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lundi 13 mai 2013

Un gourdin, s'il vous plaît ! (Marc de Montifaud)

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L'utilisation de la boxe comme métaphore de l'expression littéraire a d'abord frappé chez Arthur Cravan avant d'être reprise, à quelques reprises, chez les plus farouches de nos auteurs à gants. Et notamment par Dominique Poncet ou, plus récemment, par Christophe Macquet.
Ce fragment d'un texte défensif de Marc de Montifaud, la plus virile des femmes de plume - elle appartenait à un temps qui menait de George Sand à Colette, curieuse luge -, montre que les plus vifs sont parfois les plus rudes, et peuvent se montrer rugueux sans émietter le glissant superbe de leur style.

De quoi avoir envie de relire tout Marc de Montifaud.



I
Je n'ai point reçu de leçons de boxe ou de savate ; sous le rapport du coup de poing, j'avoue que mon éducation a été terriblement négligée, et je dois de graves reproches à mes parents qui n'ont pas su deviner, comme c'était leur devoir, que la savate ou la boxe seraient un jour les seuls éléments de victoire au milieu de la société dans laquelle j'étais appelé (sic) à vivre. On ne pense pas à tout. Ils ont cru, eux qui appartenaient aussi à la presse, que la grammaire et la dialectique offraient toujours des armes courtoises entre gens bien nés; ils se sont persuadés, - les naïfs, - qu'il existerait quand même une société dont les adversaires pourraient se dire les plus mortelles injures sans pour cela emprunter un langage de portefaix. Quelle était leur erreur ! Je les déclare donc responsables de tout ce qui m'arrive, comme attaque de la presse. Pourquoi ne m'ont-ils pas enseigné ce que c'était que le "chien", le "chic" et le "zinc" de ces messieurs ? Pourquoi ne m'ont-ils pas appris, qu'entre gens de lettres, il n'existait ni homme, ni femme et que le suprême du goût consistait à se montrer auvergnat. Il est vrai, qu'à cet égard, leur éducation devait offrir les mêmes lacunes que la mienne. N'importe ! je persiste à dire qu'ils ont eu tort : Foin de la grammaire et des belles lettres ! un gourdin, s'il vous plaît !
(...)




Marc de Montifaud Madame Ducroisy, la presse et la justice... Précédé d'une lettre de M. Raoul Postel, Ancien Magistrat, Ancien Rédacteur de l'Echo universel. - Paris, impr. de A. Reiff, 1879, 46 p.