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Mot-clé - Jules Renard

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lundi 13 mars 2017

Le Mauvais livre encadré

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Le Mauvais Livre n'appartient pas qu'à Jules Renard. Henry Céard en a également donné une leçon.



Henry Céard Le Mauvais livre et autres comédies. - Paris, Librairie Française, 1922.

Jules Renard Le Mauvais livre. - Talence, L'Arbre vengeur, 128 pages, 12 €

mercredi 11 juillet 2012

Marchand est en coffret

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Jean José Marchand, homme de télévision et de culture est mort le 8 mars 2011. Il était, à l’instar de Pascal Pia, un érudit indépendant et un lecteur forcené, un critique et une référence de la recherche en histoire littéraire - certains se souviennent de l’inestimable série d’entretiens intitulée « Les Archives du XXe siècle » qu'il donnait à la radiodiffusion-télévision française (il y était chef de service) entre 1969 et 1974. Contrairement à Pascal Pia qu’il suivit à l’agence Express après son départ de Combat, il a eu droit ce printemps, de manière posthume il est vrai, à l'édition de ses œuvres critiques complètes grâce aux soutiens de jeunes chercheurs et à des éditeurs plutôt audacieux puisqu'ils ont admis qu'il fallait reprendre l’intégralité de ses articles littéraires en quatre volumes conséquents. Chance que n’a pas eu, malheureusement, Pascal Pia jusqu’à présent.

Jean José Marchand, c’est d’abord un esprit, l’esprit d’indépendance, et un temps celui qui prévaut pour certains encore, le temps qui mit l’humanisme et la culture devant toute autre préoccupation. Une forme d’universalité qui lui faisait dire : « Mieux vaut trop de richesses que pas assez ». Maurice Nadeau, dans sa nécrologie de La Quinzaine littéraire dont il fut un pilier, le présentait comme un personnage « hors normes, franc-tireur, doué de trop d’humour et de curiosité pour ne pas déplaire à ceux qui font l’opinion ».

Ne donnons pas ici le détail des sommaires, sachez toutefois qu’il y est question d’art, d’idées, de cinéma, de vie culturelle et politique, d’idées politiques, de littérature ancienne, moderne et contemporaine, d’expositions, etc. C’est au fond une véritable agenda culturel de la seconde moitié du siècle dernier qui nous est offert. C’est passionnant et riche d’enseignements et de sagesses. A propos de Jules Renard, par exemple, lors de la parution du volume de la Pléaide, on peut lire ceci :

« Le vrai classique, tel Descartes, s’avance masqué. Le faux classique, Anatole France, par exemple, a des qualités de mesure, d’élégance, de clarté, qui donnent à sa prose un léger parfum d’archaïsme ; que les années passent et ce qui semblait une belle statut est appréciée comme un joli bibelot. Il en est tout autrement du vrai classique ».

On est admis à se demander si avec Jean José Marchand on n’a pas perdu l'un des derniers exemplaires d’une grande époque de la critique journalistique libre, cultivée et ferme dans ses connaissances comme dans ses convictions. Et pour commencer, on constatera d'abord la pertinence du tout jeune homme qui écrivait en 1941 – il a alors 21 ans - à propos de L’Anthologie de la poésie française de Marcel Arland (Stock, 1941) : « il est remarquable de sentir, à l’heure actuelle, le besoin général de témoignages encyclopédiques, d’anthologies, etc. C’est comme si l’on pensait qu’une grande nuit va s’étendre sur la civilisation et que l’on veuille au moins sauver un florilège »

Jean José Marchand va rater ensuite son départ pour Londres et le regrettera toute sa vie, lui qui voulait être un héros de guerre ou un héros en littérature... Il ne lui resta donc que les livres et les femmes ; il s'en pourlécha..

En ce qui concerne les livres, J. J. Marchand opposait la culture démonétisée qui fait parler du bruit médiatique de certaines œuvres à ce que l’on appelle la culture au sens traditionnel, l’expérience vécue des œuvres. Ce sont donc bien soixante-dix ans d’écrits critiques et d’humeur qui sont rassemblés ici. Depuis son premier article dans L’Écho des étudiants de Montpellier (1941) jusqu’à son article cité ici sur la culture publié sur son blog – car il avait un blog – et repris dans La Quinzaine littéraire dont il fut le collaborateur à partir des années 1970 et jusqu'à une préface rédigée sur son lit d’hôpital.

Le travail d’annotation a été effectué sous la responsabilité de Guillaume Louet, jeune chercheur associé à l’IMEC et collaborateur de la Revue des Revues. Bref, une somme remarquable qui se livre sous coffret.

Aussi, soyez d'avant-garde, lisez du lourd.


