Le Fou parle, organe libre et libéré.
Pour Brèves, on sait déjà.


BREVES. Les Retourneurs d’Idées (n° 84)
avec Photos et dessins de Despatin & Gobeli, Lise le Coeur, Kerleroux et Roland Topor. 144 pages, 12 euros