L'Alamblog

Accueil | Contre-feux, revue littéraire | Les espaces de l'édition indépendante

mercredi 13 septembre 2017

Naoshima (dream on the tongue)

Naoshima.jpg


Ce vendredi le film de Claire Laborey, Naoshima (dream on the tongue) sera projeté à la Maison de la Culture du Japon en présence de la réalisatrice.

Naoshima est la traversée d’une petite île de la mer intérieure de Seto. Depuis les années 90, sa population décroît et vieillit, son industrie périclite. Sous l’impulsion d’un impressionnant projet de mécénat d’art contemporain, Naoshima se transforme. Les lignes pures et atemporelles des trois musées conçus par Tadao Ando, et les œuvres in situ se fondent dans le paysage, dispersées le long de ses rivages, à l’ombre de sa forêt. À travers le récit d’un rêve ou d’un souvenir, se dessine une île où la présence de l’art jaillit d’une nature primitive et résonne avec la permanence fragile des rites quotidiens. Elle bouscule les représentations des habitants et les confronte à cette obsédante question : qu’est-ce que la beauté?



Maison de la culture du Japon
Vendredi 15 septembre 2017 à 19 h 30
Mo Bir-Hakeim
Grande salle (niveau -3)
Tarif unique 5 €


lundi 10 octobre 2016

Deux projets à soutenir

hopTooun.jpg



Des piles et de la clown.
On ne fait pas plus varié pour un lundi.
Adeptes du financement participatif, voici deux projets estimables et nécessaires que vous pouvez soutenir en mettant la main à la poche.

Le premier est technologique : il s'agit de permettre la mise en œuvre d'un petit appareil qui va vous permettre de réutiliser vos piles jetables jusqu'à vingt fois ! Ce projet est soutenu par Paléo-Energétique (un point ici sur cette initiative utile).

Le second est zygomatique et nipponant : c'est un un tour clownesque au Japon, par Nathalie Le Guillanton.
Franchement, il n'aura échappé à personne que la saison des clowns bat son plein, non ?

Alors, sans crainte, mes sœurs, mes frères, finançons, clownons, rechargeons !


jeudi 5 mai 2016

Mauvais traitement en mer d'Okhotsk




Le nez du menuisier n'arrêtait pas de couler, probablement à cause des larmes qui s'écoulaient à l'intérieur. Il se moucha à nouveau. Puis il saisit un marteau qui brinquebalait dans sa poche latérale et se remit à l'ouvrage.
Soudain, alerté par son oreille, il regarda en arrière. Le câble remuait, il semblait secoué par en bas. Et de là parvenait un bruit sec et lugubre.
L'ouvrier pendu au bout du câble avait un rôle de teint. De la bave s'écoulait de ses lèvres crispées, cadavériques. Quand le menuisier redescendit de l'endort où il travaillait, il vit le contremaître en train d'uriner dans la mer depuis le pont, dans une position peu naturelle, une épaule relevée, une bûche coincée dans la ceinture. Le regard du menuisier passa sur la bûche. "Alors c'est donc avec ça qu'il l'a frappé." A chaque bourrasque, l'urine frappait en chuintant le bord du pont et rebondissait en gerbes.



Takiji Kobayashi Le Bateau-usine, traduit par Evelyne Lesigne-Audoly. — Paris, Yago, 2010.



mardi 11 mars 2014

Lettres de Matsue

HearnJap.jpg



L'enthousiasme de Lafcadio Hearn (1850-1904) découvrant le Japon est une chose dont on ne se lasse pas. Rédigées lorsqu'il se vit confier son premier poste de professeur à Matsue dans les années 1890, ses lettres charmées avaient paru une première dans la Revue des Mondes en 1924 (puis en volume au Mercure de France, 1928). Elles reparaissent accompagnées de quelques missives inédites qui, toutes, donneront envie de pousser plus loin la découverte de son œuvre singulière.
On a dit qu'il était la singulière passerelle de l'Orient vers l'Occident parce qu'il s'était imprégné, impliqué, enfoncé dans les us nippons, notamment par son mariage. Il y a en effet quelque chose du but longtemps désiré dans la renaissance nippone du journaliste Hearn dont les premiers années avaient été plus que difficiles (abandon, perte d'un oeil, etc.) et l'âge d'homme passablement laborieux (il nous manque d'ailleurs toujours un volume de ses premiers articles américains...).

A Matsue, il y a un petit journal dont je vous enverrai un exemplaire à titre de curiosité. Tous les huit ou quinze jours, il contient un article sur moi. Car chaque acte de "l'étranger" est sujet à commentaires. Au Japon, vivre dans la retraite est impossible. Il n'y a pas de secrets. Les moindres faits et gestes de chacun sont connus de tous, et la vie est d'une franchise extrême, stupéfiante. A mon avis, l'effet moral est excellent, quoi qu'en disent les missionnaires. Songez donc qu'un simple écran de papier, dans lequel on peut percer des trous - ce qui n'est pas considéré du tout comme outrageant, à moins que l'écran ne soit orné de peintures célèbres -, sépare votre vie journalière de celles qui vous entourent ! Telle est, ici, la manière de vivre ordinaire. J'ai, quant à moi, une maison retirée, en entourée de trois jardins. Mais d'ailleurs, je ne dois jamais fermer la porte ni m'enfermer à clef, sauf la nuit.
Ici, il ne faut être ni nerveux, ni impatient (on ne saurait être ni l'un ni l'autre dans une atmosphère pareille), il ne faut ni céder à la mauvaise humeur, ni dissimuler quoi qu e ce soit. Vous savez que je dois donner des conférences et prononcer des "speeches" avec l'aide d'un interprète, lesquels conférences et speeches seront imprimés dans un magazine japonais. Eh bien, c'est délicieux de parler devant un auditoire japonais. un seul regard sur tous ces visages placides et souriants rassure immédiatement l'âme la plus timorée.


Fixé au Japon en 1890, Lafcadio Hearn ancre désormais toute son œuvre dans son pays d'adoption où, jusqu'à sa mort en 1904, il produit contes et romans dessinant les contours de l'âme des insulaires encore ébahis par l'étranger, et inconscients des risques que court leur mode de vie courtoise, raffinée voire héroïque face à cette saleté de "progrès" occidental. A l'instar d'un Bartok du Soleil levant, il récolta le folklore nippon qu'il mixa à ses propres observations avec un doigté et une finesse remarquable. Reste que la finesse de ses observations et son sens littéraire (Some Chinese Ghosts, 1887, Les Fantômes chinois, 1913, etc.) devraient faire pousser comme champignons les rééditions des traductions françaises de ses ouvrages (éditeurs français, encore un effort). Mais pour l'heure, servi avec une préface d'Edith de La Héronnière, elle-même bien connue des Alamblogonautes pour l'intérêt et la délicatesse de ses écrits, ces Lettres japonaises de Lafcadio Hearn vont trôner au sommet de votre cabas d'ici peu, vous verrez. Nous vous recommandons en particulier celles où il évoque la littérature qu'il aime (Zola et Kipling en particulier) et ses journées ordinaires. Délicieuses.



Lafcadio Hearn Lettres japonaises, 1890-1903. Traduites de l'anglais par Édith de La Héronnière et Marc Logé. Préface d’Édith de La Héronnière. Textes inédits de Hugo von Hofmannsthal et de Stefan Zweig traduits de l'allemand par Françoise L'Homer-Lebleu - Paris, Agora-Revue des Deux Mondes, 192 pages, 7,30 €