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lundi 23 novembre 2009

Ecrire l'histoire (avec des détails)

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Encore une passionnante livraison de la revue Ecrire L’histoire, des éditions David Gaussen (Marseille) avec énormément d’histoire et assez de littérature. Le sujet est le détail, c’est le second volet d’une interrogation cardinale, si l’on ose dire.
Au sommaire, un entretien avec Pierre Bergounioux, et puis Alexandre Dumas, Claude Simon, Louis-Ferdinand Céline, Sebastian Haffner, Stendhal, Pierre Michon, et quelques autres…

Retenons cette citation d’Héraclite, produite par l’éditeur Richard Figuier dans son bel article : “Il y a des dieux même dans la cuisine”.

Avant-propos par Claude Millet
Marc Hersant « Malheur au détail  ! » (Voltaire)
Françoise Asso Du poids de l’argent (des Trois Mousquetaires au Vicomte de Bragelonne)
Bertrand Tillier La peinture de bataille au détail : Carl Spitzweg et le comique
Jacques Dürrenmatt Pratique du détail dans la bande dessinée historique : un problème de légitimité
Dominique Dupart Actualité du détail historique dans trois témoignages sur le nazisme
Catherine Coquio Une infime fraction de la vérité : témoignage et écriture du détail dans l’historiographie de la Shoah (Raoul Hilberg, Saul Fiedlander)
Richard Figuier Dans le détail, l’historique cité à l’ordre du jour
Carlo Ginzburg L’âpre vérité, un défi de Stendhal aux historiens, traduit et présenté par Martin Rueff
Claude Millet et Paule Petitier “Il nous restait les détails”, entretien avec Pierre Bergounioux Le détail : émergence de l’histoire dans la chronique du présent. Jean Rolin, Terminal frigo, par Franck Laurent
Quand une coquille change l’histoire : Le Siège de Lisbonne de José Saramago, par Paule Petitier
À propos des Disparus de Daniel Mendelsohn, par France Vernier, des Onze de Pierre Michon, par Paule Petitier, Rouge décanté, de Jeroen Brouwers, par Claude Millet…

Histoire de cartes (II)
Présentation par Nathalie Richard
Jean-Marc Besse Cartographie et histoire dans le Parergon d’Abraham Ortelius
Axelle Chassagnette Une carte des confessions dans l’empire germanique du XVIe siècle (Johannes Mellinger, 1571)
Alain Delissen “Je suis un tigre…” Figuration géohistoriques du monde coréen


Ecrire l’histoire (n° 4, automne 2009)
176 pages, 15 euros.

Rappel : Ecrire l’histoire (n° 3, “Le détail (I)”, printemps 2009)
158 pages, 15 euros.

vendredi 16 octobre 2009

Prémices de Louis-Ferdinand Céline

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Les Lettres de Céline à Joseph Garcin avaient paru quelques années en 19!è, après avoir été révélées en 1979. Elles reparaissent dans la nouvelle collection “Céline & Co”, dirigée par Emile Brami, et c’est une très bonne chose.
La correspondance en question démarre en 1928 — Céline va mettre en oeuvre la rédaction de “Voyage au bout de la nuit”, lorsque son correspondant — alors installé à Londres, Joseph Garcin est un actif, proche de la pègre, aux velléités politiques bientôt déçues, un homme d’affaires louche — devient son informateur sur les bas-fonds de Londres, et s’achève en 1938 au moment où l’actualité diplomatique européenne devient la poudrière que l’on sait.
Il s’agit de vingt-huit lettres précieuses en ce qu’elles éclairent nettement la genèse de l’oeuvre de Céline. Autant la matière — ou la quête de sa matière par l’écrivain — que la voix de Céline sont là incroyablement présents. C’est du Céline natif, brut, sans fard, Destouches déjà Céline jusqu’aux ongles sentant venir la catastrophe, jouant sciemment le jeu de la bête de foire, sans illusion, dès 1933 :

Ici les ennuis s’atténuent, mais quelle sotte et pénible fin d’hiver — je suis voué aux catastrophes, matérielles et ordinaires. Enfin le monstre poursuit sa course de façon tout à fait inattendue. La critique déconne, je suis le phénomène et il s’agit de faire le pitre, c’est dans mes cordes vous le savez. Je vais les régaler, bientôt ils danseront la danse du scalp autour de mon poteau. Mentir, raconter n’importe quoi, tout est là Garcin. Il faut donner aux gens ce qu’ils attendent, la vérité n’est plus d’époque — l’essentiel pour moi, cette petite indépendance très laborieusement acquise. Le reste est aux camelots.




