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mercredi 12 avril 2017

Brand's Haide

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Arno Schmidt n'en a pas fini avec nous. même si c'est une vieille histoire depuis que feu Jean-Claude Hémery a proposé ses écrits à Christian Bourgois et Maurice Nadeau.
On n'en a pas fini avec Arno Schmidt non plus. On peut le lire et le relire - un truc que l'on ne peut pas proposer pour tous les romans que l'on lit, n'est-ce pas. Et la nouvelle édition de Brand’s Haide démontre encore qu'on ne peut faire l'impasse sur l'oeuvre de cet homme capital du siècle dernier.
Son roman date de 1951 et constitue une pierre de touche dans son parcours littéraire. Pour ceux qui n'en auraient jamais entendu parler, précisons qu'il est une immense rénovateur du roman d'après-guerre. Son livre est également, par conséquent, un point de rupture du roman contemporain.
Ici, pas la peine de tergiverser. (Et, s'il vous plaît, pas de commentaire sur la prétendue difficulté qu'il y aurait à lire Schmidt : l'argument équivaudrait à trouver Butor illisible ou Roberto Arlt hors d'atteinte. Quel(le) lecteur(rice) décent(e) oserait dire une chose pareille ?
Toujours aussi vif et impétueux que subtil et malicieux, Arno Schmidt a tressé dans ce livre un récit sur le thème de la pénurie, signalant au passage le retour d'un moralisme religieux infect, et stigmatisant la mémoire déjà effacée d’une population oublieuse des années passées sous le joug nazi. Son dispositif narratif est extrêmement intéressant : chaque paragraphe est lancé par une injonction placée en italiques puis se compose d’un filet de pensées, dialogues et notations dont le fameux traducteur Claude Riehl disparu en 2006 savait merveilleusement rendre les différents niveaux linguistiques ou référentiels. Un patchwork pour période sans, en quelque sorte. Et les références ne manquent pas (on vous laisse découvrir les admirables notes et postfaces d'Hubertus Biermann et Friedhelm Rathjen (traduite par Olivier Mannoni).
Le réfugié Schmidt tout juste libéré par les Anglais et personnage principal du livre - non superposable complètement à Schmidt lui-même, cela va de soi - louvoie entre la cabane à outils qui lui est affectée, une paire de réfugiées girondes, le manque de matériaux, le besoin d'avancer dans un travail intellectuel, sa biographie du romantique Friedrich de La Motte-Fouqué, et le bois de Brand'S Haide dont le nom est tiré de La Motte-Fouqué justement, puisqu'il s'agit de la forêt où ce dernier situait quelque scène hantée de sa jeunesse. Descendant des romantiques, Arno Schmidt l'est incontestablement. Il est même une sorte d’arrière-petit-fils de Jean Paul et entretient un cousinage lointain avec son contemporain Carlo Emilio Gadda et quelques-uns des fomenteurs d'opus étranges.
A lire incontinent si l'on veut pouvoir parler un peu de littérature du siècle dernier.



Arno Schmidt Brand’s Haide. Traduit par Claude RIehl. Notes et postface d'Hubetus Biermann et Freidhelm Rathien. - Tristram, 183 pages, 19 €