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mercredi 10 mai 2017

Vol d'objet d'art (du nouveau carabiné à propos de Marc Stéphane)

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L'Alamblog ne vous cache rien, et en particulier les informations importantes.
Celle-ci en surprendra plus d'un...

Après Bog, voleur de Watteau au Louvre, un poil moins célèbre que le secrétaire d'Apollinaire (dont on a généralement oublié le nom), poursuivons notre enquête sur les écrivains dérobeurs (1) et replongeons en 1903 lorsque l'étonnant Marc Richard dit Stéphane défrayait la chronique.
Après avoir été, dix ans plus loué pour ses Aphorismes et Boutades par Léon Riotor...

"Les Aphorismes et Boutades de Marc Stéphane sont d'une mysogénie spirituelle et d'un esprit très aigu."

Marc Stéphane est toujours dans les pages du journal, le XIXe siècle, et toujours en page 4, mais cette fois pour d'autres raisons... Le 2 mai 1904 (n° 12470, p. 4 donc), c'est en effet une autre chanson que joue le journal :

Cambrioleur original
Un des veilleurs du Salon, M. Chevalier, faisait sa ronde, vers minuit, dans la partie réservée à la Société nationale des Beaux-Arts, quand il surprit un homme qui fracturait, à la lueur d'une lampe électrique, la vitrine où l'artiste Charles Rivaud expose dos colliers d'or et d'argent, de très grande valeur.Comme le veilleur de nuit tentait d'appréhender la malfaiteur, celui-ci fit un saut de côté. S'avisant ensuite que toute possibilité de fuite lui échappait, il tenta de se suicider en se frappant à l'aide d'un ciseau à froid. Un second gardien étant survenu, le voleur put être conduit au poste, où de nouveau il tenta de se tuer, à l'aide d'un sabre-baïonnette arraché à un agent.
Tout d'abord, il refusa de répondre à aucune question. Mais bientôt, une adresse, 3, avenue d'Orléans, trouvée dans la poche de son gilet, l'engagea à avouer son identité : Marc Richard, homme de lettres, 35 ans, écrivant sous le pseudonyme de Marc Stéphane.
Dans l'après-midi. M. Chanot, commissaire de police, se rendit à son domicile, où il saisit des brochures signées Marc Stéphane, et les manuscrits de deux œuvres inédites : Soradelphes. et l'Epopée camisarde.
Les brochures portaient ce titre : Aphorismes, boutades et cris de révolte. On y relève cette anecdote : Mon professeur de rhétorique me demandait un jour : « Quel est, à votre jugement, le plus grand homme du siècle de Voltaire ? » J'ai répondu : Mandrin !
Il semble qu'en écrivant cette parole, Marc Stéphane était sincère. En effet, l'enquête ouverte à son sujet a révélé qu'il avait partagé sa vie entre la littérature et le vol à l'aide d'effraction. Voici ce que révèle son casier judiciaire : En 1900, il s'introduisait dans le musée de Douai, où il s'emparait d'un certain nombre d'objets d'art. La même année, il volait des médailles au musée de Soissons et des statuettes anciennes au musée de Lille. En 1901, il dérobait des bijoux anciens conservés au musée de Valenciennes. Finalement, il était pris en flagrant délit de vol dans le musée de Compiègne et condamné pour ce fait à deux ans d'emprisonnement. Richard écoulait à Londres les produits de ses vols. Il est marié et père d'une fillette de 5 ans.
Dans la journée d'hier, M. Albanel. juge d'instruction, a fait subir un interrogatoire de forme au « chirosophe » cambrioleur. Celui-ci a renouvelé au juge le récit de son existence, qui a été des plus mouvementées.


Quelques mois plus tard, le Le XIXe siècle poursuit (29 octobre 1904, n° 12650, p. 4) et apporte une conclusion un tantinet curieuse :

Le vol du Grand-Palais. — Dans le courant du mois d'avril, un gardien du Grand Palais des Champs-Elysées surprenait un individu qui venait do défoncer une vitrine et s'était emparé des objets d'art qu'elle renfermait. Arrêté et mis à la disposition de M. Albanel, juge d'instruction, l'individu, nommé Richard, connu comme écrivain sous le nom de Marc Stéphane, fit des réponses d'une incohérence telle que le magistrat crut devoir le soumettre à l'examen des docteurs Magnan, Geoffroy, Dupré et Garnier. Ces médecins aliénistes viennent de déposer un rapport concluant à l'irresponsabilité du prévenu, le juge a clos son information par une ordonnance de non-lieu.





(1) Nous excluons évidemment les "dérobeurs d'idées" (Saint-Exupéry, etc.) car ils sont beaucoup trop nombreux.