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mardi 10 décembre 2013

Des idées de cadeau ?

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Le lecteur voudra bien se persuader que tous les jours il s'élève un vent frais qui porte aux îles Fortunées les feuilles périodiques et les ouvrages de quelque intérêt. Ainsi, les hommes célèbres y sont connus avant d'en faire le voyage ; et les bienheureux les attendent avec autant d'empressement que les héros et les savans en ont peu à les aller joindre. (1)



C'est un peu ainsi que le Préfet maritime appréhende la mer de papier et contribue nuitamment à grossir telle vague. Depuis son île lointaine, il a turbiné ces derniers mois assez de pages imprimées pour se sentir l'envie de vous faire partager ses plaisirs. Nulle obligation d'achat, c'est ça qu'est chouette. Que non. Juste une rapide information qui peut-être formera incitation... au moment où il faut mettre des objets dans du papier cadeau...


Vous pouvez donc lire désormais


René Dalize Le Club des neurasthéniques. Roman de 1912 inédit en volume. - Talence, L'Arbre vengeur, 333 pages, 20 €

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Jean Arbousset Le Livre de Quinze grammes, caporal. - Bussy-le-Repos, Obsidiane, pages, 12 €

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Léon Deubel Une arche de Clarté. Anthologie suivie d'une bibliographie. - Paris, Archives Karéline, 140 pages, 10 €

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André de Richaud Échec à la concierge. - Talence, L'Arbre vengeur, 160 pages, 13 €


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Vladimir Korolenko La Gelée. - Vichy, La Brèche, 6,90 €

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Marc Stéphane Ceux du trimard. - 160 pages, 13 €


et prochainement, une douceur d'Aurèle Patorni ! (parution prévue : janvier 2014)

(1) S. C. S. Bernard de Ballainvilliers, Montaigne aux Champs-Élysées, dialogues en vers... - P., Delaunay, 1823).

jeudi 5 décembre 2013

Jean Arbousset par Paul Géraldy

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Jean Arbousset

Je ne l’ai pas beaucoup connu. Mais, sauf ses camarades du front, personne ne l’a beaucoup connu. Il ne nous en a pas laissé le temps.
On l’appelait « Quinze Grammes », ce qui le ravissait :

Ce sont les Poilus de l’Argonne
Qui viennent de me baptiser

Inutile, après cela, de dire que ce héros de la Grande Guerre n’était pas d’une taille imposante. Je ne sais pas l’âge qu’il avait ; mais les bleuets de la classe Vingt l’auraient pris pour un frère plus jeune. Si mince et si petit, il avait dans les traits quelque chose de fin comme d’une femme, de malicieux comme d’un enfant. Il faisait penser à un page. Vous vous rappelez comme, au dernier acte du Mariage, l’ingénue travestie qui joue le rôle de Chérubin entre en costume d’officier. Il avait un peu l’air de ça, d’un officier qui serait un page, d’un page qui serait une jeune fille. C’est pourtant cet officier-là qui vient de tomber, jeune sous-lieutenant, après quatre ans de guerre active, à la tête de sa section.
Ses poèmes ressemblent exactement à lui. Ce sont presque toujours, sur des rythmes alertes et brefs, de petites histories fredonnées comme sur une musique d’épinette, de menus récits en rondeaux, des boutades, des boutades, des chansonnettes. Il semble toujours qu’il s’avance, poussé par quelque « Allons, bel oiseau bleu, chantez la romande à Madame ! » Et il commence ingénument. Ce sont des mots sans importance qu’anime un léger vibrato. Il est intimidé sans doute. Mais une ombre passe sur la romance. Un trouble s’empare du lecteur. Quelle est donc l’émotion qu’il y a dans cette voix ? L’épinette a tout à coup d’étranges accents inquiétants. On dirait des accents tragiques. Le cœur se serre. Les yeux se mouillent… Mais c’est assez pour « Quinze Grammes ». Il n’en voulait pas davantage. Il fait une pirouette et retombe sur une pointe. Juste au moment où sa bluette devenait drame il s’est mis devant pour la cacher et il sourit espièglement en écartant devant vous les pans de sa capote : « vous voyez bien qu’il n’y a rien, rien qu’une chanson de Quinze Grammes. Vous n’allez tout de même pas vous émouvoir de ça ! »
(...) J’extrais ce poème d’une minuscule plaquette, le « Livre de Quinze Grammes, caporal ». Le Livre de Quinze Grammes, officier était presque prêt. Il n’aurait pas pesé beaucoup plus lourd que l’autre. Il aurait contenu quelques gentils poèmes écrits en hâte sur la banquette de la popote, sur une pierre, sur son genou, des poèmes comme les premiers, discrets jusqu’à la gageur, timides, charmants, à peine osés, et qui sont la chanson que « Quinze Grammes » se chantait à lui-même sur le front, la chanson qu’une balle allemande a brusquement interrompue.