Louis-Ferdinand Céline Lettre à Joseph Garcin, présentées par Pierre Laîné. — Paris, Ecriture, 2009, 144 pages, 15, 95 euros.

lundi 17 août 2009

Marc Stéphane, précurseur de Louis-Ferdinand Céline

sc0000fe79.jpg Marc Stéphane en “prolétaire des champs”.



Le livre de M. Louis-Ferdinand Céline Voyage au bout de la Nuit, édité par Denoël et Steele, est le livre du jour.
On a pu imprimer que l’aventure d’Emile Zola recommençait. Il est possible. Ce livre est fort, franc et nous repose des fadeurs, des tarabiscotages et des snobismes de la mode.
Si nous avions un reproche à adresser à cet écrivain, ce serait d’avoir, par endroits, laissé reparaître la littérature. Il est évident que, commencé dans le ton du langage populaire, voire populacier, ce ton devait, pour la plausibilité, être conservé jus qu’au bout. Un auteur du plus grand talent, d’ailleurs, qui fût longtemps méconnu et qui n’a pas la place à laquelle il a droit, (c’est Marc Stéphane que nous voulons dire), a su, lui, conserver dans ses livres cette unité de ton qui est probablement la seule qualité manquant au Voyage au Bout de la Nuit.
Néanmoins, M. Céline, s’il ne nous apporte ni quelque chose de tout à fait nouveau, ni le chef-d’oeuvre que certains proclament, nous apparaît comme un écrivain puissant, l’un de ceux qui régénéreront peut-être la tiède, commerciale et prétentieuse littérature d’hier et d’aujourd’hui. — N.




Georges Normandy in L’Esprit français, n° 77, 10 janvier 1933, p. 127-128.

jeudi 7 février 2008

Bibliographies des éditions éoliennes & à hélice

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Ancien élève des Arts déco, Xavier Dandoy (il est né en 1969 à Madagascar) aurait tout aussi bien pu suivre les cours de l’école Estienne où sont formés les typographes français. Déjà connu des lecteurs de Luc Dietrich et de René Daumal pour ses éditions à l’enseigne de l’Éolienne, il signe un petit traité typographique très plaisant consacré aux signes de la ponctuation ancienne et moderne. Jonglant avec une maquette colorée et extravagante, Xavier Dandoy rappelle l’histoire des douze signes usuels ([:.![{…, etc. et s’inspire des inventions telles que le “point de poésie” (J. Blaine), le ” trait de pensée ” que l’on retrouve chez Arno Schmidt ou les “…” déjà présents chez Paul de Kock Céline n’a pas tout inventé pour proposer la “bifurcation”, le “contrefort” et même la “virgule flottante”. Néanmoins, sa préférence va au “!” trafiqué. Attention, il ne s’agit pas d’un point d’exclamation standard, étique échalas d’usage courant, mais du ” point d’ironie ” (non reproduisible ici, satanés caractères iso, mais reproduit en couverture de l’opus) inventé par le poète Alcanter de Brahm (Marcel Bernhardt, 1868-1942).
Si l’on ajoute les noms de El Lissitzky, Maurice Roche, Henri Pichette, Raoul Hausmann, Hervé Bazin ou Jean-François Bory, on voit à quel point la ponctuation passionne. N’oublions pas non plus les typoèmes de Jérôme Peignot ou les types aux graphies de David Lee Fong qui rappellent cette autre curiosité que sont les poèmes exclusivement composés de signes typographiques. Leur prototype apparaît dès L’Histoire du roi de Bohême et de ses sept châteaux de Charles Nodier (1830) et pourrait bien encore faire des émules après André Martel. Les voies de la typographie sont insondables…


Ce livre, drôlement innovateur, fut publié en 2003. Xavier Dandoy, chercheur dans l’âme, en a produit depuis une version enrichie, comme nous le verrons au cours de ce panorama complet du catalogue de la maison éolienne.
Chaque chose en son temps, n’est-ce pas ?

La librairie La Hune fête éolienne/à hélice en lui consacrant depuis une quinzaine de jours une vitrine. A voir, si vous êtes à Paris.

Xavier DANDOY Le Treizième Signe, ou la Nouvelle Ponctuation ancienne et moderne. - Paris, à hélice/éolienne, 2003, 78 pages, 17 e

éditions éoliennes & à hélice
collectif de recherche fondamentale en ponctuation
6-8 rue Vulpian, 75013 Paris
01 53 80 20 33 — 08 71 49 33 13

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