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vendredi 9 juin 2017

Des nouvelles de Jacques Decour

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Il y a soixante-quinze ans, Jacques Decour était fusillé par les Nazis. Ce jeune homme de trente-deux ans était un espoir de l'intelligence. C'était le 30 mai 1942.
Son acte qu'on ferait bien de ne pas négliger, la fondation de la résistance intellectuelle en France, tout en lui coûtant la vie, plongeait des racines profondes à laquelle nous puisons toujours. On doit lui en être reconnaissant et suivre son exemple lorsqu'à trop bailler aux corneilles on laisse s'infiltrer la violence — toutes les violences — dans notre existence collective.
Par la publication de ce livre gorgé de documents inédits, de dessins, de photos, de témoignages et d'un poème inédit, Emmanuel Bluteau nous propose une biographie chronologique de Jacques Decour depuis sa naissance, le 21 février 1910, dans le XVIIe arrondissement de Paris, jusqu'à sa mort au Mont-Valérien, en passant par les moments phares de son existence, la création des Lettres françaises, de La Pensée libre et de L'Université libre, les trois titres de résistance qu'il contribua à fonder.



Jacques DecourQuand vous voudrez de mes nouvelles. Edition établie par Emmanuel Bluteau. Préface de Brigitte Decour. — La Thébaïde, 72 pages, 15 €

dimanche 18 novembre 2012

La Faune selon Jacques Decour

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Tout lecteur des Lettres françaises a connaissance du nom de Jacques Decour par qu'il apparaissait dans la titraille du journal, en signe de souvenir perpétuel. Pour autant, personne ne s'est préoccupé de le rendre lisible depuis son exécution par les Nazis.

Grâce aux éditions La Thébaïde — double clin d'oeil à Larbaud et à la Résistance du Vercors — et à Pierre Favre qui a réuni ses écrits avec Emmanuel Bluteau, on a, aujourd’hui, un volume des articles de ce germanophile, agrégé d’allemand et militant communiste, mauvaisement surpris par la guerre dans ses attachements culturels, et fort déçu par le comportement de certains de ses compatriotes. Sous le titre de La Faune de la collaboration, qui dit bien où se plaçait l’intellectuel c’est le mausolée Decour qui nous est servi, et, curieusement, très tardivement, puisque Daniel Decourdemanche, né en 1910 est fusillé au titre d’otage au mont Valérie le 30 mai 1942 après des semaines d’attente et d’angoisse en prison. Soixante-dix ans plus tard, voici donc un ensemble de trente-deux articles de presse que l’e professeur et journaliste avait publié dans L’Université libre, La Pensée libre et les Lettres françaises, organes clandestins de combattants, afin de réveiller la conscience de ces compatriotes face à l’occupation et à l’émergence des « écrivains français en chemise brune » qui donnent le ton dès 1941.

Il faut noter au passage que Decour, de la génération des Régis Messac et autres agrégés de fort caractère, a bien avant la déclaration de guerre produit des articles dans Europe, La Voix du Peuple de Touraine ou Commune, mais il avait d’abord évoqué la culture allemande dans les pages plus institutionnelles des vieilles Annales politiques et littéraires. N’oublions pas qu’il était également auteur de la maison NRF, en tant que romancier et qu’Aragon allait le nommer rédacteur en chef de la revue Commune lorsqu’il fut arrêter.

Le fond de son propos, hors la période d’avant-guerre (qui est consacrée à des reportages en Allemagne, celle de Goethe) ou à des articles littéraires sur Heine, Descartes, Courier ou Babeuf, peut se résumer en deux mots : liberté et indépendance, mots qui sous-tendent encore son « Manifeste du front national des écrivains » : « Le peuple français ne s’incline pas ».

L’absolue étrangeté qu’il ressent face à cette vague brune et noire qui ne lui évoque rien de la culture qu’il connaît, non plus que de sa culture maternelle, justifie son ton nerveux, combatif et il faudrait citer là de nombreux extraits où il fustige la collaboration et ceux qui en ont fait un moyen « La faune de la collaboration » où il analyse en « direct », si l’on peut dire, le cas de Chateaubriant (Alphonse de), Abel bonnard, Jacques Boulenger, Drieu et de nombreux autres tous décidés à « l’asservissement de l’opinion française ». Pour exemple du ton « clandestin » de Decour, à propos de Châteaubriant, le patron de La Gerbe qui « restera un honte de notre époque », cet extrait : « Depuis le début de juillet, ce macrobite, frétillant d’une troisième jeunesse, inonde la Gerbe et les quotidiens hitlériens d’une prose indigeste, à base de véronal, qui suffirait à expliquer la catastrophe qui a frappé la vente de toute cette presse (…) » On est alors bel et bien face à un pamphlet. L’ensemble se clôt naturellement par le « Manifeste du Front National des Ecrivains », publié dans le numéro inaugural des Lettres françaises en septembre 1942, quatre mois après l’exécution de l’otage Jacques Decour au Mont Valérien.

L’éditeur du volume, Pierre Favre est également le biographe de Decour. Il a publié en Jacques Decour, l’oublié des Lettres françaises (Farrago-Léo Scheer, 2002) et donne ici une leçon impeccable des articles, de même que sont impeccables les avant-propos panoramiques qu’il a placés avant chaque article. Si l’on peut parfois les trouver un tout petit peu redondant, ils sont rigoureux et mettent parfaitement en perspective la pensée de Decour et les circonstances nationales ou internationales au cœur desquelles il s’exprime. Leur redondance offrant de prendre et d’abandonner où on le souhaite sa lecture sans perdre de vue le contexte. Du travail bien fait adoncque.

Jacques Decour La Faune de la collaboration. Articles 1932-1942. Réunis et Présentés par Emmanuel Bluteau et Pierre Favre. — La Thébaïde, 2012, 351 p., 23

Pierre Favre Jacques Decour, l’oublié des Lettres françaises, 1910-1942. – Paris, Farrago-Éditions Léo Scheer, 2002, 381 p., 26 €.

Et aussi
Jacques Decour Le Sage et le caporal, suivi de Les Pères, et sept nouvelles inédites. — Farrago, 2002.
Jacques Decour Philisterburg. — Farrago/Léo Scheer, 2003.