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mardi 4 juillet 2017

Kijé n'est pas là

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Tynianov... Ce patronyme n'entraînera pas de pâmoison dans la foule. Et pourtant, Iouri Tynianov (1894-1943) est l'égal de Melville : son Kijé ne vaut pas moins que Bartleby.
Bien sûr, il est russe. On ne saurait être tous américains. Faut-il imaginer que cela a pu avoir un effet dans la réception d'un grand texte mémorable ?
Lorsque vous l'aurez lu ce majestueux Kijé, vous constaterez de vous même que cela ne change rien en effet. Le Lieutenant Kijé est un de ces récits qui érigent un type immarcescible et significatif, soit un classique de premier rayon. Par hasard, il appartient avec Bartleby ou Au coeur des ténèbres à la catégorie des nouvelles à peine développées qui posent des bornes importantes. Et c'est ainsi que, tandis que le Bartleby de Melville fait office de mascotte de la postmodernité, Le Lieutenant Kijé est celle de notre temps.
Fable cruelle et folle de 1927, Le Lieutenant Kijé relate comment un certain Kijé naît de l’erreur de copie d’un scribe du tsar Paul Ier, le fils de la Grande Catherine, despote notoire, et conduit à la suppression des rôles du bien réel lieutenant Sinioukhaïev dont le nom a été rayé par compensation. Il n'est pas question d'insuffler le désordre dans l'entourage immédiat d'un tsar qui a la main lourde dès lors qu'il lui prend l'envie de punir...
Propos sur la fraude, sur la simulation et sur la brutalité du pouvoir, on ne sera pas surpris d’apprendre que Kijé connaît une carrière fulgurante, un mariage fastueux (où il ne se présente tout de même pas) et a plusieurs enfants comme il se doit. Tynianov, qui avait l'habitude de dire que son rôle débutait au moment où les documents historiques qui lui servaient de source s'interrompaient, s'est servi d'une anecdote réelle du règne de Paul Ier pour mettre sur pied cette tragicomédie qui porte condamnation de l'époque de Paul Ier comme de la notre.
En cherchant bien...


Iouri Tynianov Le Lieutenant Kijé, traduit, annoté et commenté par Lily Denis. - Paris, Galliamrd, Folio bilingue (n° 94), 144 pages, 7,70 €

Une fois séduit(e) par Tynianov, vous aurez la possibilité de vous ruer sur Iouri Tynianov La Mort du Vazir-Moukhtar, traduit par Lily Denis. - Paris, Gallimard, "Folio" (n° 6337), 720 pages, 9,30 € ou sur Le Disgrâcié... Dans La Mort du Vazir-Moukhtar, c'est du poète Griboïedov, le contemporain de Pouchkine, qu'il est question.