Paul Géraldy

Bulletin des écrivains combattants, n° 46, octobre 1918, p. 1.



Jean Arbousset Le Livre de Quinze grammes, caporal. Édition augmentée d'inédits et présentée par le Préfet maritime, avec une bibliographie. - Bussy-le-Repos, Obsidiane, 2013, 72 p., 12 €

jeudi 28 novembre 2013

Le Livre de Quinze grammes, désormais lieutenant...

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La parution des courtes œuvres complètes de Jean Arbousset, ludion fauché par la guerre suscite un intérêt justifié.

Voici pour commencer les notes de lecture de deux bons connaisseurs d'Arbousset, André Bourgeois, qui milite depuis des années pour la littérature des "morts à la guerre", et Gérard H. Goutierre, qui a signé il y a quelques années un article informé dans la revue Histoires littéraires (n° 51, juillet 2012 « Contribution à la gloire posthume de Quinze grammes »), article qui aurait dû apparaître dans la bibliographie du nouveau volume et, qui par accident n'y figure pas. Avis aux lecteurs : offrez le volume, la réimpression permettra de corriger cette injuste lacune.



Jean Arbousset Le Livre de Quinze grammes, caporal. Édition augmentée d'inédits et présentée par le Préfet maritime, avec une bibliographie. - Bussy-le-Repos, Obsidiane, 2013, 72 p., 12 €

dimanche 3 novembre 2013

Le Livre de Quinze grammes augmenté (Jean Arbousset)

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De Jean Arbousset, voici ce que disent les archives froides, poussiéreuses, sans émotion :
« Jean Roger Bernard Arbousset, né le 7 mai 1895 à Béziers (Hérault) trouva lui la mort ainsi que le déclare les archives « le 9 juin 1918, tué à l’ennemi à Cuvilly (Oise), Sous-lieutenant, 4e Régiment du génie, Compagnie 8/63 – venu du 1er Régiment du génie –, Matricule n° 25.141, classe 1915, n° 3.421 au recrutement de Marseille (Acte transcrit à Marseille (Bouches-du-Rhône), le 19 mai 1919, n° 6.859/9). »
Ce que ne disent pas les archives, c’est ce que fut Jean Arbousset, ludion plongé dans la boue des tranchées de la Grande Guerre, bon compagnon et poète qui n’eut guère le temps de laisser pommer son œuvre, fauché qu’il fut d’une balle en plein front après avoir fait imprimer à Paris quelques exemplaires d’un recueil de poèmes du front, Le Livre de Quinze grammes, caporal (G. Crès et Cie, 1917).
Travaillant d’abord bénévolement à la préfecture de Marseille désorganisée par les incorporations de 1914, il prend part aux batailles d’Argonne, de Champagne, de la Somme, de l’Aisne et de Lorraine. On peine à croire qu’un seul destin puisse conduire à la fréquentation de tant de zones de combat… Pourtant, Jean Arbousset est plein d’allant et d’un naturel gai, il est la béquille morale de ses camarades, publie son journal de tranchée (tout à fait disparu lui aussi), Le Percot de Quinze grammes — dans l’argot des Poilus, le « perco » est une information fantaisiste —, il est l’humoriste brave et léger qu’on surnomme « Quinze grammes » parce qu’il n’est pas épais :

Ce sont les Poilus de l’Argonne
qui viennent de me baptiser.
J’aime mon surnom, car il sonne.
Ce sont les poilus de l’Argonne,
et je les veux récompenser
en les chantant, ô ma patronne. (…) »


