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mercredi 30 décembre 2009

Des origines de certains événements et des bases de la langue

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Chez Dilecta, on peut se fournir en Art des putains ou en Arabe du coin, en Animal Sketching d’Alexandre Calder, en Fondements du judo d’Yves Klein, ou en Manifeste des Nouveaux Réalistes de Pierre Restany.
Mais c’est la collection Dada qui nous importe aujourd’hui car y est proposé depuis plus d’un an - excusez le retard - un fac-similé plus qu’intégral de la revue Proverbe, “feuille mensuelle pour la justification des mots” lancée par Paul Eluard depuis son home du 3 rue Ordener (Paris XVIIIe) avec le concours de Jean Paulhan, qui signe l’éditorial “Syntaxe” où s’exprime le souci de vivifier la langue, et la participation de Philippe Soupault, Tristan Tzara, André Breton, Francis Picabia et Maurice Raynal. Le premier numéro paraît le 1er février 1920, soit un an précisément après la proposition émise par Paulhan de présenter André Breton à Paul Eluard : il était donc bien partout, Paulhan, avec son air de ne pas y toucher, et son appétence pour les finesses langagière et comportementale :

l’auto, la pratique des jalons et ces mots anglais qui sont peut-être des gros mots, j’ai toujours vu que tout se passait comme si (n° 3, 1er avril 1923, p. 1)

Il se présente sous la forme de quatre pages et dans le goût typographique de Dada qui fait toujours les délices des amateurs de tracts. On y découvre tout d’abord que “391 ne contient pas d’arsenic” et que les mots “s’usent à force de servir”, et notamment chez les écrivains qui en connaissent trop, dont “les oeuvres sont les plus ternes qui soient” (Paulhan toujours).
Plus tard, en s’adjoignant les ébullitions de Georges Ribemont-Dessaignes, Paul Dermée ou Céline Arnauld au fil des 6 livraisons (la dernière est titrée L’Invention n° 1 et Proverbe n° 6 (1er juillet 1921), cette feuille aura bravement soutenu les efforts conjoints de quelques jeunes gens décidés à ne pas laisser la langue dans l’état où ils l’avaient trouvée.
Et d’ailleurs,

Après nous la blennoragie (Docteur V. Serner)

Rarissime ou uniques, la collection originale et les documents annexes fournis par Paul Destribats et présentés par Dominique Rabourdin sont reproduits dans leur “jus”, couleur du papier comprise, au format, comme autant de pièces que l’on dirait authentiques. Ces pages sont tout simplement captivantes - et pas seulement le manuscrit de la première page “à trou” de l’échantillon gratuit au fameux ajour intitulé “Bracelet de la vie”. On s’y perd, l’esprit y fait son chemin, sourit, rebrousse, tergiverse, cahote, s’interroge et se prend à rêver d’une ère où, dans la grisaille d’une crise bientôt séculaire, quelques êtres reprendraient le dessus, le nerf, le knout, l’envie…

Avec DADA, tous les jours, rendez-vous n’importe où




Proverbe feuille mensuelle pour la justification des mots. Fac-similé édité et présenté par Dominique Rabourdin. - Paris, Dilecta, 2008. Sous chemise, 1 livret de 16 pages et 6 numéros indépendants, 25 euros



NB Dilecta a publié en autre choses passionnantes les Sept manifestes Dada de Tzara et les manifestes futuristes (Debout sur la cime du monde)

Dilecta
4, rue de Capri, 75012 Paris
contact@editions-dilecta.com

vendredi 6 avril 2007

Les couilles du surréalisme (paroles de Pia)


Le travail de René Fayt nous permet d’en savoir plus sur un point crucial de l’histoire littéraire du siècle dernier (cf. billet d’hier) : quelle était la position de Pascal Pia sur le surréalisme.
Les fragments de deux lettres mises en lumière dans Au temps du Disque vert méritent le détour. Ils sont clairs, pour ne pas dire lumineux, et plutôt iconoclastes.
On sait quelle était la lucidité de Pascal Pia, il serait dommage de ne pas écouter ce qu’il avait à nous dire. Extraits.


Noël (jeudi 25/12/1924)
Mon cher Hellens,
Tu trouveras ici une longue note sur Aragon. (…)
J’ai d’abord hésité un moment. IL me semblait presque inutile de dire ce que chacun pense des comédiens surréalistes. Mais comme ces MM. prennent des airs menaçants il est tout de même bon qu’on les envoie se faire foutre. Je pense que tu seras de mon avis. En tout cas je tiendrais à ce que cette note paraisse, in extenso. (…)



31-12 (1924)
Mon cher Franz
(…) Publie la note sur Aragon, comme tu voudras. J’accepte volontiers la manière que tu proposes ; j’entends même que cette note n’engage que moi, puisque je me suis presque placé sur ce terrain où Aragon et Breton avaient invité M. Morhange à venir. Si Aragon a des couilles, on sait quelle réponse il doit faire. On verra bien lequel cette fois se dérobe. Pour leur talent, je n’y contredis pas, mais il est — je crois l’avoir écrit — d’essence poétique, et non critique. Quant au sens critique de Breton, je ne marche plus. Je ne fais jamais grief de son ignorance à personne, sauf à qui veut se faire prendre pour érudit. Les Pas perdus sont, pour qui a lu Sade ou Vauvenargues, par exemple, un témoignage éclatant de présomption et d’ignorance. (…)



Faut-il épiloguer ?
Nous renvoyons aux références du livre mentionné hier. Il semblerait qu’il constitue une pièce maîtresse de la connaissance avertie des choses du temps passé. “Une opinion”, le pamphlet de Pia (Le Disque vert, janvier 1925) évoqué plus haut y est reproduit en fac-similé. Que demander de plus ?


Pour information :