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lundi 13 novembre 2017

Čapek à Londres

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Karel Čapek, comme Eça de Queirós ou Alphonse Allais, c'est un esprit qui parle. Et le Tchèque a une autre corde à son arc : il dessine. En 1924, il est envoyé en Angleterre à l'occasion d'une grande manifestation en l'honneur de l'Empire britannique. Comme il le comprend très vite, c'est plutôt une grande manifestation en l'honneur de l'Angleterre : L'île-mère capte la production de ses colonies et la met en montre comme une prise de guerre. (Il n'y a pas de musée anthropologique à Londres, Čapek l'a noté avec perspicacité). Mais au-delà de la politique économique coloniale, Čapek rencontre une civilisation qui a beau être étrangère, lui reste étrangère. Il y a surtout la ville, les autobus, la foule, les harangueurs de parc, les clubs où l'on vient pour se taire (on y écrit, note-t-il, en fumant, à moins qu'on n'y fume en lisant) et puis la campagne qui le ravit.
Lorsqu'il évoque l'East End populeux, cela donne ceci :

Dans cette écrasante quantité, on n'a plus l'impression d'un flux humain excessif, mais d'une formation géologique : ce noir magma doit être vomi par les usines ; ou bien ce sont les alluvions du commerce qui s'écoule là-bas dans des navires blancs sur la Tamise ; ou bien des sédiments de suie et de poussière se sont déposés ici.

Jouant avec grâce l'étonnement et la candeur, Karel Čapek multiple les scènes de genre et s'extasie sur la country anglaise. Quelque chose le trouble en effet dans la façon dont les Anglais vivent leur verdure. Et il comprend vite :

La campagne anglaise n'est pas faite pour le travail : elle est faite pour les yeux.

De la génération des grands chroniqueurs européens du siècle passés, Karel Čapek a de quoi nous séduire, autant qu'il est surpris. D'ailleurs il visite tout : l'Irlande et l'Ecosse, les rues mal famées et les quartiers huppés, Oxford et Cambridge, et même ses collègues Chesterton, Wells ou Shaw (dont il recopie les portraits vus dans la presse). Il les dessine comme il a dessiné les cerfs ou les dockers, les phares et la mer. Son voyage est documenté : a-t-il vraiment tout vu ? Peu importe, il est drôle, passablement ironique, un peu moqueur et plein d'autodérision pour ce qu'il est surpris du reste.
Ecrit-on encore des reportages avec ce sens de l'Autre et ce dédain de soi ?


Karel Čapek Lettres d'Angleterre, traduit par Gustave Aucouturier. — La Baconnière-Ibolya Virag, 181 pages, 12 €

dimanche 11 novembre 2012

Les couvertures du siècle dernier (XIX)

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Jean-Louis Brau Les Mauvais lieux de Londres. — Paris, André Balland, 1970, 222 p. Reliure cartonnée de l'éditeur. Couverture illustrée par Luc Paget.



Et sa quatrième de couverture : lucpaget4.jpg