Jean José Marchand Ecrits critiques. Édition établie et annotée par Guillaume Louet. - Paris, Éditions du Félin & Éditions Claire Paulhan, 2012. Volume I : 1941-1948 / Volume II : 1949-1957 / Volume III : 1958-1981 / Volume IV : 1982-2011. 3000 pages/ Volume V : index, 3000 pages, 120 €

lundi 30 octobre 2006

Kenneth Grahame le très grand

Kenneth Grahame (1859-1932), l’universel auteur du Vent dans les saules — un livre dont on sait à peine l’importance capitale tant il est mal promu, connu de vaporeuse manière et destiné, par tous ceux qui ne l’ont justement pas lu, à l’unique usage des enfants (quelle triste blague) —, le fabuleux créateur du “Dragon récalcitrant”, le mémorialiste inspiré des Jours de rêve et de L’Âge d’or, où la marmaille vibrante se voit confrontée aux discours et actes saugrenus de l’engeance adulte, ces Olympiens mal comprenants, Kenneth Grahame, disais-je, aura eu droit à une gloire tenace au Royaume-Uni et, de notre côté de la Manche, à une désinvolture indigne.
Si Jean-Benoit Puech ou Alberto Mangel ont dit tout le plaisir qu’ils avaient eu à lire et relire ces trois chefs-d’oeuvre — répétons toujours : Jours de rêve (1896) et L’Âge d’or (1899), ces deux derniers prenant le titre collectif de Au royaume des enfants, et puis Le Vent dans les saules (1907) —, le parcours éditorial de Kenneth Grahame fut, en Angleterre, serti de bonheurs :
Il débuta à peu près dans les pages de The Yellow Book, la revue sublime où se coudoyaient John Buchan, Henry James, Max Beerbohm, Arthur Symons, George Moore et Baron Corvo, avec, au poste de directeur artistique, nul autre qu’Aubrey Beardsley — tandis qu’en France, il fut traité grosso modo avec le mépris dans lequel on tient généralement les auteurs de littérature pour mômes — quand il ne s’agit pas du St-Ex hexagonal —, exception faite de la traductrice Léo Lack qui sut lire juste et de Michel Plessix, un auteur de bandes dessinées qui a eu récemment et le nez creux et le formidable talent de mettre en pages les aventures de Taupe, de Blaireau et du compère Crapaud, le dingue d’automobiles, avec une grâce vraie et un sens impressionnant du texte que n’ont pas toujours eu les éditeurs de chef-d’oeuvre.
Que l’on aborde l’œuvre de Kenneth Grahame par Le Vent dans les saules ou bien par Jours de rêve, on est immédiatement touché par une grâce magique – elle est encore épicée de la drôlerie et d’une tristesse souterraine, qui sont, avec la nostalgie, les composés majeurs mais si délicats à manipuler, des deux livres du Royaume des enfants. Ce que l’on peut considérer comme une autobiographie – mais l’autobiographie d’un autre, le gosse que Grahame tentait de rattraper – reconstruit une enfance autour des moments les plus forts, les plus doux, les plus étranges. Une enfance fantasmée pour l’exemple, qui parle à chacun et tire à tous le cœur vers l’autrefois, celui où il faisait bon gambader sans souci parmi les herbes folles, construire des cabanes idéales – bien souvent idéelles -, se repaître de l’air du monde dont nul poison n’avait rendu la consommation dangereuse.
On n’a guère, en France, d’œuvres similaires. Le Petit Prince de Saint-Exupéry fait grise mine – il est si raide, si peu enfantin - aux côtés d’un Peter Pan folâtre (James Barrie) ou d’un Oncle perdu (Mervyn Peake) dont les lettres tiennent du coup de génie. Il faut fouiner du côté de Patachou petit garçon de Tristan Derême (Emile-Paul frères, 1929) — le modèle que s’est choisi Saint-Ex, comme l’a démontré Denis Boissier naguère —, du côté de Poil de Carotte de l’acide Jules Renard (Flammarion, 1894), ou de La Guerre des boutons de Louis Pergaud (Mercure de France, 1912) pour retrouver les humeurs vraies de l’enfance. Ils sont rares ceux qui savent faire résonner ce timbre délicat chez le lecteur adulte, et Kenneth Grahame, qui se plaça naturellement contre les « Olympiens », ces adultes tellement infatués, méprisants, incompréhensibles, incohérents et menteurs, fit un miracle. Comme, un peu plus tard, James Barrie avec Peter Pan.
C’est en 1929 qu’A. A. Milne, le créateur de Winnie l’ourson assura d’une adaptation théâtrale aux personnages du Vent dans les saules une célébrité universelle. Kenneth Grahame pouvait être rassuré sur le sort réservé à ses créatures. Héritier du roman pastoral anglais, digne descendant des Romantiques anglais - qui, depuis Blake, ne considéraient plus les enfants comme de petits animaux -, pouvait rejoindre les harmonieuses prairies de Pan et poursuivre ses belles rêveries bachelardiennes, nostalgiques et douces qui nous font, aujourd’hui comme toujours, tant de bien.
Michel Plessix, Le Vent dans les saules. — Delcourt, 1996-, 4 vol.
Kenneth Grahame Jours de rêve, précédé de L’Âge d’or (Au royaume des enfants). Traduction de Léo Lack. — Paris, Phébus, 2005.