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lundi 11 juillet 2011

Jean Ferry, son train, son tigre et ses mille sommeils

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Haute figure de la 'pataphysique, Jean Ferry (Jean Lévy, époux de Marcelle Ferry (Lila) dit, 13 juin 1906-5 septembre 1974) est fort connu pour ses travaux sur Raymond Roussel (le copain de Dieu) et ses contes à dormir debout. On sait beaucoup moins — et Pauvert se garde d'en parler — qu'il fut, avec Breton, un efficace apporteur d'idées à la maison dudit Jean-Jacques. C'est le genre de choses que l'on ne clame point trop.

Scénariste et écrivain d'imagination, Jean Ferry venait de Nancy. A son arrivée à Paris, il travailla pour son oncle, José Corti et fit à cette occasion la connaissance des surréalistes. Il fut ensuite officier-télégraphiste sur les navires de la Société navale de l'Ouest et se tourna vers le cinéma. En 1931, il entama une collaboration à la Revue du Cinéma, se vit engagé par la maison Pathé-Nathan comme scénariste et dialoguiste et participa en outre aux activités du groupe Octobre.

Le recueil de ses contes, d'abord publiés comme "Le Tigre mondain" dans la revue Les Quatre vents d'Henri Parisot puis dans sa collection l'Âge d'or — et même repris par Pierre Bettencourt en ce qui concerne Le Tigre mondain —, furent réunis une première fois par les Cinéastes bibliophiles en 1950 avec une préface de Breton, puis par Breton lui-même dans la collection Métamorphoses (Gallimard) en 1953 (Jean Ferry était le compagnon de Lila, ex de Hugnet, du Pape et d'Oscar Dominguez). L'édition procurée par les éditions Finitude comportent désormais quatre inédits pêchés dans les publications du Collège de 'pataphysique et les textes canoniques qui l'ont distingué.

Étonnamment fasciné par la fatigue et le sommeil, Jean Ferry se montre dans ses fictions très préoccupé de voyages, de réalité quotidienne inscrite dans un non-ordre rationnel, dans les jeux de l'esprit et les incongruités cristallisant dans l'improbable, très bien servies par les illustrations de Claude Ballaré qui, dans le goût de Max Ernst, fait des merveilles.

La Société secrète de Kafka, Robinson Crusoair, pêcheur d'oiseau aventureux (dans le somptueux "Hommage à Baedeker" !), et le Ranoraraku de Rapa-Nui, ce volcan que l'on n'aborde jamais, forment une ronde folle et teintée d'un humour gris (Dominique Noguez).

Ce recueil est le parfait équipement pour farniente d'été. Rêveries assurées.



Jean Ferry Le mécanicien et autres contes. Illustrations de Claude Ballaré. Préface de Raphaël Sorin. — Finitude, 175 pages, 16,50 €