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mardi 6 octobre 2015

Des chevets au front

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Il y avait bien longtemps qu'on n'avait pas lu une ligne de Georges Duhamel (1884-1966). On n'en ressentait guère le besoin il faut dire. Depuis qu'il avait occupé l'espace littéraire de ses grandes machines, succès par milles qui s'accumulent désormais dans les vide-greniers (en grands papiers s'il vous plaît), et de sa posture de bon bourgeois qui a réussi, n'était guère excitant c't'oiseau-là. Et cependant Laurence Campa, la biographe d'Apollinaire, présentant sa réédition de Vie des martyrs, premier ouvrage conséquent de Duhamel paru en pleine guerre au Mercure de France, parvient à redorer son blason en rendant tout son intérêt à la fois littéraire et humain à ce qui constitue la première marche du parcours de cet écrivain qui a marqué son temps.
Parmi ceux qui ont témoigné de la Grande Boucherie (liste partielle ici), Georges Duhamel fait partie des 20.000 médecins qui ont fréquenté "l'envers de l'enfer", ses tables d'opération improbables, sa chirurgie à l'arrachée, ses "autochir" (pour automobile chirurgicale), les hôpitaux de l'arrière ou les cahutes du front. Très tôt, en 1917, il donnait son récit au même moment que Derrière la bataille (Payot, 1917) d'un autre médecin, Léopold Chauveau, qui utilisait la même modalité de témoignage sous forme d'anecdotes et de récits courts. Naturellement, l'observateur des Témoins, Jean Norton Cru y mit son nez et préféra Chauveau, plus direct selon lui, moins paternaliste, larmoyant et "littéraire", mais il est fort probable que nous ne croirons pas sur parole un Cru qui n'a jamais été critique littéraire, tant que nous n'aurons pas lu Chauveau. Bienveillant et consolateur, Duhamel en tout cas marqua considérablement les esprits en insistant sur ce que la douleur pouvait représenter concrètement pour ces "martyrs" pilonnés, écrasés, troués, déchirés par les balles et les fragments d'obus, ou les coups de pied de cheval. La façon dont il présentait à de maintes reprises la "cérémonie" du pansement, en particulier, renvoyant à des images très nettes, déchirantes pour le coup, terribles et terriblement répétitives.
Il est clair que ces générations (Pergaud, Apollinaire, Fargue, Philippe, Miomandre, etc.) découvraient le témoignage et son usage, à la suite sans doute des chroniqueurs façon Caliban (Emile Bergerat) et des naturalistes, comme les reporters naissant. L'horreur des hôpitaux militaires ne prêtait d'ailleurs pas à l'Art pour l'Art... Les drames humains qui s'y jouaient chaque jour et sans répit ne pouvaient qu'émouvoir ceux qui se devaient d'intervenir et d'ajouter aux souffrances pour sauver. Au fond, si Gabriel Chevallier a dit La Peur, on peut considérer que Duhamel a écrit en quelque sorte son pendant : La Douleur.



Georges Duhamel Vie des martyrs. Précédé de "Inter arma poesis" de Laurence Campa. - Paris, Payot & Rivages, 2015, "Petit Bibliothèque Payot. Classiques", 205 pages, 8,10 €

dimanche 20 septembre 2015

Louis Hobey est revenu

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Tandis qu'hier au Philharmonique de Pantin, Arvo Pärt donnait à entendre ses chants de paix, le bulletin d'information des éditions Plein Chant nous rappelle au vieux traumatisme de la der des ders, celle de 1914, en proposant la réédition du très rare témoignage du syndicaliste Louis Hobey (1892-1960). Engagé mais rentré sain et sauf et par miracle, ce militant était plein d'une volonté farouchement pacifiste qu'il exprima tout au long de sa vie.
Enfant de l'Assistance publique devenu instituteur, Louis Hobey, qui fut fait prisonnier durant la retraite de juillet 1918, il témoigna en 1937, face à la montée du nouveau péril, de cet enfer inutile. voulu par quelques-uns au détriment de tous.

Ce document de première importance est aussi un classique pour demain.

Aussi bouleversante que sa description des horreurs du combat, cette autre, de l'ambulance, reparaît grâce à Laurence Campa, la biographe d'Apollinaire : il s'agit du fameux témoignage du médecin et homme de lettres Georges Duhamel, ex-de l'Abbaye et futur patron du Mercure de France, qui constatait chaque jour en rabibochant comme il pouvait les blessés qui lui arrivaient, que la souffrance est solitaire et que c'est d'ailleurs a seule chose qui rend la guerre possible.


Louis Hobey La guerre ? C'est ça !... Edition de Camille Estienne & Edmond Thomas. — Bassac, 352 pages, 20 €

Georges Duhamel La Vie des martyrs. Edition présentée par Laurence Campa. — Paris, Payot, 208 pages, 8,10 €