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C’est chose agréable : notre dernier grand jeu-concours lancé il y a quelques semaines a tourné à notre avantage. Nettement.
Pour une fois. Les malins de la recherche internautique ont fait chou blanc…
Michel Ohl, saluons-le, qui nous avait fourni la matière épineuse de ce casse-tête contondant, doit s’en esjouir beaucoup. C’est du moins ce que nous lui souhaitons.
Pour autant, si nul ne parvint au Graal de cette quête littéraire, les réponses apportées ne sont pas inintéressantes, comme vous allez pouvoir vous en rendre compte. En voici la brillante teneur :

  • La main qui ecrit
  • Nicolas Sarkozy.
  • Anne Serre
  • Ah bon ? J’écris comme Sarkozy ?
  • Ne serait-ce Véry… ?
  • Ne serait-ce Muriel Cerf ?
  • Mauriac, Bloc-notes ?
  • C’est un marrant
  • Ces lignes me disaient quelque chose (illusion peut-être), mais comme je viens d’achever le Journal littéraire et que l’indice est Fagus, je me demande s’il ne s’agit pas de Léautaud.
  • Arthème Fayard
  • Emile Faguet
  • Gustave Fayet
  • Maurice Boissard
  • Léon Bloy, Jules Renard ? J’avoue y aller au hasard.
  • “C’était si bien que je croyais entendre parler un autre”… voilà une phrase que l’amusant Willy aurait pu avoir l’esprit de signer.
  • En vacances je ne peux vérifier, mais tentons Henri Béraud, dont la BnF nous dit conserver un volume de lettres échangées avec Fagus.
  • Alphonse Séché ?

Brillant et varié, non ? L’Alamblog peut s’honorer de lecteurs aussi imaginatifs et lettrés. Bravo les filles, bravo les gars. Malheureusement, la bonne réponse n’appartenait qu’à l’envoyeur, Michel Ohl, qui nous confia ce fragment de…
Ne soyez donc pas si impatients. Redonnons, comme à la télé les pubs, le dit mystérieux fragment :

Il se trouve aussi que j’ai des dons de narrateur. Après la dernière lecture que je me suis faite à haute voix, je n’ai pu me cacher mon enthousiasme. C’était si bien que je croyais entendre parler un autre. On imagine mal quelles ressources on porte en soi et on trouve, la plume en main, des réflexions insoupçonnées comme on en lit dans les livres.


L’auteur de cette citation était Jean Fayard (1902-1978), fils de qui vous vous doutez, notable relégué qu’il s’agit de dépoussiérer désormais pour voir ce qu’il cache.
Souvenons-nous dans la foulée que Fayard fils reçut le prix Goncourt 1931 pour son roman Mal d’amour publié chez papa, contre Hadji de Robert Poulet, le futur célinien.
Pour être complet, voici toujours la notice de l’opus où Ohl fit sa pioche :

Jean Fayard Mes maîtresses, avec 43 bois originaux de Jean Lébédeff - Paris, Arthème Fayard et Cie, éditeurs, 1931, 126 p. Collection “Le Livre de demain” (n° 105).

Un livre à ne pas confondre, évidemment, avec Mes Maîtresses de Saïgon d’Heni Danguy (Paris-Saïgon, Éditions Orient-Occident, 1940), qui semble regretter ou bien faire de la retape. On le comprend néanmoins, dans les deux cas.
Et un auteur à ne pas confondre non plus avec Jean Denöel, bien sûr.
Passons, personne n’a gagné Onessa, le livre de Michel Ohl. Nous voilà donc contraint de concocter tel autre grand jeu-concours pour vous exciter les méninges. Et, si nous en avons l’occasion prochaine, nous donnerons la publicité pour les cigarettes Gitanes qui illustraient le livre.

Pour finir, ajoutons ici ce que la Koninklijke Bibliotheek (Bibliothèque nationale des Pays-Bas) fournit, en français s’il vous plaît, comme informations complémentaires sur ce livre :

A la fin du 19e siècle, la production de romans bon marché était énorme, de manière à répondre à la demande toujours grandissante du public. Les coûts pour ce type de lecture - souvent illustrée - étaient maintenus aussi bas que possible, et le papier ainsi que l’impression étaient souvent de mauvaise qualité. Les tirages se montaient à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires ou plus. Arthème Fayard (1866-1936) tira habilement profit de cette tendance en lançant en 1904 la Modern-Bibliothèque. La publication d’ouvrages sous forme de série permettait de fidéliser quelque peu la clientèle, et leur prix était modique: 95 centimes.
En 1924, Arthème Fayard lança une nouvelle série, baptisée cette fois-ci Le livre de demain. Il désirait, grâce à celle-ci, atteindre de nouveaux groupes de lecteurs, allant du bibliophile averti au grand public. Cela s’averra un succès retentissant. Les livres de cette série se distinguaient par leur couverture jaune foncé, étaient imprimés sur un papier au toucher agréable et leur typographie en rendait la lecture aisée. Des artistes modernes fournissaient des gravures sur bois contemporaines, gravures qui n’étaient d’ailleurs pas imprimées à partir du bloc d’origine, mais à partir de clichés. Des publicités placées à l’intérieur de la couverture généraient des revenus supplémentaires.
Mes Maîtresses a pour objet un homme médiocre, à l’emploi fastidieux. Il tente de surmonter ses frustrations en s’inventant des mémoires, relatant ainsi ses aventures avec des femmes charmantes. Le récit de Jean Fayard est accompagné de gravures sur bois de la main de Jean Lébédeff, qui illustra environ 25 volumes de cette série. Il s’agit ici du numéro 105. Jean Fayard était journaliste et fils d’Arthème le Grand. Après le décès de dernier, il prit la direction de la maison d’édition et introduisit de nouvelles séries, telles que ‘Géographie pour tous’ et ‘Connaissance de l’histoire’.


Références bibliographiques
Sophie GRANDJEAN “Les éditions Fayard et l’édition populaire”, in Le commerce de la librairie en France au XIXe siècle, 1798-1914 - Paris, IMEC-Editions de la Maison des Sciences de l’Homme, 1997, p. 229-232.
Pascal Fouché (dir.) Histoire de l’edition francaise. Tome IV : Le livre concurrence, 1900-1950. - Paris, Promodis, 1986.