Il prend du galon et devient caporal, puis aspirant et sous-lieutenant après avoir suivi les cours de l’école de guerre et lorsque la camarde le saisit, c’est en brave qu’il affronte l’ennemi ; il est cité à plusieurs reprises.
On ne retrouvera sans doute jamais le recueil de poèmes d’amour que Jean Arbousset avait confié à un éditeur — lequel n’en fit jamais rien — par l’entremise de Paul Géraldy, non plus que le roman qu’il écrivait au front sur les feuilles d’un vieux plan-directeur ou ses derniers poèmes éparpillés dans la boue. C’est une frustration car on a pu déjà juger des talents particuliers de ce jeune homme de lettres avec l’« Envoi du front » qu’il confiait au Souvenir, la « revue du front » de Jean des Vignes Rouges ou au tout nouveau Crapouillot de Jean Galtier-Boissière. Les avis étaient unanimes : Jean Arbousset était un poète gracieux, parfois féroce. Son unique sujet fut donc la guerre — que saurons-nous jamais de ses amours ?
Le Livre de ‘Quinze grammes’, caporal (Crès, 1917), soixante-et-onze pages au modeste format in-16 est donc son unique recueil, et un vrai petit chef-d’œuvre de grâce mêlée d’humour acide et d’une noire gravité. Starlette capricieuse, la mort est omniprésente depuis « La danse macabre » jusqu’au « Cheval mort », cette vieille carne, pierre de touche de la poésie funèbre française – pour aboutir au grand bowling des têtes arrachées gisant sur le champ de boue.
Le rouge est mis, la mort rôde car comme chez L’Homme bleu d'Edouard Guerber, elle est l’amante de tous et la maîtresse de chacun, ainsi qu’Arbousset l’écrit à Craonne en 1917 dans le « boyau des Mille Jours » :

Je suis la tresse blanche aux langueurs maladives
Qui vient s’entendre mollement
Entre les trous d’obus, mes multiples amants




Jean Arbousset Le Livre de Quinze grammes, caporal. Édition augmentée d'inédits et présentée par le Préfet maritime, avec une bibliographie. - Bussy-le-Repos, Obsidiane, 11 novembre 2013, 72 p., 12 €

vendredi 9 août 2013

Thierry Sandre évoque Jean Arbousset et René Dalize


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Le Journal des Débats politiques et littéraires du 13 avril 1936 (n° 103) nous l'apprend : Thierry Sandre consacra une conférence aux Poètes morts à la guerre.
Outre qu'il y a évoqué notre cher René Dalize, l'auteur du Club des Neurasthéniques, ce qui n'a échappé à personne, il s'est penché sur le cas du jeune Jean Arbousset dont un volume d’œuvres va paraître en novembre prochain chez Obsidiane.
Ces dernières seront contre toute attente plus que complètes car des inédits y ont été rangés, et notamment deux lettres très touchantes à sa marraine de guerre.
A suivre cet automne


Jean Arbousset Le Livre de Quinze grammes, caporal. Edition augmentée et présentée par le Préfet maritime. - Obsidiane, Les Placets invectifs, 11 novembre 2013, 72 p., 12 €



lundi 27 mai 2013

Portrait de Jean Le Roy (1894-1918)

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Tandis que certains éditeurs préparent activement paquetage et munitions destinés à enrichir la commémoration de la Première Guerre mondiale, il nous vient aux oreilles que les hostilités (commerciales) ont déjà commencé : en attendant la biographie de Guillaume Apollinaire par Laurence Campa, et depuis la parution de l'album Cendrars de la Pléiade, tout en poursuivant la promotion du Club des neurasthéniques de René Dalize, fameux roman dont vous savez déjà beaucoup de choses, voici que s'annoncent deux romans de Léon Groc (Moutons électriques), les œuvres plus que complètes du poète Jean Arbousset, dit "Quinze grammes", etc. sans compter les rééditions diverses des paroiles de poilus, des classiques de Dorgèles, Gabriel Chevalier (La Peur) et autres gros morceaux.
Parions que ce sera profus, macabre et roboratif.

En attendant les escarmouches entre piles de livres sur les tables de libraires, l'Alamblog vous offre bien gracieusement ce rare portrait de Jean Le Roy, ami et disciple de Jean Cocteau, qu'il rencontra en 1917, ce dernier recueillant à sa place après sa disparition au front un certain Raymond Radiguet. Avec Arbousset et Apollinaire, Jean Le Roy fait partie des rares très bons poètes français de la guerre. Ajouterait-on Édouard Guerber, poète dont on dira forcément quelque chose plus tard, que l'on n'incluera pas Léon Riotor, très certainement moins... percutant et bien lassant de nationalisme banal, si l'on peut dire. Mais tout cela reste "à suivre". Quant à Jean Le Roy, ses publications originales sont rares, très rares, à l'instar du Livre de Quinze Grammes d'Arbousset (bientôt au catalogue de la maison Obsidiane) : les plus chanceux des bibliophiles découvriront Le Prisonnier des mondes (La Société d'édition, 1911) et s'en trouveront rassasiés.