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vendredi 5 août 2011

Lord Patchogue et son miroir

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Aux éditions du Chemin de fer, la maison aux fameux volumes illustrés, a paru il n'y a pas si longtemps - l'Alamblog est parfois bien musardeux... - Lord Patchogue, écrit cardinal de Jacques Rigaut (1898-1929), l'ami de Drieu la Rochelle et de Paul Chadourne, qui avait, lors d'une soirée arrosée à Long Island, "traversé le miroir" le 20 juillet 1924 pour devenir définitivement Patchogue, son hétéronyme.

Patchogue, ce nouveau Rigaut, avait pris naissance au moment où, le 17 novembre 1923, ce dernier avait embarqué au Havre sur un paquebot à destination de New York. Fini dada, il n'était pas retenu par le surréalisme et allait aux USA tenter de donner vie à ses ambitions. Las, après un mariage épatant, il s'enferre dans l'héroïne, dérape, revient à Paris où il finit par se suicider, comme il avait donné à l'entendre à ses amis. Agence générale du suicide (édition posthume, 1960) n'avait certes pas été écrite pour les chiens.

Dada suicidé, Rigaut fascine depuis de nombreuses années Jean-Luc Bitton qui consacre un blog à ses recherches biographiques (L'Excentré magnifique) et donne en postface à cette nouvelle édition de Lord Patchogue toutes les informations nécessaires à sa compréhension. Car ce texte inachevé, d'abord publié fragmentairement dans les Papiers posthumes (Au Sans pareil, 1934), reste un écrit mystérieux où Patchogue lui-même se perd (Rigaut était resté en-deça du miroir)...

Jeune étranger, tes cheveux sont en désordre ; pour y réparer, petite mouche inconsidérée, tu t'approches de la glace. Prends garde, Lord Patchogue a son plan. Mais à quoi bon, le vent qui a dérangé ta chevelure devait avoir reçu des instructions précises de qui de droit. L'imprudent s'est arrêté ; de l'autre côté Lord Patchogue se prépare ; comme un coureur qui avant la course exerce ses muscles, s'assurer de leur souplesse, il élèves ses deux mains à la hauteur de sa cravate, et ainsi fait le sujet.





Jacques Rigaut Lord Patchogue. Vu par Frédéric Malette, postfacé par Jean-Luc Bitton. — Le Chemin de fer, 2011, 80 pages 14 €

mercredi 30 décembre 2009

Des origines de certains événements et des bases de la langue

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Chez Dilecta, on peut se fournir en Art des putains ou en Arabe du coin, en Animal Sketching d’Alexandre Calder, en Fondements du judo d’Yves Klein, ou en Manifeste des Nouveaux Réalistes de Pierre Restany.
Mais c’est la collection Dada qui nous importe aujourd’hui car y est proposé depuis plus d’un an - excusez le retard - un fac-similé plus qu’intégral de la revue Proverbe, “feuille mensuelle pour la justification des mots” lancée par Paul Eluard depuis son home du 3 rue Ordener (Paris XVIIIe) avec le concours de Jean Paulhan, qui signe l’éditorial “Syntaxe” où s’exprime le souci de vivifier la langue, et la participation de Philippe Soupault, Tristan Tzara, André Breton, Francis Picabia et Maurice Raynal. Le premier numéro paraît le 1er février 1920, soit un an précisément après la proposition émise par Paulhan de présenter André Breton à Paul Eluard : il était donc bien partout, Paulhan, avec son air de ne pas y toucher, et son appétence pour les finesses langagière et comportementale :

l’auto, la pratique des jalons et ces mots anglais qui sont peut-être des gros mots, j’ai toujours vu que tout se passait comme si (n° 3, 1er avril 1923, p. 1)

Il se présente sous la forme de quatre pages et dans le goût typographique de Dada qui fait toujours les délices des amateurs de tracts. On y découvre tout d’abord que “391 ne contient pas d’arsenic” et que les mots “s’usent à force de servir”, et notamment chez les écrivains qui en connaissent trop, dont “les oeuvres sont les plus ternes qui soient” (Paulhan toujours).
Plus tard, en s’adjoignant les ébullitions de Georges Ribemont-Dessaignes, Paul Dermée ou Céline Arnauld au fil des 6 livraisons (la dernière est titrée L’Invention n° 1 et Proverbe n° 6 (1er juillet 1921), cette feuille aura bravement soutenu les efforts conjoints de quelques jeunes gens décidés à ne pas laisser la langue dans l’état où ils l’avaient trouvée.
Et d’ailleurs,

Après nous la blennoragie (Docteur V. Serner)

Rarissime ou uniques, la collection originale et les documents annexes fournis par Paul Destribats et présentés par Dominique Rabourdin sont reproduits dans leur “jus”, couleur du papier comprise, au format, comme autant de pièces que l’on dirait authentiques. Ces pages sont tout simplement captivantes - et pas seulement le manuscrit de la première page “à trou” de l’échantillon gratuit au fameux ajour intitulé “Bracelet de la vie”. On s’y perd, l’esprit y fait son chemin, sourit, rebrousse, tergiverse, cahote, s’interroge et se prend à rêver d’une ère où, dans la grisaille d’une crise bientôt séculaire, quelques êtres reprendraient le dessus, le nerf, le knout, l’envie…

Avec DADA, tous les jours, rendez-vous n’importe où




Proverbe feuille mensuelle pour la justification des mots. Fac-similé édité et présenté par Dominique Rabourdin. - Paris, Dilecta, 2008. Sous chemise, 1 livret de 16 pages et 6 numéros indépendants, 25 euros



NB Dilecta a publié en autre choses passionnantes les Sept manifestes Dada de Tzara et les manifestes futuristes (Debout sur la cime du monde)

Dilecta
4, rue de Capri, 75012 Paris
contact@editions-dilecta.com